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Réduits au racket

Corridor sud de Bouaké, jadis appelé "pont bascule". Samedi 1er décembre. Il est un peu plus de 10 heures. Les passagers d'un mini car sont tous priés de descendre. Comme les autres passagers d'autres véhicules de transport en commun avant eux (et après eux), ils sont conduits par un élément des Forces nouvelles (FN) vers la maison en bois compartimentée, construite au bord de la route. "Pour le retrait des cartes d'identité, ça fait 500 francs", lâche un soldat qui se donne un air méchant. Il répète à tous que le tarif n'est pas négociable. Les passagers du mini car sont obligés de s'exécuter. A cinq mètres de là, un autre soldat les tâte et récupère leurs pièces d'identité. Il va les déposer dans un autre compartiment où ils sont obligés de mettre encore la main à la poche. "500 fcfa, 500 fcfa", aboie le soldat qui se cache derrière de grosses lunettes noires. Quand un passager lui dit qu'il vient à l'instant de payer 500 fcfa et qu'il ne comprend pas pourquoi il doit le faire encore, le soldat lâche qu'il n'a pas de comptes à lui rendre. "Je n'ai pas d'explication à vous donner, réplique t-il vigoureusement dans un français étonnamment limpide. Si vous voulez des explications, allez le demander à nos chefs". La discussion est close. Les passagers sont encore une fois obligés de payer. Cette scène est ordinaire sur les routes dans les zones centre nord ouest (CNO). Au cours de notre séjour, nous avons pu nous rendre compte de l'ampleur du phénomène. Au corridor nord de Bouaké, deux postes où chaque passager doit payer au moins 200 fcfa et au plus 500fcfa (c'est à la tête du client) sont tenus par des soldats séparés par deux petits mètres. Dans la zone de Man, le racket est violent. A Logoualé, le premier poste FN après Bangolo par exemple où nous étions le dimanche 25 novembre, ce que Ouattara Issiaka dit Wattao, chef d'état major adjoint des Forces nouvelles appelle de "petites incompréhensions", se fait de façon révoltante. A Logoualé, tout passager qui sort ou entre dans la ville doit payer à deux reprises 300 fcfa. Il doit en outre payer 100 fcfa pour chaque bagage. Le lundi 26 novembre, nous avons été témoin d'une scène qui s'est passée au check point de Borotou-Koro. Un jeune soldat a arrêté un cycliste et lui a exigé 100 fcfa. "Taxe" dont il s'est acquitté avant d'être autorisé à traverser le "barrage".
Le racket tous azimuts qui sévit dans les zones CNO est lié à la misère dont sont victimes les jeunes soldats des FN. "Le racket, explique F. B, un ancien combattant qui dit avoir quitté le mouvement après l'échec de la prise de Grabo et que nous avons rencontré à Boundiali, est devenu la seule source de revenu des combattants. Ils étaient élèves, apprentis chauffeurs, paysans, menuisiers, etc. Au début de la crise, ça allait pour eux parce qu'ils avaient des butins de guerre qu'ils ont vite dilapidés. Aujourd'hui, il n'y a plus d'agences BCEAO à casser ou des véhicules de particuliers à arracher pour aller revendre au Mali ou au Burkina-Faso. C'est dur et les soldats sont obligés de racketter. Evidemment, la hiérarchie est au courant. C'est faux de dire que cet argent est convoyé au quartier général des FN à Bouaké. Pour les chefs politiques comme militaires, l'argent du racket, c'est du menu fretin. Les chefs, eux, ils lèvent des taxes sur le bois, le cacao, etc. ils délivrent des laissez-passer, passent des deals avec les opérateurs économiques. Leurs éléments le savent. Comme ils ne peuvent pas revendiquer leur part du gâteau, ils se livrent au racket. Quant aux chefs, ils ne peuvent pas trop hausser le ton parce qu'ils font la même chose mais d'une autre façon". En zone CNO, le racket sur les routes est d'autant plus révoltant que tous ceux qui empruntent les véhicules de transport en commun doivent délier bourse. Qu'ils aient les pièces justifiant leur identité ou non.
ASK

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