37 ans après - Le GRTO refuse de mourir
Le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique veut faire revivre le Groupe de recherche sur la tradition orale. Des grattoirs en main, deux ouvriers la trentaine environ, à Cocody Danga, font la toilette de la façade du Grto d'un jaune ocre, longue d'environ 150 mètres. Au fur et à mesure que les minutes s'écoulent, le vieil écriteau Grto disparaît. Vendredi 27 avril. Il est 10h56, malgré la pluie diluvienne qui s'est abattue sur eux, les ouvriers les habits trempés ont le c?ur à la tâche. A l'entrée, un tas de sable contrarie les visiteurs et les maîtres des lieux. A l'intérieur, des ferronniers montent les charpentes du théâtre rasé et reconstruit. Le raccordement se fait au sol. Ils boulonnent et déboulonnent. On avance par essai-erreur. Il ne reste plus qu'un seul chercheur Patron, si on monte tout à terre, il nous suffira d'une demi-journée pour en finir, lance le ferronnier à l'entrepreneur Traoré. Ce dernier inspecte les lieux et galvanise le personnel. Des nouveaux pots remis au peintre lui permettent de redonner de l'éclat aux piliers qui tiennent la toiture du théâtre du café. Au bleu qui rayonnait, le jaune cohabite désormais. Le maître d'?uvre des travaux se montre embarrassé dans le choix des couleurs définitives. L'imposante bâtisse coloniale de deux niveaux bénéficie également de travaux, étanchéité, réajustement de la maçonnerie, les portes et fenêtres défectueuses sont remplacées. Au rez-de-chaussée, beaucoup de débris jonchent la cour, signe de l'intensité des travaux. A la bibliothèque, les rayons sont presque vides. Le directeur Gnagnon rassure que la documentation est en lieu sûr. Cela représente le tiers de ce que nous avons, indique-t-il. Dans ce décor, une étudiante, seule, consulte, parcourt les rares documents. En montant les escaliers, le visiteur s'aperçoit de l'état de vieillesse de la bâtisse. Dans la salle polyvalente, l'archivage est dans un état primaire. Cinq étudiants dont une fille nettoient, dépoussièrent les ouvrages ou autres reliures. En outre, ces étudiants en littérature orale, font le tri et le classement. Ce petit groupe travaille sur les instructions d'un bibliothécaire archiviste, absent au moment de notre passage. Dans les monticules d'ouvrages, l'on retrouve la revue Abissa (revue de littérature orale du Grto) dont le n°6 décembre 1977 est consacré au chanteur Amédée Pierre. Travail de collecte de tout ce que la tradition renferme, l'initiation à l'établissement de textes sur la base de documents audio et aux techniques de traduction de documents oraux, l'adaptation de certains textes à la scène moderne etc sont entre autres missions assignées à ce centre de recherche. Il n'y a pas de peuple civilisé qui ne repose pas sur son passé. Si nous voulons fonder la nation, il nous faut aider les structures tels que le Grto, l'Ihaa (Institut d'histoire d'art et archéologie), relève Atsain N'cho François, maître-assistant à l'université de Cocody. Parti à Rabat en 1998, cet universitaire qui a visité la bibliothèque nationale s'est dit émerveillé par le travail d'archivage. Son action au sein de cette structure de recherche est sous-tendue par la philosophie évoquée plus haut. Sur les huit chercheurs que compte aujourd'hui le Grto, un seul en l'occurrence Gnagnon Yokoré est réellement en fonction. Les autres alternent l'enseignement et la recherche. Depuis juin 2000, Zadi Zaourou l'ex-ministre de la Culture a cédé la direction à Gnagnon Yokoré. C'est cet établissement au bord de l'asphyxie que le ministre Cissé Ibrahim Bacongo a décidé de remettre à flot en commandant des travaux de réhabilitation de grande envergure. Coulibaly Brahima