Audiences foraines - Ce que veut le FPI
Les audiences foraines ont démarré le 25 septembre dernier. Mais une semaine après le lancement officiel à Ferkessédougou et à Ouragahio, les choses sont au point mort. L'opération qui devait atteindre sa vitesse de croisière cette semaine est entravée en ce moment par des difficultés d'ordre technique et humain. Difficultés auxquelles le Front populaire ivoirien n'est pas étranger. Le parti au pouvoir, on le sait, n'est pas pour une bonne politique d'identification des Ivoiriens. Car pour Affi N'Guessan et ses camarades, le processus d'identification risque de faire la part belle à l'opposition qui compte beaucoup de militants et sympathisants parmi les personnes concernées par l'opération. Depuis Marcoussis, le parti d'Affi a exprimé ouvertement son aversion pour tout ce qui concerne la question identitaire. Le président Laurent Gbagbo a fait des mains et des pieds pour empêcher le Premier ministre Seydou Diarra d'évoluer dans ce sens. Sous Charles Konan Banny, le président du FPI a appelé au cours d'une conférence de presse à boycotter les audiences foraines. Cet appel à la désobéissance civile a entraîné la mort de cinq personnes à Divo, une à Grand Bassam et des centaines de blessés. Aujourd'hui, le camp présidentiel n'est plus farouchement opposé à la tenue des audiences foraines. Du moins officiellement. Car son attitude et son discours en disent long sur ses intentions cachées. Affi N'Guessan et ses camarades veulent que se tiennent les audiences foraines. Mais comme ils l'entendent. Le 19 septembre dernier, le président du FPI dans une interview accordée à RFI s'est lancé dans une nouvelle guerre des chiffres. Pour lui, les audiences foraines ne concernent que 3.00 mille personnes. Là où l'Institut national des Statistiques parle d'un million. Le FPI est donc décidé aujourd'hui à défaut d'empêcher leur tenue, de réduire tout au moins de façon drastique le nombre de la population cible des audiences foraines. Le président Laurent Gbagbo a signé le décret qui autorise la tenue des audiences dans les différents hameaux de la Côte d'Ivoire, pour ne pas passer aux yeux de la communauté internationale comme celui qui grippe la machine du processus électoral. Mais pour atteindre ses objectifs, ce parti a plusieurs tours dans son sac. La base de sa stratégie, reste le dilatoire. Ce que le chef de l'Etat cède de la main droite, il le récupère de la main gauche. Pour la tenue régulière d'une audience foraine, il faut nécessairement la présence de maires et de sous-préfets. Le FPI et Gbagbo le savent. Surtout Désire Tagro son juriste de ministre. Ce dernier, pour aider son parti retarde le retour des sous-préfets et des maires à leurs postes. Il parle de l'absence de sécurité et de structures d'accueil pour justifier son acte. Les rencontres initiées par le Premier ministre Soro Kigbafori Guillaume samedi dernier pour aplanir les derniers détails ont été annulées par la faute du ministre FPI pourtant informé de l'initiative de son supérieur hiérarchique. Sans crier gare, il s'est envolé pour Dakar certainement en mission probablement pour le compte de son parti sans en informer le chef du gouvernement. La vérité n'est pas difficile à comprendre dans cette affaire. Le FPI est dans sa logique de boycott des audiences foraines. Mais cette fois-ci de manière plus subtile pour ne pas s'attirer les foudres des Ivoiriens et de la communauté internationale. Pour cela, il est prêt à utiliser tous les subterfuges. C'est à l'opposition d'en tirer les conséquences et les conclusions.
Jean-Claude Coulibaly
Jean-Claude Coulibaly