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Déclaration de ICP-PDCI-RDA : Les vraies raisons de la poursuite de KKB

Depuis plusieurs semaines, quelques quotidiens ivoiriens nous rapportent que Kouadio Konan Bertin, alias KKB, président de la jeunesse du PDCI-RDA, a maille à partir avec la brigade de recherches de la Gendarmerie nationale. Celle-ci l'a interpellé et entendu à deux reprises. L'audition de KKB tient aux propos qu'il a tenus lors du meeting politique organisé le 15 décembre 2007 à Dimbokro par la structure qu'il dirige. Au cours de ses auditions, il lui a été signifié qu'un collectif de chefs traditionnels Bété a saisi le procureur Tchimou à son encontre pour délits d'offense au Chef de l'Etat et à l'ethnie Bété. Nous pensions que ces différentes auditions avaient pour objet de permettre à KKB de replacer sa prise de position dans son vrai contexte et qu'il s'en suivrait le classement sans suite de cette burlesque affaire.
Mais nous venons d'apprendre par la presse nationale que KKB a été informé par Me Gnakpa, huissier de son état, dans l'après-midi du lundi 14 janvier 2008, qu'il ferait l'objet d'une citation à comparaître devant le procureur de la république.
En fait de quoi s'agit-il ?
Le 15 décembre 2007, KKB a organisé un meeting politique à Dimbokro pour donner la réplique aux propos mensongers, calomnieux, ignominieux et provocateurs de N'Zi Paul David contre des dirigeants du PDCI-RDA et particulièrement le Président Henri Konan Bédié. Profitant de cette tribune, KKB a pris position sur les déclarations faites par le chef de l'Etat, M. Gbagbo Laurent, lors de son séjour à Arrah à l'occasion de la fête des ignames. Celui-ci, dans son adresse aux populations, a demandé aux jeunes du N'Zi-Comoé " de ne pas être tribalistes ".
En guise de réponse, KKB a indiqué que M. Gbagbo " est mal placé en Côte d'Ivoire pour donner des leçons de tribalisme à qui que ce soit. Car, poursuit-il, le tribalisme ne ressemble pas à la région du N'Zi-ComoéDepuis qu'on a commencé les audiences foraines, la seule localité où on empêche les Ivoiriens d'aller se faire enrôler, c'est Gagnoa, la région natale de Laurent Gbagbo. C'est dans cette localité-là que, depuis le retour au multipartisme, des Ivoiriens n'ont pas le droit d'aller voter. C'est dans cette localité-là qu'on va couper les cacaoyers des allogènes, qu'on tue des gens parce qu'ils ne sont pas chez eux. C'est dans cette localité-là qu'on a massacré près de 3 000 Baoulé pendant la guerre... Que Gbagbo permette aux Baoulé de vivre dans la paix, la quiétude, dans les régions de Daloa, de Soubré, de Man et partout "
Les Ivoiriens se souviennent qu'il y a seulement 12 ans que le boycott actif s'est déroulé sous nos yeux en Côte d'Ivoire. Il faut, véritablement, avoir la mémoire courte pour accuser KKB d'offense au chef de l'Etat et à l'ethnie Bété.
Qui peut nier le traitement inhumain infligé lors du boycott actif de 1995 aux allogènes et notamment aux Baoulé à Gagnoa ? M. Gbagbo, alors opposant, plutôt que de dénoncer ces pratiques antidémocratiques, n'avait-il pas revendiqué ce boycott actif ? M. Gbagbo n'avait-il pas approuvé le coup d'Etat de décembre 1999 alors que le général Guéï, chef de la junte militaire, claironnait partout que désormais c'est au tour des populations de l'Ouest de diriger la Côte d'Ivoire ? A-t-on besoin de rappeler que dans le Sud-Ouest de notre pays les pratiques orchestrées par les autochtones empêchent les allogènes non-militants du FPI de prendre part aux diverses consultations électorales ? Quelle dénomination doit-on donner à de tels faits et comportements dans une république ?
La prise de position de KKB doit être perçue et analysée sous le prisme de l'interpellation positive du Chef de l'Etat, M. Gbagbo Laurent. Bien que ne bénéficiant plus de mandat légal, M. Gbagbo se trouve à la tête de notre pays par des arrangements politiques et de ce fait, il doit, entre autres, assurer le respect des droits et libertés des Ivoiriens, garantir l'unité nationale et la cohésion sociale. Dès lors, la qualification du délit est totalement spécieuse en ce sens que les déclarations et les faits, objets de l'analyse de KKB, n'ont pas été reconnus comme des délits par le pouvoir judiciaire en leur temps. Que fait-on de la revendication du boycott actif ou du soutien au coup d'Etat sur fond tribal ?
De plus, il y a lieu de s'interroger sur l'initiative de la saisine de la justice. Dans notre législation n'est-ce pas le Ministre de la justice qui saisit le Procureur général qui, lui-même, peut s'autosaisir ou déléguer le procureur de la république ?
Or, il est devenu coutumier, en Côte d'Ivoire, que le procureur de la république s'autosaisisse de ces genres d'affaires par on ne sait quelle procédure. C'est le cas dans l'affaire Tiémoko Assalé, où la liberté de création artistique, abusivement assimilée à un délit d'opinion, vaut à ce jeune écrivain de croupir aujourd'hui dans les geôles de la MACA. Il s'agit-là, à n'en point douter, d'une instrumentalisation intolérable de la justice qui doit être dénoncée et combattue. Notons que c'est un droit démocratique pour tout citoyen et particulièrement pour tout parti politique de l'opposition de critiquer ceux qui, à un moment donné, ont en charge la gestion des affaires publiques de l'Etat. Dans un tel contexte, quel crime de lèse-majesté KKB, président de la JPDCI de surcroît, a-t-il commis en déclarant que durant sept ans M. Gbagbo a démontré son incapacité à gérer la Côte d'Ivoire ?
Les motifs de la poursuite de KKB doivent être recherchés ailleurs. Cette poursuite obéit à plusieurs desseins inavoués dont voici quelques-uns. Le pouvoir FPI, par l'entremise de la justice ivoirienne, tente de dénoncer, en vain, la tare tribaliste qui le caractérise depuis 1990 pour espérer s'en dédouaner aux yeux de l'opinion nationale et internationale.
M. Gbagbo, malgré ses nombreuses déclarations relatives aux élections annoncées pour juin 2008 ne veut pas y aller. Il lui faut donc créer une situation nouvelle dans le but de repousser les échéances électorales. Il y a également dans cette réaction démesurée et disproportionnée, la volonté manifeste d'un régime aux abois de neutraliser l'aile marchante du PDCI-RDA constituée par sa dynamique jeunesse. Enfin, le régime FPI espère, par cette affaire KKB artificiellement montée en épingle, mener une campagne de diversion pour détourner l'attention du peuple ivoirien sur les vrais problèmes de l'heure. Au vu de ce qui précède, il apparaît clairement que ni le délit d'offense au chef de l'Etat ni celui d'offense à l'ethnie Bété ne peuvent être retenus contre le président de la Jeunesse du Parti Démocratique de Côte d'Ivoire. C'est pourquoi :
ICP condamne les atteintes répétées à la liberté d'expression de l'opinion politique et l'instrumentalisation de la justice qui visent à la confiscation des libertés publiques et privées ;
ICP condamne également la tentative de musellement de l'opposition politique en Côte d'ivoire ;
ICP condamne l'exploitation politicienne du tribalisme sous le régime de la refondation ;
ICP réprouve et condamne, par ailleurs, la manipulation éhontée de chefs traditionnels à des fins politiciennes.
ICP condamne, enfin, la caporalisation des média d'Etat et particulièrement de la RTI ;
ICP met en garde le pouvoir FPI dans cette tentative d'intimidation de l'opposition politique et particulièrement du PDCI-RDA, à travers sa volonté de priver KKB de ses droits et libertés démocratiques;
ICP exprime sa solidarité militante à KKB et l'assure de son soutien total ;
ICP apporte également son soutien au jeune écrivain Tiémoko Assalé incarcéré arbitrairement à la MACA et exige son élargissement sans condition ;
ICP en appelle à la communauté nationale et internationale contre les dérives totalitaires du régime FPI et rend celui-ci responsable de toutes les conséquences qui pourraient en résulter.
Fait à Abidjan, le 16 janvier 2008

Pour ICP
Le Bureau

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