Or donc il rompt ! -
C'est le bout du tunnel. Depuis le jeudi 17 janvier dernier, l'argentier de la sous région ouest africaine, est connu. Les chefs d'Etat membres de l'UEMOA se sont réunis et en ont décidé ainsi, mettant, du coup, fin à l'intérim assumé par le burkinabé Justin Damo Baro. L'expédition du Président Laurent Gbagbo à Ouagadougou, dans le cadre de la nomination du nouveau Gouverneur de la BCEAO, n'a pas atteint, comme la moisson, la promesse des fleurs. Une campagne en demi-teinte. Une victoire à la Pyrrhus , avec un arrière-goût très amer pour le locataire du palais présidentiel ivoirien. Certes, la Côte d'Ivoire a gagné avec Philippe Henri Dakoury Tabley, mais Laurent Gbagbo a perdu avec l'ancien argentier de l'Etat, Paul Antoine Bohoun Bouabré. Et pourtant, le numéro un ivoirien ne finissait pas de faire la gorge chaude sur la validité, la solidité et l'impossible échec de son poulain, qui avait sa confiance et qu'il connaissait le mieux. Mieux en 2006, Gbagbo menaçait de retirer la Côte d'Ivoire de la zone UEMOA et de créer sa propre monnaie si ses pairs africains s'avisaient de vouloir remettre en cause le pacte qui attribuait le siège de la BCEAO au Sénégal et le poste de Gouverneur à notre pays. Que s'est-il donc passé au Pays des Hommes Intègres , pour que Gbagbo renonce à ses proclamations d'antan et se décide à abandonner son choix brandi comme un meilleur profil et, surtout, accepte la rotation du gouvernorat que notre pays perdra en 2014 pour au moins vingt longues années ? Sous la poussée des autres partenaires africains, Gbagbo si euphorique au départ, a fait le deuil de la candidature Bouabré. Autant ce dernier n'avait pas la carrure de l'emploi, autant il traînait de nombreuses et bruyantes casseroles et son nom l'objet de toutes les citations notamment dans la disparition du journaliste Guy André Kieffer. Gbagbo a ignoré ces paramètres et l'a appris à ses dépens, sous la poussée des autres pays membres de l'UEMOA. Contrairement aux affirmations du chef de l'Etat, il n'y a pas eu de jeu politique. Le choix des chefs d'Etat est plutôt de raison. Qui peut en vouloir à une personnalité de la trempe du ministre du Plan d'avoir un engagement politique ? D'ailleurs, Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire international (FMI), n'a-t-il pas pris part il y a quarante huit heures, au troisième forum de la rénovation du Parti socialiste français à Paris, se permettant même d'appeler à un vote sanction contre le gouvernement de Sarkozy aux futures élections municipales ?
Ainsi donc à Ouagadougou, contrairement au roseau , Laurent Gbagbo n'a pas fait que plier , il a rompu et a subi un véritable désaveu. Malgré sa volonté à transformer son échec personnel en victoire, nul ne s'est mépris. Gbagbo a mordu la poussière du vent sec de l'harmattan qui souffle sur la capitale du Burkina Faso. Incapable de faire désigner son candidat, il a aussi fait perdre à la Côte d'Ivoire son hégémonie sur le poste de Gouverneur. Dans six ans, la direction de la BCEAO sera l'affaire d'un autre Etat. Une chose impensable depuis l'ère Félix Houphouet Boigny.
Pour sûr, le message que véhicule Ouaga est sans ambiguïté. Sous ses airs de combattant intrépide, intraitable et d' animal politique , de Seplou, de Woody ou de Soukoutê magnin magnin (la sémantique bété ne tarit pas d'imagination à son égard), Laurent Gbagbo est maniable, pourvu que l'on maintienne une forte pression sur lui. Trois Présidents de la sous région (Abdoulaye Wade, Mamadou Tanja et Blaise Compaoré) l'ont compris ainsi. Loin de se laisser émouvoir, d'une part par les menaces de retrait de la Côte d'Ivoire de l'UEMOA, d'autre part par les thèses émotionnelles sur des alliances anachroniques, ils ont exigé et obtenu que Laurent Gbagbo renonce à un choix qui, à la longue, aurait pu être préjudiciable à tout le monde. L'exemple de la gestion des sociétés d'Etat et autres structures parapubliques en Côte d'Ivoire est là. Gabegie, népotisme, favoritisme et détournement y sont les lots quotidiens et la marque déposée de la gestion des cadres du FPI. La BCEAO ne sera pas refondée. Au contraire, c'est Gbagbo lui-même qui devra revoir son mode de fonctionnement et ses méthodes. La pression de deux années que lui ont mise ses pairs ouest africains, devrait servir à tous. L'opposition a une piste efficace à explorer dans la perspective des consultations électorales à venir. Si Gbagbo a pu signer Marcoussis à Paris, approuvé Accra II et III, paraphé Pretoria, c'est qu'il n'avait pas d'alternative entre la conservation du pouvoir et le risque de le perdre. Mais le tout n'était pas de le faire signer. Tout est dans les mécanismes de suivi. En prenant son vol pour Ouaga, le chef de l'Etat savait que la cause était entendue et qu'il s'adonnait à un baroud d'honneur. Sans doute, si les initiateurs des nombreux accords de paix avaient opéré une telle démarche, il y a longtemps que le processus de paix en Côte d'Ivoire avait connu son épilogue. C'est le grand enseignement à tirer de la campagne de Ouaga
PAR CHARLES SANGA
Ainsi donc à Ouagadougou, contrairement au roseau , Laurent Gbagbo n'a pas fait que plier , il a rompu et a subi un véritable désaveu. Malgré sa volonté à transformer son échec personnel en victoire, nul ne s'est mépris. Gbagbo a mordu la poussière du vent sec de l'harmattan qui souffle sur la capitale du Burkina Faso. Incapable de faire désigner son candidat, il a aussi fait perdre à la Côte d'Ivoire son hégémonie sur le poste de Gouverneur. Dans six ans, la direction de la BCEAO sera l'affaire d'un autre Etat. Une chose impensable depuis l'ère Félix Houphouet Boigny.
Pour sûr, le message que véhicule Ouaga est sans ambiguïté. Sous ses airs de combattant intrépide, intraitable et d' animal politique , de Seplou, de Woody ou de Soukoutê magnin magnin (la sémantique bété ne tarit pas d'imagination à son égard), Laurent Gbagbo est maniable, pourvu que l'on maintienne une forte pression sur lui. Trois Présidents de la sous région (Abdoulaye Wade, Mamadou Tanja et Blaise Compaoré) l'ont compris ainsi. Loin de se laisser émouvoir, d'une part par les menaces de retrait de la Côte d'Ivoire de l'UEMOA, d'autre part par les thèses émotionnelles sur des alliances anachroniques, ils ont exigé et obtenu que Laurent Gbagbo renonce à un choix qui, à la longue, aurait pu être préjudiciable à tout le monde. L'exemple de la gestion des sociétés d'Etat et autres structures parapubliques en Côte d'Ivoire est là. Gabegie, népotisme, favoritisme et détournement y sont les lots quotidiens et la marque déposée de la gestion des cadres du FPI. La BCEAO ne sera pas refondée. Au contraire, c'est Gbagbo lui-même qui devra revoir son mode de fonctionnement et ses méthodes. La pression de deux années que lui ont mise ses pairs ouest africains, devrait servir à tous. L'opposition a une piste efficace à explorer dans la perspective des consultations électorales à venir. Si Gbagbo a pu signer Marcoussis à Paris, approuvé Accra II et III, paraphé Pretoria, c'est qu'il n'avait pas d'alternative entre la conservation du pouvoir et le risque de le perdre. Mais le tout n'était pas de le faire signer. Tout est dans les mécanismes de suivi. En prenant son vol pour Ouaga, le chef de l'Etat savait que la cause était entendue et qu'il s'adonnait à un baroud d'honneur. Sans doute, si les initiateurs des nombreux accords de paix avaient opéré une telle démarche, il y a longtemps que le processus de paix en Côte d'Ivoire avait connu son épilogue. C'est le grand enseignement à tirer de la campagne de Ouaga
PAR CHARLES SANGA