Éditorial : Eléphants
Le suspense aura duré exactement un mois. A quelques semaines du démarrage des éliminatoires cumulées de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) et du Mondial 2010, le vide vient d'être comblé. Depuis mardi dernier, l'équipe nationale de football de Côte d'Ivoire, les Eléphants, a un nouvel entraîneur: il s'agit du Franco-bosniaque Vahid Halilhodzic. Qui succède à l'Allemand Ulrich Stielike. Un Européen remplace donc un autre, laissant à quai nos entraîneurs locaux qui ne sont plus destinés qu'à jouer les seconds rôles. Chat échaudé a peur de l'eau froide. Car, après l'inoubliable humiliation subie à la 23e édition de la CAN, au Mali par les Ivoiriens qui ont terminé la compétition à la dernière place sous le coaching de notre compatriote Lama Bamba, les sélectionneurs locaux ont perdu tout crédit. Ou presque. Même si l'on a ? quand même ! ? accepté de nommer Kouadio Georges, l'entraîneur de l'équipe nationale des locaux, au poste de second entraîneur adjoint d'Halilhodzic, après le Français Bruno Baronchelli. Il faut bien ménager certaines susceptibilités ! Et prendre comme une promotion cette nomination compensatoire. Même si sa mission ressemble fort à un lot de consolation puisqu'elle consiste à superviser le minable et ennuyeux championnat national. Un os à ronger, pendant que ses patrons, eux, resteront en France où ils résident pour mieux suivre les championnats européens dans lesquels évolue la quasi-totalité de nos Eléphants. ça, c'est côté jardin.
Côté cour, c'est le jeu de massacre. Depuis son élection à la tête de la Fédération ivoirienne de football (FIF), en 2003, Jacques Bernard Daniel Anouma vient de désigner, en un peu moins de cinq ans, le quatrième sélectionneur de l'équipe nationale ivoirienne; les trois premiers l'avaient été sous son premier mandat (2003 ? 2007). Si, naturellement, l'on fait abstraction de la gestion intérimaire du Français Gérard Gili, qui a coaché les Eléphants (du 8 janvier au 10 février 2008) à l'occasion de la 26ème édition de la CAN, au Ghana, en remplacement de Stielike (qui a fait défection pour des raisons de famille). Autrement dit, un nouvel entraîneur pratiquement chaque année. Et cela dure depuis dix ans; puisque Halilhodzic est le huitième sélectionneur national.
ll y a donc problème. Car, autant la direction de la FIF est caractérisée par des présidences (presque) figées, autant l'encadrement technique des Eléphants, lui, est victime de changements intempestifs. Toutes les parenthèses sont fermées aussitôt qu'elles ont été ouvertes. Depuis 1960, c'est-à-dire en 48 ans, la FIF n'a connu que 11 présidents tandis que l'équipe nationale, elle, a eu 24 techniciens depuis sa première CAN en 1965. Cette instabilité chronique et, souvent, entretenue à dessein par les uns et les autres à l'effet de rester les seuls maîtres du jeu, permet de mieux comprendre tous les résultats en dents de scie et les contre-performances de nos Eléphants. Depuis 1960, et malgré de bons et grands joueurs, la Côte d'Ivoire n'a remporté qu'une seule fois la CAN; alors que l'Egypte et le Ghana se l'ont appropriée respectivement six et quatre fois. L'instabilité se nourrit de tensions en coulisses et crée un environnement malsain qui transforme la direction technique nationale en de véritables sables mouvants qui emportent tous ceux qui veulent conserver leur indépendance et leur influence. Conséquence de ce méli-mélo: l'équipe nationale vit dans un climat permanent d'incertitudes. A peine Henri Michel est-il parti en 2006 que Stielike est retenu. Avec un objectif clair: la qualification de la Côte d'Ivoire à la CAN 2008 au Ghana. Bien qu'ayant rempli sa mission, il est remercié, comme un malpropre, au profit d'un nouvel entraîneur, Halilhodzic. Qui, en 2003 déjà, avait refusé de recruter un certain Didier Drogba au Paris Saint Germain, au profit de Pedro Miguel Pauletta. Le Franco-bosniaque a, en effet, entraîné de grands clubs dont Lille et le PSG. Mais, il en est à sa première grande expérience avec une équipe nationale constellée de joueurs de niveau international et conduite par un certain Didier Drogba. Ne manquant pas d'ambition et de prétentions, il a jeté des pierres dans le jardin de ses prédécesseurs; soutenant même qu'il vient pour donner une vraie image et un palmarès? aux Eléphants: remporter la prochaine CAN et obtenir une deuxième qualification pour le Mondial en Afrique du Sud. C'est, évidemment, le temps des discours et de l'euphorie verbale pour mobiliser et galvaniser les troupes, avant les dures réalités du terrain et de la compétition. N'ayant pas su convaincre un Jean Tigana ou un Jacques Santini, qui ont placé la barre très haut, Anouma s'est, visiblement, rabattu sur un sélectionneur sur la touche et donc moins regardant au plan salarial. Car, malgré son parcours sportif (meilleur buteur du championnat français de football en 1983 et en 1985) et tout le bien qu'on dit de lui (tempérament de gagneur et homme de poigne) pour faire passer la pilule, Halilhodzic était bel et bien au chômage depuis son limogeage du club Al-Ittihad d'Arabie Saoudite, en novembre 2006.
En lui donnant carte blanche et les pleins pouvoirs, Anouma veut, sans doute, réveiller le gagneur qui sommeille en lui et le convaincre de toute sa confiance. Bombardé manager, le Franco-bosniaque a, désormais, selon les mots du président de la FIF, la responsabilité totale? de l'équipe; puisqu'il n'aura à répondre que devant lui et lui seul. A la vérité, à la FIF version Anouma, le pouvoir était déjà fortement centralisé. Mais la gestion du dossier de la succession de Stielike est venue montrer que ledit pouvoir vient d'être totalement verrouillé pour éliminer les réseaux et les luttes d'influence qui ont secoué et fragilisé le comité directeur. Dès la fin du mois de mars, en effet, le président de la FIF avait initié une large concertation pour prendre le pouls de la situation et les avis sur la conduite à tenir. Mais tout le monde s'est vite rendu à l'évidence: ces consultations rappelaient les avatars du fameux Conseil national de feu Félix Houphouet-Boigny. Organisées pour se donner une marge de man?uvre et gagner du temps, ces consultations n'ont servi que d'exutoires destinées qu'elles ont été à mieux maquiller l'autocratie et le pouvoir solitaire du président Anouma. Car, au final, et il l'a avoué, le choix d'Halilhodzic n'est finalement que le fruit d'une décision personnelle?, sa décision. Seul maître à bord du navire et auréolé de sa fonction prestigieuse d'ambassadeur et de directeur financier de la Présidence de la République, le patron de la maison de verre de Treichville exerce un tel ascendant sur ses compagnons qu'il sait qu'il peut décider seul et imposer son diktat. Même si cela conduit à entretenir des relations en dents de scie avec la tutelle. Depuis son premier mandat (2003-2007) et sa reconduction, par acclamation, en 2007, il n'a fait, officiellement, aucun compte rendu des campagnes de la CAN et du Mondial 2006 et de la CAN 2008. Ni pourquoi, sans même avoir fait une évaluation de sa prestation à la tête de la sélection nationale, il a limogé l'Allemand Stielike. Le public et les mandants d'Anouma (les présidents de club de première division), déroutés et impuissants, assistent, en spectateurs, au one man show. Qui ne fait pas que des heureux. Subodorant des tentatives de déstabilisation calquées sur le modèle de son éviction de la tête de l'UFOA, le président de la FIF a brandi, à l'émission Télé sports? de lundi dernier, son bilan et averti tous ses détracteurs et autres adversaires tapis dans l'ombre qu'il conduira son deuxième mandat jusqu'à son terme: en 2011. Contre vents et marées.
Par Ferro M. Bally
Côté cour, c'est le jeu de massacre. Depuis son élection à la tête de la Fédération ivoirienne de football (FIF), en 2003, Jacques Bernard Daniel Anouma vient de désigner, en un peu moins de cinq ans, le quatrième sélectionneur de l'équipe nationale ivoirienne; les trois premiers l'avaient été sous son premier mandat (2003 ? 2007). Si, naturellement, l'on fait abstraction de la gestion intérimaire du Français Gérard Gili, qui a coaché les Eléphants (du 8 janvier au 10 février 2008) à l'occasion de la 26ème édition de la CAN, au Ghana, en remplacement de Stielike (qui a fait défection pour des raisons de famille). Autrement dit, un nouvel entraîneur pratiquement chaque année. Et cela dure depuis dix ans; puisque Halilhodzic est le huitième sélectionneur national.
ll y a donc problème. Car, autant la direction de la FIF est caractérisée par des présidences (presque) figées, autant l'encadrement technique des Eléphants, lui, est victime de changements intempestifs. Toutes les parenthèses sont fermées aussitôt qu'elles ont été ouvertes. Depuis 1960, c'est-à-dire en 48 ans, la FIF n'a connu que 11 présidents tandis que l'équipe nationale, elle, a eu 24 techniciens depuis sa première CAN en 1965. Cette instabilité chronique et, souvent, entretenue à dessein par les uns et les autres à l'effet de rester les seuls maîtres du jeu, permet de mieux comprendre tous les résultats en dents de scie et les contre-performances de nos Eléphants. Depuis 1960, et malgré de bons et grands joueurs, la Côte d'Ivoire n'a remporté qu'une seule fois la CAN; alors que l'Egypte et le Ghana se l'ont appropriée respectivement six et quatre fois. L'instabilité se nourrit de tensions en coulisses et crée un environnement malsain qui transforme la direction technique nationale en de véritables sables mouvants qui emportent tous ceux qui veulent conserver leur indépendance et leur influence. Conséquence de ce méli-mélo: l'équipe nationale vit dans un climat permanent d'incertitudes. A peine Henri Michel est-il parti en 2006 que Stielike est retenu. Avec un objectif clair: la qualification de la Côte d'Ivoire à la CAN 2008 au Ghana. Bien qu'ayant rempli sa mission, il est remercié, comme un malpropre, au profit d'un nouvel entraîneur, Halilhodzic. Qui, en 2003 déjà, avait refusé de recruter un certain Didier Drogba au Paris Saint Germain, au profit de Pedro Miguel Pauletta. Le Franco-bosniaque a, en effet, entraîné de grands clubs dont Lille et le PSG. Mais, il en est à sa première grande expérience avec une équipe nationale constellée de joueurs de niveau international et conduite par un certain Didier Drogba. Ne manquant pas d'ambition et de prétentions, il a jeté des pierres dans le jardin de ses prédécesseurs; soutenant même qu'il vient pour donner une vraie image et un palmarès? aux Eléphants: remporter la prochaine CAN et obtenir une deuxième qualification pour le Mondial en Afrique du Sud. C'est, évidemment, le temps des discours et de l'euphorie verbale pour mobiliser et galvaniser les troupes, avant les dures réalités du terrain et de la compétition. N'ayant pas su convaincre un Jean Tigana ou un Jacques Santini, qui ont placé la barre très haut, Anouma s'est, visiblement, rabattu sur un sélectionneur sur la touche et donc moins regardant au plan salarial. Car, malgré son parcours sportif (meilleur buteur du championnat français de football en 1983 et en 1985) et tout le bien qu'on dit de lui (tempérament de gagneur et homme de poigne) pour faire passer la pilule, Halilhodzic était bel et bien au chômage depuis son limogeage du club Al-Ittihad d'Arabie Saoudite, en novembre 2006.
En lui donnant carte blanche et les pleins pouvoirs, Anouma veut, sans doute, réveiller le gagneur qui sommeille en lui et le convaincre de toute sa confiance. Bombardé manager, le Franco-bosniaque a, désormais, selon les mots du président de la FIF, la responsabilité totale? de l'équipe; puisqu'il n'aura à répondre que devant lui et lui seul. A la vérité, à la FIF version Anouma, le pouvoir était déjà fortement centralisé. Mais la gestion du dossier de la succession de Stielike est venue montrer que ledit pouvoir vient d'être totalement verrouillé pour éliminer les réseaux et les luttes d'influence qui ont secoué et fragilisé le comité directeur. Dès la fin du mois de mars, en effet, le président de la FIF avait initié une large concertation pour prendre le pouls de la situation et les avis sur la conduite à tenir. Mais tout le monde s'est vite rendu à l'évidence: ces consultations rappelaient les avatars du fameux Conseil national de feu Félix Houphouet-Boigny. Organisées pour se donner une marge de man?uvre et gagner du temps, ces consultations n'ont servi que d'exutoires destinées qu'elles ont été à mieux maquiller l'autocratie et le pouvoir solitaire du président Anouma. Car, au final, et il l'a avoué, le choix d'Halilhodzic n'est finalement que le fruit d'une décision personnelle?, sa décision. Seul maître à bord du navire et auréolé de sa fonction prestigieuse d'ambassadeur et de directeur financier de la Présidence de la République, le patron de la maison de verre de Treichville exerce un tel ascendant sur ses compagnons qu'il sait qu'il peut décider seul et imposer son diktat. Même si cela conduit à entretenir des relations en dents de scie avec la tutelle. Depuis son premier mandat (2003-2007) et sa reconduction, par acclamation, en 2007, il n'a fait, officiellement, aucun compte rendu des campagnes de la CAN et du Mondial 2006 et de la CAN 2008. Ni pourquoi, sans même avoir fait une évaluation de sa prestation à la tête de la sélection nationale, il a limogé l'Allemand Stielike. Le public et les mandants d'Anouma (les présidents de club de première division), déroutés et impuissants, assistent, en spectateurs, au one man show. Qui ne fait pas que des heureux. Subodorant des tentatives de déstabilisation calquées sur le modèle de son éviction de la tête de l'UFOA, le président de la FIF a brandi, à l'émission Télé sports? de lundi dernier, son bilan et averti tous ses détracteurs et autres adversaires tapis dans l'ombre qu'il conduira son deuxième mandat jusqu'à son terme: en 2011. Contre vents et marées.
Par Ferro M. Bally