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Chrono : Pharaons

Certains observateurs s`étonnent encore de la victoire de l`Egypte à la 26ème édition de la Coupe d`Afrique des nations de football qui s`est achevée dimanche dernier à Accra au Ghana.

En 2006, quand les Pharaons étaient montés sur le toit d`Afrique à domicile, certains avaient déjà parlé des faveurs des arbitres pour le pays hôte. Pour leur triomphe en 2008, à court d`arguments objectifs, les contempteurs des sextuples champions d`Afrique n`ont trouvé rien de mieux que lier le succès des joueurs de Hassan Shehata à un éventuel dopage.

C`est un argumentaire aussi curieux que spécieux qui s`apparente à un manque de sportivité, et pourquoi pas à une ignorance des réalités du sport de haut niveau.


Disons le tout de go: l`Egypte n`a remporté la Can 2008 que parce qu`elle était la meilleure des seize équipes concurrentes présentes à cette compétition. L`Egypte a gagné parce qu`elle possédait une belle équipe composée de beaux joueurs, bien organisés et bien entraînés, dirigés en plus part un entraîneur local qui connaît ses joueurs et qui est en poste depuis 2004. D`un poste à l`autre, on n`a pas l`impression qu`il y a des failles dans cette équipe d`Egypte cuvée 2008, qui aurait bien pu constituer l`équipe-type de la Can 2008 sans que personne n`ait à y redire. Diu gardien de buts El Hadary à l`avant-centre Amr Zaky, la sélection égyptienne n`a aligné que des joueurs de valeurs, de sorte que des éléments déterminants comme Mohamed Aboutreika et Mohamed Zidan, déterminants sur le but de la victoire en finale de la Can 2008 contre le Cameroun, se sont parfois retrouvés sur le banc de touche lors de certains autres matches de la Coupe d`Afrique des nations édition 2008.

Le sixième triomphe de l`Egypte en finale de la Can n`est donc le fruit ni de la potion magique servie par quelque féticheur ni du dopage de ses joueurs. D`ailleurs, qu`on nous montre ce produit dopant qui permet à une équipe de onze footballeurs d`éliminer d`aligner une dizaine de passes sans que l`adversaire puisse frôler le ballon, de cadrer ses frappes puissantes de 40 mètres, et de défier les attaquants adverses par des arrêts réflexe de son gardien de buts.

L`Egypte a gagné parce qu`elle ne s`est pas attaché les services d`un entraîneur expatrié, véritable mercenaire qui vient chercher des marchés porteurs en Afrique à l`approche de chaque grande compétition. Elle a fait confiance à un technicien égyptien, qui n`est pas le premier venu puisqu`il avait déjà gagné la Can comme joueur et fut du reste élu meilleur joueur de cette compétition lors de l`édition 1974. Elle a misé sur la stabilité (Shehata est en poste depuis 1974 et a bâti le socle de son équipe sur des joueurs du championnat égyptien, issus essentiellement des trois clubs phares que sont Al Alhy, Zamalek et Ismaïli) et non sur des coups d`éclat ou des coups de poker.

Nous le disons depuis des années maintenant : nous ne connaissons guère d`équipe qui est devenue championne d`Afrique ou championne du monde en s`attachant les services d`un entraîneur, fut-il le plus grand du monde, à trois mois du début de la compétition concernée. On nous cite souvent l`exemple du Danemark champion d`Europe en 1992, alors qu`il avait été repêché à la dernière et que ses joueurs, déjà en vacances de par le monde, avaient été rassemblés à la hâte pour prendre part à la compétition, en remplacement de la Yougoslavie disqualifiée pour des raisons politiques. Or, si les Danois se sont présentés à l`Euro suédois sans véritable préparation, ils n`avaient changé ni d`entraîneur ni de joueurs clés entre la phase éliminatoire et la phase finale de cette Coupe d`Europe des nations 1992. Le fait de jouer sans pression les a sans doute aidés, mais ils ne maquaient ni de talent ni d`organisation pour triompher à ce niveau.

Et puis, l`exploit danois est bien unique, en douze éditions de la Coupe d`Europe des nations de football, laquelle se joue tous les quatre ans. La Coupe d`Afrique des nations se joue tous les deux ans, et on n`a pas souvenance d`un pays qui ait remporté le titre suprême en jouant au guignol. Même pas le Cameroun, osons-nous répéter !

Les Lions indomptables sont passés tout prêts du hold-up parfait en 2008, avec une équipe quelconque qui n`a pas connu une préparation exemplaire et qui est coachée par un boss manifestement hors du coup. Mais à la fin, c`est le meilleur qui a gagné. A titre de rappel, chaque équipe présente à la phase finale d`une Coupe d`Afrique des nations comme d`une Coupe du monde subit des contrôles anti-dopage inopinés sur deux joueurs tirés au sort. Pour devenir championne d`Afrique, une équipe doit livrer six matches. Celle qui l`a emporté au soir du 10 février 2008 à Accra, a donc vu douze de ses joueurs contrôlés inopinément en matière de dopage au cours de cette compétition, et aucun n`a été déclaré positif. Ceux qui, mus sans doute par leur émotion, persistent à lier le triomphe des Pharaons à un quelconque acte de tricherie, ne rendent pas justice au football, qui se joue et se gagne sur un rectangle vert.





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Article publié par Autre presse et référencé par 225.ci.