PDCI-RDA : La Maison du Congrès en ruine
En dépit des moyens dont disposent ses cadres, le plus vieux parti politique de Côte d'Ivoire est en proie à d'énormes difficultés.
Que devient la mythique Maison du congrès du PDCI-RDA de Treichville? Un pénible souvenir. Pour être franc. Avec ce triste visage qu'il présente désormais, on est tenté d'affirmer que ce patrimoine du plus vieux parti de Côte d'Ivoire n'existe plus que de nom. Peut-être parce que le parti de M. Henri Konan Bédié n'en veut plus ou alors parce qu'il n'a plus les moyens de s'en occuper. Faites-y un tour, et vous serez édifié. A l'extérieur, le jardin d'antan est couvert de broussailles. Le gazon n'a pas été tondu depuis plus de 7 ans, si l'on en croit les vendeurs occupant les espaces environnants. Pire, ce jardin sert désormais de WC public à certains indélicats. Toujours de l'extérieur, on aperçoit certaines fenêtres du bâtiment grandement ouvertes. En réalité, les vitres ont volé en éclats, faute d'entretien. Une situation qui a poussé Mme Kouman, une femme d'une soixantaine d'années, à regretter les années 80. Vraiment, ici là Au temps d'Houphouet, de Béchio, de Yacé! , PDCI est vraiment tombé!?. A l'écouter, on la sent nostalgique; on sent qu'elle a vécu des moments de joie intense avec le PDCI, son parti, dans cette maison, tant l'émotion se lit sur son visage. On réalise également qu'elle en a gros sur le c?ur. Mais elle refuse d'en dire plus. Et pourtant, la vieille Kouman ne cesse de répéter ici là, au temps d'Houphouet, de Béchio, de Yacé !?. Or, le décor qui choque tant la dame ne vaut pas grand-chose à côté de ce qui attend les visiteurs à l'intérieur. Ici, le décor est doublement triste. Du rez-de-chaussée au sommet de l'immeuble, on n'aperçoit que de la moisissure. L'eau coule de partout. Dans les différentes pièces de la maison, des nids de guêpe, des morceaux de contreplaqué, des ampoules cassées, des seaux pour recueillir l'eau de pluie, de vieux tapis couverts de moisissure, des posters de hauts dignitaires du parti traînant par endroits, des morceaux de vitre ici et là. Dans une salle qui passe pour être climatisée?, on aperçoit un gros tas d'ordures composées de morceaux de contreplaqué, de vieux cartons et de récipients divers. De cette chambre, on peut admirer aisément le ciel, parce qu'elle est tout simplement décoiffée. Quant au mur, il est peint de plusieurs couleurs. Il est ocre par-ci, noir par-là, verdâtre par endroits. En fait, explique un monsieur d'environ 50 ans, se présentant comme le gardien des lieux, la toiture de ce somptueux bâtiment est en contreplaqué. Depuis sa construction en 1964. Pourquoi? Le gardien n'en sait rien. Une chose est sûre, la Maison du congrès du PDCI a abrité au temps du premier Président de la Côte d'Ivoire, d'importants congrès, de grandes réunions politiques et bien des manifestations du parti. Aujourd'hui, le bâtiment a plus de 40 ans et souffre d'un manque criant d'entretien. Il n'y a plus d'eau, plus d'électricité, plus de téléphone. D'ailleurs, le toit a cédé depuis quelques années, sous l'effet de la pluie. Lorsqu'il pleut, inutile de s'y abriter. Selon le gardien, tout a commencé en 1999, précisément après le coup d'Etat militaire. Le bâtiment a été laissé à l'abandon. Ce ne sont pas les moyens qui manquent aux cadres du PDCI. En 2001, une équipe de techniciens avait proposé un devis, afin de refaire entièrement la maison. Je ne sais pas comment les choses se sont passées par la suite, mais en tout cas, on n'a plus revu les techniciens en question?. Or, poursuit-il, il suffit de recouvrir les deux chambres de climatisation pour sauver les meubles. En attendant de réunir les moyens de s'occuper du reste?, lance, amer, le gardien. Malheureusement, nos efforts pour rencontrer M. Dieng Ousseynou, le secrétaire général adjoint, chargé des finances et du patrimoine du PDCI-RDA ont été vains. Rendez-vous avait pourtant été pris. Et l'espoir pour nous d'avoir des informations fiables était grand. Mais quelle n'a pas été notre surprise de constater que nous étions devenu, par la suite, subitement indésirable. En effet, dès que le chargé du patrimoine du PDCI entend notre voix au téléphone portable, il interrompt tout simplement l'appel et ferme aussitôt son appareil. Et ce, pendant une dizaine de jours. Pourquoi? Seul M. Dieng a la réponse. Et pourtant, le spectacle sur le site est saisissant. La célèbre maison du congrès tombe en ruine. Au grand dam de quelques cadres du parti joints par téléphone, mais qui ont préféré garder l'anonymat. Tous ont souhaité en substance que quelque chose soit fait pour la réfection de ce bâtiment. Ne serait-ce que pour l'image du parti.
Pour l'heure, on peut affirmer que le parti démocratique de Côte d'Ivoire a d'autres chats à fouetter. Le jeudi 19 avril dernier, des biens du parti ont été saisis à sa permanence au Plateau (Cf. Soir Info du vendredi 20 avril 2007). Cela, sur requête de la société L'ivoirienne électronique nouvelle?. Ce jour-là, des climatiseurs, des bureaux de direction, des véhicules appartenant à des pontes? du parti ont été saisis. Les militants du parti qui avaient cru, au début, à un harcèlement politique? ont été désagréablement surpris par la suite. En effet, la dette remonte à 18 ans, puisqu'elle a été contractée, selon le confrère, en 1989 à la suite de multiples travaux. Mais les nombreuses injonctions à payer, les commandements de payer avant saisie-vente, les ordonnances de référé produites par la justice ivoirienne ont buté contre une mauvaise foi notoire de la direction du PDCI d'honorer ses dettes?. Jusqu'à ce qu'on vienne saisir les biens du parti. Récemment, au cours de la fête des mères qui a été célébrée à la maison du PDCI à Cocody, en présence de Mme Henriette Bédié, c'est avec surprise et désolation que les nombreuses mamans? se sont rendu compte qu'aucun ventilateur ne fonctionnait. Elles ont dû se souffler avec des éventails pendant toute la cérémonie. Et c'est bien dommage, quand on sait ce que représentent le PDCI-RDA et ses nombreux cadres dans ce pays.
Casimir Djézou
Entre nous : pitoyable !
La Maison du Congrès de Treichville est dans un état de vétusté à nul autre pareil aujourd'hui. Triste fin pour un bâtiment qui devrait normalement avoir valeur de symbole aujourd'hui. Quand on pense qu'à un moment de l'histoire de ce pays, toutes les grandes décisions se prenaient ici, on ne peut concevoir que cet édifice soit ainsi abandonné?. Indignation légitime d'un témoin silencieux qui aura vu ce site être au c?ur de l'histoire de la nation. Les heures de gloire passées, la décrépitude est totale! La bâtisse prend l'eau de toute part en cette période de pluie. Les vitres quant à elles ont volé en éclats, tandis que les moquettes et les tapis sont bons pour le débarras. Et cela ne semble émouvoir personne, pas même le PDCI dont la Maison du Congrès de Treichville fait partie du patrimoine. Sûr qu'un tel édifice en Occident qui fait office de monument historique, n'aurait pas eu le même sort que celui qu'on lui réserve sous les tropiques. Et dire que l'on doit se référer au passé pour affronter le présent et assurer le futur. Une telle attitude montre bien que, comme dans beaucoup de domaines, l'Afrique n'a pas de mémoire. Si tant est que le PDCI a en ce moment d'autres priorités, cet édifice pourrait être reversé au compte du patrimoine national afin que les autorités compétentes puissent le rénover et en faire un usage qui sied à tous. Cela s'impose à la classe dirigeante comme un devoir en face de toutes ces jeunes générations qui ont le droit de savoir.
Par Hervé Koutouan
Que devient la mythique Maison du congrès du PDCI-RDA de Treichville? Un pénible souvenir. Pour être franc. Avec ce triste visage qu'il présente désormais, on est tenté d'affirmer que ce patrimoine du plus vieux parti de Côte d'Ivoire n'existe plus que de nom. Peut-être parce que le parti de M. Henri Konan Bédié n'en veut plus ou alors parce qu'il n'a plus les moyens de s'en occuper. Faites-y un tour, et vous serez édifié. A l'extérieur, le jardin d'antan est couvert de broussailles. Le gazon n'a pas été tondu depuis plus de 7 ans, si l'on en croit les vendeurs occupant les espaces environnants. Pire, ce jardin sert désormais de WC public à certains indélicats. Toujours de l'extérieur, on aperçoit certaines fenêtres du bâtiment grandement ouvertes. En réalité, les vitres ont volé en éclats, faute d'entretien. Une situation qui a poussé Mme Kouman, une femme d'une soixantaine d'années, à regretter les années 80. Vraiment, ici là Au temps d'Houphouet, de Béchio, de Yacé! , PDCI est vraiment tombé!?. A l'écouter, on la sent nostalgique; on sent qu'elle a vécu des moments de joie intense avec le PDCI, son parti, dans cette maison, tant l'émotion se lit sur son visage. On réalise également qu'elle en a gros sur le c?ur. Mais elle refuse d'en dire plus. Et pourtant, la vieille Kouman ne cesse de répéter ici là, au temps d'Houphouet, de Béchio, de Yacé !?. Or, le décor qui choque tant la dame ne vaut pas grand-chose à côté de ce qui attend les visiteurs à l'intérieur. Ici, le décor est doublement triste. Du rez-de-chaussée au sommet de l'immeuble, on n'aperçoit que de la moisissure. L'eau coule de partout. Dans les différentes pièces de la maison, des nids de guêpe, des morceaux de contreplaqué, des ampoules cassées, des seaux pour recueillir l'eau de pluie, de vieux tapis couverts de moisissure, des posters de hauts dignitaires du parti traînant par endroits, des morceaux de vitre ici et là. Dans une salle qui passe pour être climatisée?, on aperçoit un gros tas d'ordures composées de morceaux de contreplaqué, de vieux cartons et de récipients divers. De cette chambre, on peut admirer aisément le ciel, parce qu'elle est tout simplement décoiffée. Quant au mur, il est peint de plusieurs couleurs. Il est ocre par-ci, noir par-là, verdâtre par endroits. En fait, explique un monsieur d'environ 50 ans, se présentant comme le gardien des lieux, la toiture de ce somptueux bâtiment est en contreplaqué. Depuis sa construction en 1964. Pourquoi? Le gardien n'en sait rien. Une chose est sûre, la Maison du congrès du PDCI a abrité au temps du premier Président de la Côte d'Ivoire, d'importants congrès, de grandes réunions politiques et bien des manifestations du parti. Aujourd'hui, le bâtiment a plus de 40 ans et souffre d'un manque criant d'entretien. Il n'y a plus d'eau, plus d'électricité, plus de téléphone. D'ailleurs, le toit a cédé depuis quelques années, sous l'effet de la pluie. Lorsqu'il pleut, inutile de s'y abriter. Selon le gardien, tout a commencé en 1999, précisément après le coup d'Etat militaire. Le bâtiment a été laissé à l'abandon. Ce ne sont pas les moyens qui manquent aux cadres du PDCI. En 2001, une équipe de techniciens avait proposé un devis, afin de refaire entièrement la maison. Je ne sais pas comment les choses se sont passées par la suite, mais en tout cas, on n'a plus revu les techniciens en question?. Or, poursuit-il, il suffit de recouvrir les deux chambres de climatisation pour sauver les meubles. En attendant de réunir les moyens de s'occuper du reste?, lance, amer, le gardien. Malheureusement, nos efforts pour rencontrer M. Dieng Ousseynou, le secrétaire général adjoint, chargé des finances et du patrimoine du PDCI-RDA ont été vains. Rendez-vous avait pourtant été pris. Et l'espoir pour nous d'avoir des informations fiables était grand. Mais quelle n'a pas été notre surprise de constater que nous étions devenu, par la suite, subitement indésirable. En effet, dès que le chargé du patrimoine du PDCI entend notre voix au téléphone portable, il interrompt tout simplement l'appel et ferme aussitôt son appareil. Et ce, pendant une dizaine de jours. Pourquoi? Seul M. Dieng a la réponse. Et pourtant, le spectacle sur le site est saisissant. La célèbre maison du congrès tombe en ruine. Au grand dam de quelques cadres du parti joints par téléphone, mais qui ont préféré garder l'anonymat. Tous ont souhaité en substance que quelque chose soit fait pour la réfection de ce bâtiment. Ne serait-ce que pour l'image du parti.
Pour l'heure, on peut affirmer que le parti démocratique de Côte d'Ivoire a d'autres chats à fouetter. Le jeudi 19 avril dernier, des biens du parti ont été saisis à sa permanence au Plateau (Cf. Soir Info du vendredi 20 avril 2007). Cela, sur requête de la société L'ivoirienne électronique nouvelle?. Ce jour-là, des climatiseurs, des bureaux de direction, des véhicules appartenant à des pontes? du parti ont été saisis. Les militants du parti qui avaient cru, au début, à un harcèlement politique? ont été désagréablement surpris par la suite. En effet, la dette remonte à 18 ans, puisqu'elle a été contractée, selon le confrère, en 1989 à la suite de multiples travaux. Mais les nombreuses injonctions à payer, les commandements de payer avant saisie-vente, les ordonnances de référé produites par la justice ivoirienne ont buté contre une mauvaise foi notoire de la direction du PDCI d'honorer ses dettes?. Jusqu'à ce qu'on vienne saisir les biens du parti. Récemment, au cours de la fête des mères qui a été célébrée à la maison du PDCI à Cocody, en présence de Mme Henriette Bédié, c'est avec surprise et désolation que les nombreuses mamans? se sont rendu compte qu'aucun ventilateur ne fonctionnait. Elles ont dû se souffler avec des éventails pendant toute la cérémonie. Et c'est bien dommage, quand on sait ce que représentent le PDCI-RDA et ses nombreux cadres dans ce pays.
Casimir Djézou
Entre nous : pitoyable !
La Maison du Congrès de Treichville est dans un état de vétusté à nul autre pareil aujourd'hui. Triste fin pour un bâtiment qui devrait normalement avoir valeur de symbole aujourd'hui. Quand on pense qu'à un moment de l'histoire de ce pays, toutes les grandes décisions se prenaient ici, on ne peut concevoir que cet édifice soit ainsi abandonné?. Indignation légitime d'un témoin silencieux qui aura vu ce site être au c?ur de l'histoire de la nation. Les heures de gloire passées, la décrépitude est totale! La bâtisse prend l'eau de toute part en cette période de pluie. Les vitres quant à elles ont volé en éclats, tandis que les moquettes et les tapis sont bons pour le débarras. Et cela ne semble émouvoir personne, pas même le PDCI dont la Maison du Congrès de Treichville fait partie du patrimoine. Sûr qu'un tel édifice en Occident qui fait office de monument historique, n'aurait pas eu le même sort que celui qu'on lui réserve sous les tropiques. Et dire que l'on doit se référer au passé pour affronter le présent et assurer le futur. Une telle attitude montre bien que, comme dans beaucoup de domaines, l'Afrique n'a pas de mémoire. Si tant est que le PDCI a en ce moment d'autres priorités, cet édifice pourrait être reversé au compte du patrimoine national afin que les autorités compétentes puissent le rénover et en faire un usage qui sied à tous. Cela s'impose à la classe dirigeante comme un devoir en face de toutes ces jeunes générations qui ont le droit de savoir.
Par Hervé Koutouan