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Complexe de purgatoire

Il n'y a rien de plus difficile que de vivre dans le purgatoire. On est sorti de l'enfer. Mais on n'est pas encore au paradis. Le ni enfer ni paradis est aussi incorfortable que le ni paix ni guerre. Ils se trompent ceux qui croyaient que ce dernier ne gênait que les tenants du pouvoir. En tout cas, s'il n'y a pas de purgatoire sans enfer, il n'y a pas de purgatoire sans désir de paradis. Quand on est habitué au paradis, on ne peut qu'en avoir la nostalgie.
De deux choses l'une. Ou bien on est fatigué du feu de l'enfer, ou on est habitué à vivre au paradis, le seul lieu qui peut abriter certaines royales personnes. Maudits soient ceux qui ont précipités les élus du paradis, dans un enfer qui n'en finit pas de lécher de ses flammes le purgatoire qui le jouxte !
Si on est ainsi une victime, la conscience victimaire s'explique et se justifie. Même si on a fait des victimes en son temps. Ce qu'on a fait était justifié, légal et légitime parce que le Seigneur peut disposer de ses gens comme il l'entend. C'est la loi de la féodalité républicaine.
Le purgatoire entraîne un rapport particulier au temps. Il est d'autant plus frustrant qu'on est à quelques secondes du paradis. Il suffirait d'un pas pour y être. De là, en attendant et pour tuer le temps, les cent pas de Dabou, de Koumassi et ceux à venir. Vous vous souvenez de la sentence d'il y a quelque temps : pas une seconde de plus! Maintenant nous raisonnons en termes de mois car dans deux mois l'accord sera caduc. C'est plus sage car les secondes passent trop vite.
Dans la situation ambiguë où nous nous trouvons, s'éterniser au pouvoir et mourir au pouvoir se ressemblent tout en s'opposant. L'un veut prendre son temps, l'autre ne veut pas qu'on lui prenne son temps. Celui-ci permettra de venir mourir en étant au pouvoir. Le temps compte pour tous mais il est plus commode d'accuser l'autre de vouloir en profiter. De là l'absence de temps mort entre les adversaires. Sinon on est mort !
Qui peut dire que les affaires de purgatoire et de paradis n'ont rien à voir avec la vie et la mort ? Il s'agit de mourrir pour accéder à la vie éternelle. Donc, ceux qui s'éternisent au pouvoir et ceux qui veulent mourir au pouvoir visent tous l'éternité. Comment entrer dans l'histoire sans en sortir ? C'est tout le drame des hommes ! Comment être dans le temps et en même temps le transcender?
Depuis longtemps, nous savons qui est N'Zuéba et pourquoi il est N'Zuéba. S'il pleut donc à temps et à contretemps, il peut parler à temps et à contretemps. Viendra alors l'apocalypse qui permet le salut. Nous sommes dans une période où les pluies menacent de causer un déluge qui nous obligera à recourir à l'arche de Bédié. Noé, Zoé, Bédié, est-ce que cela ne rime pas ? Partout, les enfants abandonnés ou négligés par des pères irresponsables, ont besoin d'être sauvés sans s'embarrasser de juridisme. Il suffit de trouver la rhétorique adéquate.
La République n'est pas une seigneurie mais un royaume, le sien. Les manants qui entourent son château n'ont pas voix au chapitre. Nous le savons depuis les ?uvres de Sir Walter Scott (Ivanhoé, Robin des Bois). Quand les brigands défendent un seigneur lésé, ils sont des brigands au grand c?ur. Dès lors qu'il n'en est plus ainsi, ils deviennent des brigands tout court à pendre haut et court ! Certains parlent de pique, mais c'est un instrument vulgaire pour un noble qui ne peut utiliser que sa lance à la manière de Lancelot. Il n'allume pas, il rompt en visière avec ses adversaires, dans la tradition des tournois de la cour.
Quel honneur pour la République que d'être reconnue et célébrée par le descendant de deux trônes, celui des Nambê et celui des Belli ! Il paraît que Hugo Chavez a dit au roi d'Espagne, que ce n'est pas à lui de lui demander de se taire ! Ils ont raison ceux qui ne veulent pas que les sages Nanans parlent. Ils courrent le risque de se voir reprendre par des manants et des gueux.
Nous les infidèles et les cafres ne savons plus que choisir. Le fétichisme des dates ou la religion des dates ? On sait depuis la colonisation que le fétichisme est un paganisme qui ne saurait conduire au paradis. En revanche, avec la religion des dates, c'est le salut assuré ! Il y eut un temps où nous entendions dire qu'il fallait laisser les rebelles désarmer selon leur bon vouloir, qu'on ne pouvait désarmer de force. C'était une autre religion qui servait à donner la communion aux rebelles sans confession. Il y a tellement de nouvelles religions que nous ne savons plus à quel saint nous vouer!
Après avoir joué le temps, le coach voit qu'il n'a pu empêcher le but qui le condamne à la défaite. Il voit aussi qu'on est dans les arrêts de jeu. La solution serait alors de contester l'arbitre et de mettre la balle sous les aisselles. Le match étant ainsi arrêté, on demandera la mise en place d'une nouvelle fédération. Au bout de la man?uvre, le tapis vert permettra de rejouer le match et de mettre l'adversaire au tapis par un KO très technique.
Quel est l'intérêt des discours épiques ? Celui qui parle est encore un chevalier en course dans la croisade. Il adopte une posture d'opposant et cela suffira à tenir lieu de projet. Il parle pour occuper le vide qui menace de l'absorber. Il crée ainsi un pont illusoire entre le purgatoire et le paradis. Au fond de sa conscience, il a peur d'un retour en enfer. Alors il danse un lékiné politique : les pieds dans le purgatoire et le ventre dans le paradis terrestre. On ne peut lui appliquer la sanction de BK, un pied dans le paradis, un pied dans le purgatoire, retour en enfer!
Ce sont les habitués des trafics des indulgences, qui savent soupçonner les autres de vouloir confisquer leur paradis. Ils savent de quoi ils parlent. La bataille est ainsi engagée entre ceux qui ont commis des péchés capitaux ou en rapport avec les capitaux et les saints qui seuls méritent le paradis. Les derniers ont le devoir sacré de ramener les premiers en enfer. Les saints du purgatoire sont plus à craindre que les damnés de la terre.
Séry Bailly ((seryzbailly@yahoo.fr))

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