Émotions à Sahuyé : Le corps de l'enterré vivant exhumé
Le corps en état de putréfaction d'un homme, apparemment jeune, au torse nu et en pantalon jeans de couleur noire, portant des baskets noires à rayures blanches ! Le cadavre au visage méconnaissable et étendu sur le dos, avec les bras et les pieds ligotés, se trouvait bien dans la tombe sous le cercueil contenant un autre corps. Image horrible que celle, qu'il nous a été donné de voir avant-hier jeudi, sous le coup de 16 h 10, au cimetière du village de Sahuyé, sous-préfecture de Gomon, département de Sikensi. Le corps exhumé est bien celui de Ando Gbofé Clément, 38 ans, enterré vivant depuis le 11 juillet sous le cercueil de Okpro N'Dri Emmanuel, 34 ans, dont il est accusé de la mort par ses bourreaux (voir Frat-Mat du 23 juillet, page 6). Une exhumation faite pour répondre aux procédures d'usage. Ont donc assisté et supervisé l'opération, le procureur de la République de la section du tribunal de Tiassalé, M. Tegé Désoto Michel et son adjoint, le substitut Zahé Edmond, ainsi que le sous-préfet de Gomon, Mme Ekponon N'Glomma Lydie. Le constat du corps a été le fait du médecin général de l'hôpital de Tiassalé, Dr. Angui Aristide. Ce jeudi-là, Sahuyé était comme en état de siège. Deux cargos de gendarmes équipés et en tenues de combat, y sont arrivés et ont paradé toute la journée. Sous les ordres du capitaine Affo Eugène, commandant de la compagnie Abidjan campagne, les forces de l'ordre ont dressé un cordon sécuritaire autour du cimetière du village. Cela en valait la peine, vu le volcan en veilleuse que représente un groupe d'individus de ce village qui n'ont pas hésité à enterrer un homme vivant. Mais, que de péripéties avant l'exhumation proprement dite! En l'absence du chef du village, la délégation est reçue par le chef de terre, le chef de la génération Sete avec à leurs côtés les parents de la victime et quelques notables ainsi que des jeunes gens du village. L'objet de la visite expliquée après les échanges de civilités, a suscité des discussions, parfois houleuses. Parce que pour exhumer un corps, il faut bien qu'il y ait des fossoyeurs pour creuser. Ce que les villageois présents se refusent à faire, arguant que, ce sont ceux qui ont enterré, qui doivent déterrer, faisant ainsi allusion aux quatre individus appréhendés et en détention à la Brigade de gendarmerie de Sikensi. Mais sur la question, le chef de la Brigade, l'adjudant-chef Zadi Toupli Lazare, est catégorique : Ce sont des prisonniers et ils ne peuvent pas sortir de leur cellule. Un autre obstacle dressé par les villageois : ils font savoir qu'exhumer un corps fait appel à des pratiques rituelles dont seuls, les anciens sont détenteurs. Enervé, le capitaine Affo lance en direction des notables : Il y a bien dans ce village, des gens qui creusent habituellement les tombes ! Désignez d'autorité ces personnes, car nous n'allons pas nous éterniser ici ! Après cette sorte de menace voilée, les villageois par petits groupes vont encore aller de concertation en concertation avant de trancher enfin. Les parents de Clément qui ont déjà apprêté sa nouvelle tombe et un cercueil acceptent de creuser pour l'exhumation du corps. C'est une odeur nauséabonde qui accueille la délégation au cimetière à 13 h. Une odeur pour laquelle des feuilles de tisanes sont distribuées à tout le monde. On se bouche les narines avec, ou on les mâche avant de cracher le jus. Mais, en dépit de cette potion des villageois, il a fallu utiliser des insecticides achetés par le chef de brigade de Sikensi pour atténuer l'odeur. Trois heures d'horloge aux fossoyeurs avant d'atteindre leur but. Le cercueil contenant le corps de Okpro N'Dri Emmanuel est découvert. Soulevé à l'aide de morceaux de bois, le cercueil fait découvrir en dessous, l'horreur dans toute sa dimension : le corps de Andoh Gbofé Clément dit Makina ou Hagler. La bouche ouverte fait penser à un dernier cri étouffé par le poids du cercueil lourdement déposé sur le corps et la terre qui a refermé la tombe. Pour rappel, la victime soupçonnée d'être à la base de la mort de Okpro N'Dri Emmanuel, un autre natif du village, a été prise à partie par une foule de compatriotes autochtones. Solidement ligoté des pieds et des mains, Clément, en présence de ses parents impuissants, et en dépit de ses supplications a été comble d'horreur, enterré vivant sous le cercueil contenant le corps de celui qu'il est accusé d'avoir tué. Quatre des auteurs de ce crime hors de l'entendement, sont aux mains de la gendarmerie de Sikensi. Il s'agit de Kamenan Franck dit Appolos, repris de justice, condamné à 20 ans de prison pour braquage suivi de meurtre, et évadé de la prison de Dimbokro, son frère Kamenan Yao dit Kambiré, 32 ans, leur père Ayo Komenan, 59 ans et un jeune homme répondant au nom de N'Guessan N'Dri Landry dit Jimmy, 28 ans.
Landry Kohon
Le droit face à la sorcellerie
Le droit face à la sorcellerie en Côte d'Ivoire est le sujet de la thèse de doctorat en droit privé, brillamment soutenue hier à l'université d'Abidjan Cocody par M. Legré Okou Henri. A travers son volumineux exposé, l'étudiant qui avait en face de lui, un jury composé d'éminents professeurs de droit et d'un haut magistrat en fonction, s'est évertué à démontrer que le droit qui ne s'appuie que sur des données scientifiques, bute dans son application sur l'irrationalité qui entoure la pratique de la sorcellerie. Il suggère par conséquent l'adaptation des textes en la matière. En dehors de toutes les analyses de l'auteur tendant à faire admettre que la sorcellerie est une force vive de nuisance contre laquelle il convient d'agir radicalement, Legré Okou dans son travail ne fait que rappeler pour l'heure, que la sorcellerie ou tout acte qui s'y assimile échappe à la rigueur de la loi pénale, du fait de l'absence de preuves irréfutables. Eu égard au droit et donc, à la loi, les auteurs de la mort atroce de Ando Gbofé Clément à Sahuyé n'ont agi que sur des présomptions. Parce qu'il n'existe aucune preuve scientifique attestant que Okpro N'Dri Emmanuel est mort par empoisonnement. Et que cet empoisonnement est le fait de Clément.
Landry Kohon
Landry Kohon
Le droit face à la sorcellerie
Le droit face à la sorcellerie en Côte d'Ivoire est le sujet de la thèse de doctorat en droit privé, brillamment soutenue hier à l'université d'Abidjan Cocody par M. Legré Okou Henri. A travers son volumineux exposé, l'étudiant qui avait en face de lui, un jury composé d'éminents professeurs de droit et d'un haut magistrat en fonction, s'est évertué à démontrer que le droit qui ne s'appuie que sur des données scientifiques, bute dans son application sur l'irrationalité qui entoure la pratique de la sorcellerie. Il suggère par conséquent l'adaptation des textes en la matière. En dehors de toutes les analyses de l'auteur tendant à faire admettre que la sorcellerie est une force vive de nuisance contre laquelle il convient d'agir radicalement, Legré Okou dans son travail ne fait que rappeler pour l'heure, que la sorcellerie ou tout acte qui s'y assimile échappe à la rigueur de la loi pénale, du fait de l'absence de preuves irréfutables. Eu égard au droit et donc, à la loi, les auteurs de la mort atroce de Ando Gbofé Clément à Sahuyé n'ont agi que sur des présomptions. Parce qu'il n'existe aucune preuve scientifique attestant que Okpro N'Dri Emmanuel est mort par empoisonnement. Et que cet empoisonnement est le fait de Clément.
Landry Kohon