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PDCI, FPI, RDR - forces et faiblesses des 3 grands

Le FPI, le PDCI-RDA et le RDR sont les trois principaux partis politiques dont les candidats constituent les grands protagonistes de l'élection présidentielle du 30 novembre prochain. Sept (7) mois avant cette importante échéance électorale, jetons un regard sur l'image de ces formations dans l'opinion publique, mesurons leurs forces et faiblesses. Enquête.
1 - Front populaire ivoirien (FPI)

Créé dans la clandestinité en 1982 dans un appartement de la Riviera Golf d'Abidjan-Cocody, le FPI a tenu son premier congrès dans une palmeraie de Dabou en 1988. Il a été officiellement reconnu en 1990 à la faveur du multipartisme. Membre de l'International socialiste, ce parti doit son assise et son rayonnement à son combat pour les libertés et pour la démocratie en Côte d'Ivoire. Mais aussi à son leader charismatique, Laurent Gbagbo, opposant farouche au régime du parti unique tenu de main de fer par Félix Houphouet-Boigny. Après 30 ans de combat dans l'opposition émaillés d'incarcérations, de bastonnades et d'exil, Laurent Gbagbo accède au pouvoir avec son parti, le FPI, au terme de la présidentielle d'octobre 2000. Depuis lors, le FPI est dirigé par Pascal Affi N'Guessan.

Les forces du FPI

La première force du FPI, c'est son organisation, les formations politiques qu'il a inculquées à ses militants et sa gestion innovante du pouvoir d'Etat. Son organisation sur le terrain et la formation politique de ses militants qui lui ont permis, à la vérité, de résister à la machine du système du parti unique sous feu le président Félix Houphouet-Boigny (1960-1993) et à celle plus subtile, mais non moins répressive de son successeur Aimé Henri Konan Bédié (1993-1999). Autre atout, le dynamisme et l'engagement des responsables de ce parti qui ont toujours fait de la proximité avec les populations ivoiriennes une constante de leur action politique. A preuve, le FPI a été le premier parti qui a initié des tournées et des meetings à Abidjan et à travers le pays pendant cette crise. Cela, longtemps avant le dialogue direct et la signature de l'accord de Ouagadougou. Mais, mieux, depuis la fixation de la date de l'élection présidentielle, les délégations du FPI conduites par les plus hauts dignitaires de ce parti ont investi le terrain et échangent déjà avec les populations dans les villes, villages et hameaux.
Ainsi, implanté sur toute l'étendue du territoire national, le FPI connaît-il parfaitement les Ivoiriens et leurs desiderata pour les avoir pratiqués depuis plus de 20 ans. Le Front populaire ivoirien possède aussi, à travers son projet de société et son programme de gouvernement baptisé La Refondation, une force pour convaincre les Ivoiriens dans la perspective du 30 novembre 2008. Au plan de la gestion de l'Etat, bien que contrariée par la crise déclenchée en septembre 2002, la mise en exécution de certains aspects de ce programme, notamment la décentralisation, l'école gratuite, la réforme du café-cacao, l'électrification rurale, n'a visiblement pas laissé les populations indifférentes. En 18 mois de gestion, le véritable Premier ministre de Gbagbo, Pascal Affi N'Guessan, avait renoué avec les bailleurs de fonds, remis le pays à flots et s'apprêtait à passer au déblocage des salaires des fonctionnaires, une première depuis plus de vingt ans, quand la guerre a été déclarée au pays. Affi a perdu son poste, la politique de refondation a été balafrée, pour ne pas dire arrêtée. Malgré tout, le président de la République, Laurent Gbagbo, a maintenu la Côte d'Ivoire debout. Il a électrifié de nombreux villages dans les quatre coins du pays sans aucune discrimination. Dans le cadre de la décentralisation, volet primordial de son programme de gouvernement, il a érigé de nombreuses localités en départements, sous-préfectures ou communes. Des initiatives de développement saluées par les chefferies traditionnelles.
Au plan individuel, Laurent Gbagbo constitue, sans contexte, un atout majeur pour le FPI. Grâce à trente ans de gestion intelligente de l'opposition politique à Houphouet-Boigny et à sa clairvoyance politique dans la gestion de la guerre qui lui a été imposée le 19 septembre 2002, les populations le jugent comme un chef d'Etat hors pair, généreux, courageux, bon et pacifique. Son charisme est si grand que les populations n'hésitent pas à indexer, à tort ou à raison, son entourage d'être bien souvent en déphasage avec ses actes. Certes, certains de ses collaborateurs s'adonnent à des dérapages financiers en exposant de façon ostentatoire et peu vertueuse leur fortune, oubliant que la grande majorité souffre à cause de la crise. Mais depuis huit ans (du fait de cette crise) que le candidat du FPI est à la tête de l'Etat de Côte d'Ivoire, aucun cadre ni ministre issu du parti au pouvoir n'ont été convaincus de culpabilité dans une affaire de détournement de deniers publics. C'est une preuve importante de bonne gouvernance.
Enfin, leader charismatique et politiquement doué, Laurent Gbagbo a su honorer la mémoire du premier président de la Côte d'Ivoire dont il fut pourtant l'opposant historique. Gbagbo poursuit la politique de transfert de la capitale politique à Yamoussoukro, projet initié par Houphouet en 1983. Imprégné d'une haute considération de l'Etat, il entoure d'attention et d'égards Mme Thérèse Houphouet-Boigny, la veuve de feu Houphouet. Il a restauré la dignité de la famille du premier président à Yamoussoukro, alors que celle-ci avait été abandonnée sous le régime PDCI de Konan Bédié, l'héritier qui a préféré ses propres affaires à Daoukro. Bon nombre d'Ivoiriens qui ont vécu l'époque coloniale pensent de plus en plus que le candidat du FPI est venu par la grâce divine pour achever la décolonisation et impulser le vrai développement du pays après Houphouet.
Bref, Laurent Gbagbo est aujourd'hui, pour le FPI, ce qu'était Pélé pour l'équipe de football du Brésil des années 60. C'est-à-dire un atout maître.

Les faiblesses du FPI

Le handicap majeur du FPI, c'est celui que lui a infligé la trop longue gestion de la crise. Attaqué de partout et submergé des fois par l'ampleur de la misère induite par la guerre, le parti de Pascal Affi N'Guessan a fini par assister, impuissant, au malaise entre la direction et les militants de base. Les seconds se plaignent des premiers, ainsi que des élus, des ministres et autres hauts responsables issus du parti, de les avoir oubliés depuis l'accession du FPI au pouvoir. Ils dénoncent le manque de solidarité entre le sommet et la base, alors que la solidarité est une valeur qui caractérise tout parti politique d'obédience socialiste. Certains militants rapportent comme une preuve d'arrogance les propos d'un haut responsable du parti devenu subitement riche et qui aurait soutenu, face à ses camarades d'hier, que le pouvoir n'est pas un gâteau à partager !. Des propos qui auraient indigné d'autres hauts responsables du parti.
La deuxième faiblesse du FPI, c'est que, dans l'opinion publique, l'on juge rapide et inadmissible l'enrichissement de certains cadres du parti, puisque quelques uns ont choisi de se donner en spectacle avec leurs richesses. Bien entendu, la plupart du temps, c'est à tort que l'on indexe les Refondateurs, sans chercher à y voir plus clair. Ainsi, un véhicule rutilant vient-il à passer, l'on l'attribue à un Refondateur en oubliant que, dans l'actuel gouvernement de trente six membres, le FPI n'a que six ministres. Découvre-t-on des chantiers d'immeubles ou de stations d'essence qu'on crie aux Refondateurs. Ici, Charles Blé Goudé (qui n'est pas un refondateur) a souffert de ces accusations, avant de se révolter pour obliger les concernés, non- refondateurs, à le blanchir. Mais, après tout, le FPI a eu tort de ne pas interpeller ses cadres pour étouffer en eux toute tentation de donner du grain à moudre à cette malveillante opinion. Alors, ceci expliquant cela, la négligence et le manque d'anticipation du parti présidentiel, dans la gestion de certaines situations, sont perçus par beaucoup d'observateurs comme la troisième faiblesse qui pourrait gêner le FPI dans les débats électoraux à venir. A titre d'exemple, la gestion tatillonne au départ de cette crise déclenchée en septembre 2002 et dont le FPI n'est rien d'autre qu'une victime innocente, puisqu'il n'est concerné ni de près ni de loin par l'ivoirité, principal argument brandi par la rébellion armée pour séduire l'opinion publique, puis attaquer la République. Et le parti au pouvoir en a payé malheureusement le plus lourd tribut.

2 - Le parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI)

De sa création en 1945 jusqu'en 1990, le PDCI-RDA a régné en grand timonier sur la vie politique ivoirienne. Le parti de feu Félix Houphouet-Boigny a dirigé la Côte d'Ivoire de 1960 à 1999. Soit durant 39 ans. Certains observateurs estiment qu'il faudrait plutôt parler de 40 ans de pouvoir, puisque, avant 1960, Houphouet-Boigny, fondateur du PDCI-RDA, a dirigé le pays en qualité de Premier ministre.

Les forces du PDCI-RDA

A l'instar du FPI qui est son benjamin, le PDCI connaît les Ivoiriens et peut être appelé parti national, puisqu'il est effectivement implanté sur toute l'étendue du territoire national. Plus vieux parti politique du pays, il jouit d'une légitimité historique. Pour avoir dirigé le pays depuis l'indépendance en tant que parti-Etat, le PDCI dispose de nombreux cadres dans divers secteurs d'activités. Certains d'entre eux, bien souvent visiblement dépassés, continuent de jouir des retombées d'un passé élogieux devant les populations de certaines localités du pays. Telles sont, à notre sens, les forces du parti créé par feu Félix Houphouet-Boigny et dirigé actuellement par Henri Konan Bédié.

Faiblesses du PDCI-RDA

Le premier handicap du parti de Bédié est congénital. Démocratique, le PDCI-RDA ne l'est en réalité que de nom. Parti unique, il était réfractaire à toute ouverture démocratique. Même durant la décennie 1990-2000 qui était celle du multipartisme, le PDCI-RDA a fonctionné avec les instruments et les pratiques du parti unique : liberté d'opinion bafouée, opposants emprisonnés ou contraints à l'exil, étudiants emprisonnés ou battus à sang, liberté de presse confisquée à travers l'emprisonnement de journalistes. De ce point de vue, le PDCI-RDA a laissé un souvenir très amer aux Ivoiriens amoureux de la démocratie.
Le deuxième handicap est lié à la personnalité du président actuel du parti. A la première faiblesse congénitale du PDCI, s'ajoute le fait que l'organisation très huilée de ce parti à l'époque d'Houphouet a été mise à mal avec l'arrivée de M. Konan Bédié à sa tête en 1994. Henri Konan Bédié a presque foutu l'héritage laissé par Houphouet en l'air, rendant ainsi possible un coup d'Etat contre le PDCI en décembre 1999.
Aujourd'hui, le PDCI vogue comme un parti quelconque qui cherche ses repères. Déjà en 1993 avec le décès de Félix Houphouet-Boigny et l'avènement de Bédié au pouvoir, les difficultés se sont vite signalées. Le mal s'est avéré si profond qu'il a suscité la naissance, en 1994, du Rassemblement des Républicains, parti né des entrailles du PDCI à l'initiative de feu Djéni Kobina et d'autres cadres du vieux parti.
Et comme si ces défauts n'étaient pas assez lourds, Bédié entreprit de transformer Daoukro, sa ville natale, en une nouvelle capitale, alors que le projet du transfert de la capitale politique à Yamoussoukro était là. Au passage, il a martyrisé la veuve et la famille d'Houphouet. Pour de nombreux observateurs, cela sonnait comme une ingratitude, puisque Bédié doit sa carrière politique à Houphouet. Les Ivoiriens le trouvent ethnocentrique et peu généreux. Ils en veulent pour preuve le fait qu'il ait seulement entrepris des investissements colossaux, donner l'eau, l'électricité et l'école à des localités de sa région et de celles de ses proches, alors qu'à la faveur de la dévaluation en 1994, l'Etat avait bénéficié d'une pluie de milliards de FCFA qui pouvait profiter à tous les Ivoiriens. Son programme de gouvernement dit l'Eléphant d'Afrique n'était qu'un v?u pieux, sans lendemain. C'est qu'au sein du parti lui-même, M. Bédié s'est comporté comme un vrai dictateur, peu ouvert aux idées nouvelles. D'où l'existence d'un courant dit des Rénovateurs tapis dans l'ombre et dont les membres attendent leur heure pour rebondir au PDCI.
Bien entendu, cette faiblesse personnelle a débouché sur la gestion catastrophique du pouvoir par le PDCI sous Konan Bédié. Ainsi, se souvient-on du scandale du détournement de 18 milliards de FCFA de l'Union européenne (UE) prêtés à la Côte d'Ivoire. Non seulement l'Etat a remboursé cet argent détourné, mais la preuve de la mauvaise gouvernance ayant été flagrante, les institutions financières internationales ont toutes fermé la porte à notre pays en 1998. Il a fallu l'arrivée de Laurent Gbagbo au pouvoir pour que les choses se normalisent. Ce scandale et bien d'autres font que, globalement, l'opinion nationale garde une mauvaise image du pouvoir PDCI sous Bédié, un chef d'Etat qui, avec sa famille et ses proches, était exagérément porté sur l'argent et les affaires. Alors, comme on pouvait s'y attendre, le PDCI a vu s'accentuer sous Bédié les nombreux antagonismes, divisions et haines qui le traversent. Résultats de frustrations causées par le camp Bédié à de hauts responsables du parti, ces divisions ont favorisé le coup d'Etat de décembre 1999 et poussé certains de ses dignitaires à claquer la porte ou à prendre leur distance vis-à-vis de la direction du PDCI. On peut citer, entre autres leaders mythiques en rupture de ban avec Bédié, Laurent Dona Fologo (ancien puissant Secrétaire général et président par intérim du parti), Bernard Binlin Dadié (éminent homme de lettres, écrivain émérite, ancien ministre de la Culture sous Houphouet), Timothée Ahoua N'Guetta (ancien ambassadeur et l'un des plus fidèles compagnons de Bédié), Séry Gnoléba, Denis Bra Kanon
De plus, la plus grosse faiblesse du PDCI-RDA reste la panne d'idées novatrices chez ses dirigeants. Ainsi, en créant l'ivoirité contre Alassane Dramane Ouattara (Bédié a lancé un mandat d'arrêt international contre lui), le président du PDCI, alors chef de l'Etat, avait semé les germes de l'implosion en Côte d'Ivoire. Les auteurs du coup d'Etat de 1999 et ceux de la rébellion armée en 2002 s'en sont servis comme prétexte majeur. Dans l'opinion ivoirienne, le PDCI charrie l'ivoirité comme un boulet, avec son pendant, le tribalisme, dont Bédié se pose comme un chantre. Du coup, nombreux sont les militants de ce parti, dont le fondateur Félix Houphouet-Boigny qui avait fait de la paix une religion, qui acceptent très mal l'alliance du PDCI avec les rebelles, leur commanditaire Alassane Dramane Ouattara et leur parrain, Jacques Chirac.
Au total, le PDCI sous Bédié est taxé de ne pas être proche du peuple ivoirien dans son entièreté, contrairement au PDCI sous Houphouet. Les Ivoiriens trouvent M. Henri Konan Bédié cassant et distant. Sans l'image d'héritier d'Houphouet qui lui colle à la peau, peu de nos compatriotes se reconnaissent en lui. Si bien que quand il était au pouvoir, Bédié n'a jamais tenté de jauger sa popularité, au contraire de Laurent Gbagbo qui peut se rendre à l'improviste à la Rue Princesse de Yopougon, en pleine nuit. En vérité, depuis la mort de Félix Houphouët-Boigny, le PDCI est à la recherche d'un leader charismatique.


3 - Rassemblement des Républicains (RDR)

Lorsque Djéni Kobena et quelques cadres du PDCI, dont Lohoues Essoh, Grah Claire, Jacqueline Oble, Fofana Zémogo ont claqué la porte du PDCI-RDA pour créer le RDR en 1994, ils ne s'attendaient pas à ce que leur bébé devienne, des années plus tard, un club de soutien à un individu : Alassane Dramane Ouattara. Aujourd'hui, c'est ce triste visage que présente le RDR au grand dam de certains cadres du parti. Une présentation qui implique des forces et des faiblesses.

Les forces du RDR

La plus grande force du RDR, parti dirigé par Alassane Dramane Ouattara, constitue son ouverture sur l'international et la diaspora ivoirienne. Le parti doit cette qualité aux fonctions exercées par son mentor dans la haute finance internationale. Le RDR a compris qu'avec le soutien de l'extérieur, on peut tout faire à l'intérieur. Que cela soit bon ou mauvais.
Autre force de ce parti, il sait le rôle important que jouent les médias (presse nationale et internationale) dans la direction de l'opinion. Le RDR s'en est servi avec dextérité pour ?uvrer en Côte d'Ivoire et, depuis 1993, le pays vit au rythme des desiderata du parti et de son chef, M. Ouattara. Mais, également, cela a contribué à faire du RDR l'un des principaux partis politiques ivoiriens largement devant des anciens partis tels que le PIT, l'USD, le PRCI

Les faiblesses du RDR

Lorsqu'on parle du RDR, la première faiblesse que l'on attribue à ce parti, c'est la déification obsessionnelle dont jouit Alassane Dramane Ouattara au sein de cette formation politique. Une situation qui plombe l'organisation et l'évolution du parti, selon des observateurs. Qui qualifient M. Ouattara de dictateur inspirant plus la peur que la sympathie dans de nombreux cercles du parti. Il faut éviter de le contredire en public ou en privé au risque de le payer cher, entend-on dire à propos du président du RDR.
Tout cela crée un gros malaise au sein du parti. Ce qui a causé le départ de certains cadres tels que Adama Coulibaly Champion, Zémogo Fofana, Jean-Jacques Béchio, Aly Kéita, etc. Ceux qui ont cru pouvoir porter la contradiction en interne sont frappés d'ostracisme, à l'image d'Adama Bictogo.
Autre faiblesse majeure du RDR, l'utilisation de l'ethnie (ressortissants du Nord) et de la religion (l'Islam) par Alassane Dramane Ouattara à des fins politiques. Cette donnée est d'abord apparue en 1990 à travers la charte du Nord alors qu'Alassane Ouattara était Premier ministre d'Houphouet-Boigny. Elle s'est accentuée au plus fort de la guéguerre entre Ouattara et Bédié lorsque l'ancien directeur général adjoint du FMI a déclaré que Bédié empêchait sa candidature à la présidence de la République parce qu'il est musulman et du Nord. Elle s'est affinée au fil des années pour devenir, aujourd'hui, une véritable gangrène. La propension du RDR à demeurer dans le giron ethnique (ressortissants du Nord) est loin d'en faire un parti national. Le parti fondé par Djéni Kobina a aussi été pris en flagrant délit de collusion avec les auteurs du coup d'Etat de décembre 1999 et de la rébellion armée de septembre 2002. Ce qui constitue une faiblesse immense que traîne le RDR, d'autant que ces deux douloureux événements ont causé la mort d'innocentes personnes et mis le pays en retard sur la route du développement. Ils ont, en définitive, inscrit Alassane Ouattara dans la conscience collective ivoirienne comme un déstabilisateur et faiseur de coups d'Etat.
Le passé du président du RDR à la tête du pays de 1990 à 1993 en tant que Premier ministre ne milite pas non plus en sa faveur ni en celle de son parti. Alassane Ouattara est l'initiateur de la carte de séjour, antichambre de l'Ivoirité. Il est aussi l'auteur de la privatisation à la pelle des secteurs stratégiques de l'économie ivoirienne (électricité, eau). Un véritable bradage dont les conséquences sont payées, jusqu'à ce jour, par le contribuable ivoirien. Ouattara, en tant que Premier ministre d'Houphouet, c'est aussi l'auteur des licenciements massifs des travailleurs, du salaire à deux vitesses des enseignants qui a causé la démotivation des maîtres et l'effondrement du système éducatif. Sans omettre la précarité que M. Alassane Ouattara a introduite en 1990 à l'Université d'Abidjan en dépouillant les étudiants de tous leurs avantages sociaux acquis (transport forfaitaire, chambres en résidences universitaires). Il a mené une véritable guerre contre la FESCI pour le contrôle de l'opinion estudiantine en soutenant en vain la naissance d'autres associations qui étaient purement à caractère politique et ethnique. Parachuté par Félix Houphouet-Boigny à la tête du gouvernement en 1990 pour redresser l'économie ivoirienne en agonie, Alassane Dramane Ouattara n'a pas réussi sa mission au terme de trois années d'activités. Lorsqu'il rendait le tablier en 1993 sous la pression de Henri Konan Bédié, Ouattara a révélé aux Ivoiriens que le pays ne pourrait pas faire face aux salaires des fonctionnaires dans les mois qui allaient suivre pour causes de difficultés économiques.
Contrairement à ce que le RDR pourrait faire croire aux Ivoiriens, à des fins purement politiciennes, le bilan de son mentor comme Premier ministre ne fut pas reluisant. On retient également de Ouattara ses rapports jugés flous avec les milieux d'affaires en Côte d'Ivoire. Qualifié de Crésus (riche) par ses partisans, Alassane Dramane Ouattara n'a curieusement jamais posé un acte de solidarité de grande envergure au profit des populations ivoiriennes, en général, ni de celles du Nord du pays dont il se dit originaire, en particulier. Il n'a jamais construit un dispensaire ni offert de l'eau potable à une localité du Nord, Sud, Ouest, Centre ou de l'Est de la Côte d'Ivoire. Même Kong, sa ville d'origine, ploie sous le fardeau de la misère dans l'indifférence totale du président du RDR. Dont la prétendue fortune n'a jamais servi au bien-être des Ivoiriens. Ni pendant qu'il était Premier ministre d'Houphouet, ni aujourd'hui. Ouattara n'a créé aucune entreprise dans le pays pour donner de l'emploi aux jeunes. Par contre, il possède, au dire de ses proches, un cabinet d'expertise au Gabon où il a embauché des cadres recrutés sur place. En d'autres termes, Alassane Ouattara a créé des emplois ailleurs. Alors qu'il veut diriger vaille que vaille les Ivoiriens. Le comprendront-ils ?

Les dés sont jetés

Les trois grands partis susceptibles de gagner la bataille présidentielle du 30 novembre 2008 traînent, chacun, des atouts et des faiblesses. Ils ont en commun d'avoir gouverné ce pays et d'avoir laissé des souvenirs qui ne se ressemblent pas. Pour la prochaine présidentielle, la différence se fera au niveau communicationnel. Il s'agira d'abord pour chaque camp d'exploiter les faiblesses des adversaires pour les plomber dans l'opinion. Ensuite de transformer ses propres faiblesses en qualités, ou, à tout le moins, de trouver les mots idoines pour les justifier et les faire admettre aux électeurs. Il s'agira, enfin, de présenter un candidat assez crédible, suffisamment imprégné du désir des Ivoiriens de se libérer des pesanteurs coloniales et ayant un programme de gouvernement pragmatique et prometteur pour le peuple.
Pour notre part, il nous a semblé nécessaire, par l'enquête que vous venez de parcourir, de présenter ces grandes formations politiques telles que l'opinion publique les perçoit aujourd'hui en Côte d'Ivoire. Quitte aux électeurs d'opérer leur choix. Le moment venu.


Enquête réalisée par Didier Depry didierdepri@yahoo.fr

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Article publié par Notre Voie et référencé par 225.ci.