Affaire Hanny Tcheley et Serges Kassy à l`ENA - Hubert Oulaye fait des précisions
Dans la deuxième partie de l`entretien qu`il a eu avec la rédaction de le Temps, le ministre Hubert Oulaye se prononce sur le développement de l`emploi dans son ministère, de la longue attente des retraités dans le traitement de leur dossier et fait des précisions sur l`affaire Hanny Tcheley et Serge Kassy à l`ENA. Ce que les frais d`examen apportent au budget de l`Etat
Nous devons être aujourd`hui à, à peu près cinq cent huit millions que rapportent les concours. Mais je n`ai pas les chiffres de l`ENA. Ce sont là, les chiffres de la fonction publique pour à peu près cinq cents concours. Evidemment, c`est beaucoup. Les dépenses se chiffrent à peu près à cinq cent soixante millions. Il y a donc un déficit de soixante millions. Mais je vais vous raconter quelque chose. Au début, les gens du ministère dans leur quête des indemnités ont demandé de leur trouver des indemnités. Je leur ai dit que les concours ne donnent pas grand- chose. Les rumeurs sont parvenues au Président de la République qui a demandé ce qui se passait, est-ce que nous avions des régisseurs. Il nous a donc envoyé deux régisseurs puisque nous n`en avions pas. Ce qui est rare. Là où un seul peut faire une régie d`avance et de recette, on nous envoie un régisseur d`avance et un régisseur de recette. C`est avec eux que je suis les recettes et les dépenses. Chaque année, nous avons un DAF que nous poursuivons. On parlera de certains dysfonctionnements, mais il y a des correcteurs qui ne sont pas payés depuis tant d`années. Grosso modo, vous avez comme dépenses, le matériel informatique, les fournitures de bureaux l`entretien, les rémunérations des participations extérieures, les membres du jury, leur correction, leur surveillance et la sécurité constituent le gros lot des dépenses parce qu`elles engloutissent près de 250 millions. Il faut ajouter à tout cela, les communiqués de presse qui nous prennent plus de 30 millions. Je vous donne un exemple. Avant mon arrivée à la tête du ministère, il y a un texte qui prévoyait une indemnité de 15000 fcfa aux surveillants des examens. Mais mes prédécesseurs ne l`appliquaient pas puisqu`ils payaient les surveillants à 5000 fcfa. Quand je suis arrivé, les agents du ministères m`ont fait savoir qu`ils veulent aussi surveiller les examens parce qu`ils ont eux aussi besoin d`argent. Chose que j`ai trouvé normal et que j`ai accepté. Et comme ils savent que les textes prévoient 15000 fcfa, je ne pouvais ne pas leur payer les 15000 fcfa. Ainsi pour pouvoir contenir, on est obligé de réduire le nombre des surveillants. Ce qui n`est pas une bonne chose. Mais il fallait que nous restions dans les limites de nos capacités financières. Quand j`arrivais au ministère, il n`y avait pas de régisseur. Cela fait trois ans que les régisseurs sont là. Qu`est-ce qu`on a fait du reste de l`argent amputé sur les 15000f que prévoyaient les textes, parce que là, il y a fraude ? Qu`avez-vous fait de ceux qui se sont rendus coupable de cette fraude ?
Ici, on ne peut pas parler de fraude. Par exemple, le ministre qui est en place a besoin de 200 surveillants. Mais il n`a pas l`argent nécessaire pour leur payer les 15000fcFa prévus par les textes. Il dit, faites-moi venir des gens qui peuvent surveiller pour 5000 fcFa. ça, c`est de la gestion et non de la fraude. C`est-à-dire qu`il gère un problème avec les moyens dont il dispose. Certes, il ne respecte pas les textes, mais répond à quelque chose de précis. C`est une manière de gérer un problème. La budgétisation des concours est difficile parce qu'on ne sait pas d`avance à quoi on a affaire. Il serait rare qu`on donne 500 millions à la disposition du ministère. Ce n`est pas possible. Ce qu`on fait, l`Etat prend en compte quelques éléments et les usagers contribuent.
Admission de Hanny Tcheley, Serges Kassy et Tiéhi Joël au concours de l`ENA
J`ai été surpris. Serges Kassy, je le connais comme l`un de nos artistes que j`aime bien. Hanny Tchélé également, qui est dans le monde de la comédie. Mais je ne connais pas leur CV. Je ne sais pas ce qu`ils ont comme diplôme. Je n`ai même pas besoin de le savoir. Ce n`est pas du tout mon souci. A partir de là, je me dis que ce n`est pas parce qu`on est artiste ou comédien qu`on a un diplôme pour passer un concours et qu`on ne le fait pas. Personne n`a décrété que parce que Serges Kassy est un chanteur qu`il ne peut pas passer le concours de l`ENA. S`il remplit les conditions, pourquoi, il ne peut pas aller à l`ENA ?
La particularité de ces personnes, c`est qu`ils sont des patriotes. J`y arrive, mais je vous dis d`abord comment j`ai réagi après ces rumeurs. Moi, je vois d`abord le droit. Est-ce qu`il a le droit ? S`il remplit les conditions, rien ne l'interdit de passer le concours de son choix. A partir de là, je me suis posé la question de savoir s`ils ont été candidats et s`ils ont été reçus à l`examen. J`ai alors interrogé le Directeur de l`ENA pour savoir si les personnes cités ont été candidats. Il m`a répondu qu`il a été surpris parce que Hanny Tcheley, Tiéhi Joël et Serges Kassy n`ont jamais postulé à ce concours pour pouvoir même être reçus. Donc ça rentre dans une autre démarche que je connais. C`est de dire comme ce sont des patriotes, l`ENA leur est ouvert. C`est de cela qu`il s`agit et c`est ça qui amplifie la rumeur faisant croire que quand tu connais le ministre de la fonction publique, tu rentres à l`ENA. Cela est faux. Je n`ai pas voulu réagir comme le souhaitaient certaines personnes. J`ai dit pourquoi je dois démentir pour eux. La rumeur a donc ainsi été tuée et cela a relativisé beaucoup de choses que les gens ont dit. C`est pour tout cela que j`ai organisé l`atelier pour prendre des mesures et faire des démarches pour rassurer tout le monde pour dire qu`on n`a pas besoin de connaître le ministre, de connaître un ponte du régime pour réussir à un concours. Sur la liste, il y a tout le monde dont des enfants de pauvres.
A propos des détracteurs internes au FPI
Là aussi, ce sont des rumeurs de dire que ce sont des choses montées par les membres de son bord politique pour déstabiliser le ministre de la fonction publique. Parce que je n`ai pas de preuves. J`évite donc d`accuser gratuitement mais je reste éveillé pour voir s`il y a un fond de vérité. C`est la même attitude pour les concours où je n`ai pas de preuves. Parce que je n`ai jamais pris quelqu`un en flagrant délit en train de corrompre. Mais comme on le dit et ça persiste, je reste éveillé en ouvrant toutes mes antennes afin de prendre des dispositions en vue de vérifier les rumeurs. C`est vrai que, même dans un ménage, il peut avoir des problèmes, mais au FPI, je ne me connais pas d`ennemis. Bien au contraire, je m`entends avec tout le monde. Je serais étonné que quelqu`un cherche à me créer des ennuis, je ne sais pas pourquoi. Je ne pense pas avoir porté préjudice à qui que ce soit. Donc pour l`instant, je n`accorde pas de crédit à tout cela. Et pourquoi m`en voudraient-ils ? Qui je gêne ? Je m`honore de la confiance que me fait le chef de l`Etat qui apprécie ce que nous faisons. S`il m`accorde sa confiance, je dois faire en sorte de la mériter en travaillant dans le sens des idéaux qui sont les siens. Si au niveau de mon parti où nous avons des idéaux, j`étais en contradiction avec, un quelconque, je pense que chaque semaine nous avons des réunions dont on profiterait pour me le dire. Sinon, je n`ai aucun problème de personne au sein de mon parti avec qui que ce soit. Et je ne vois pas pourquoi cela serait. Mais je reste éveillé parce que j`ai entendu effectivement les gens dire ça. C`est toujours facile de dire les choses, mais tant qu`on n`a pas d`éléments concrets, il faut plutôt ouvrir les yeux pour voir.
Développement de l`emploi
Sur le taux de résorption du chômage, je n`ai pas de chiffres exacts, mais ceux que nous avons et qui doivent être actualisés par les études de l`AGEP, nous donnaient à peu près cinq millions de personnes inoccupées dont environ un million et demi à deux millions de chômeurs au sens fixe du terme. C`est-à-dire des diplômés chercheurs d`emploi. Depuis, je ne veux pas avancer de chiffres par ce que ce taux s`est accru à l`évidence. Ces dernières années, nous avons produit des diplômés à qui nous n`avons pas offert suffisamment de travail. Le secteur public a recruté aujourd`hui, si je fais une multiplication sur des années, en prenant une moyenne de 6000, nous avons recruté pratiquement, sur cinq années, nous sommes autour de 32 à 35000 personnes recrutées au niveau de la fonction publique. Ces chiffres sont très éloignés de ceux du secteur privé. Le secteur privé a connu un réel déclin avec la crise qui s`est accentué en 2004 avec la fermeture de nombre de petites et moyennes entreprises en Côte d`Ivoire qui a jeté beaucoup de travailleurs dans les rues. Et nous en sommes toujours à ce point. Le démarrage de la relance économique est attendu avec la sortie de crise. Il y a donc un réel problème, il nous faut des solutions. En tan que ministre de l`Emploi, ce que je peux vous dire, c`est que nous sommes conscients que le vrai moteur en terme de création d`emploi reste le secteur privé dont le dynamisme est la création d`emploi dans un pays. La fonction publique, normalement en matière de création d`emploi doit être dans une pente descendante. Et dans beaucoup de pays d`ailleurs, les gens ont tendance à diminuer le nombre des fonctionnaires. Ici, nous sommes pour l`instant en pointe. Mais il faut que très rapidement avec la fin de la crise, nous ayons cette relance économique attendue et que les investissements reviennent et que les éléments créatifs d`emploi se fassent pour nous aider à résorber ce chômage. En Côte d`Ivoire, nous avons une main-d`?uvre qui est, à la différence de beaucoup d`autres, bien formée et qualifiée. Nous avons un personnel important qui est une donnée comparative importante en terme d`économie. Ce que j`ai pu faire à mon niveau, nous avons élaboré avec l`appui des partenaires internationaux, notamment le BIT, un plan national de développement d`emplois en Côte d`Ivoire. On a travaillé sur ce plan pendant deux ans et il est prêt. Ses ambitions sont énormes puisqu`il y a deux millions d`emplois à créer dans tous les secteurs. Mais on fera en sorte qu`il soit adossé sur une loi programme qui assure chaque année à ce secteur qui est prioritaire dans le contexte d`aujourd`hui, un volant budgétaire qui soit important et significatif. Nous sommes à la préparation de cette loi programme. Sinon le plan lui-même il est prêt. Parce que dans le contexte où on se trouve aujourd`hui, que personne ne s`y trompe, c`est le règlement de la question de l`emploi pour notre jeunesse qui sera le véritable facteur de stabilisation après la sortie de crise. Nous en sommes conscients, et pour ne pas y aller à l`aveuglette, nous avons travaillé sur un plan qui, s`il est adopté par le gouvernement, alors nous aurons une démarche méthodique de création d`emploi volontariste qui nous permettra d`affronter ce grand chômage. Changement qualitatif apporté par le FPI au dossier de l`emploi
C`est ce que je viens de vous dire par anticipation. Nous n`avions pas auparavant un plan global pour régler le problème de l`emploi en Côte d`Ivoire. Par le passé, il y a eu beaucoup de programmes. Les fonds sociaux par exemple qui sont des réponses factuelles à la question de l`emploi. C`étaient des programmes intéressants mais qui ne sont pas allés loin parce que n`étant pas rationalisés dans une approche planifiée, globale qui engage le gouvernement sur le long terme. Il faut dire qu`à l`époque, on n`avait pas vraiment de gros problème pour la résorption des problèmes de nos diplômés. Aujourd`hui, c`est devenu un gros problème structurel dans lequel une partie de la solution n`est pas maîtrisée par nous. C`est-à- dire par le secteur public. Mais nous allons donner des orientations ; nous devons tracer la démarche et suivre cette démarche. Donc, il va y avoir ce plan qui va être adopté par le gouvernement. Il y a également d`autres réponses qui existent. Le service civique, par exemple, est aussi une réponse à la question de l`emploi. Le Président de la République a proposé cela dans la résolution de la crise, en montrant bien que la résolution de la question de l`emploi est un élément capital de la sortie de crise et de la stabilisation à long terme de notre pays. Donc, c`est une réponse qui est donnée. L`intérêt du service public, c`est qu`elle s`adresse à une population sans tenir compte de diplôme. Pour l`instant, elle est connectée à la sortie de crise à travers les ex-combattants. Mais c`est une idée qui devrait se pérenniser. Mais à côté de cela, il nous faut avoir un plan.
L`entrée des handicapés diplômés à la fonction publique
Dans tous les pays du monde, l`insertion des populations vulnérables, n`est pas une nécessité. C`est une obligation. En Côte d`Ivoire, le gouvernement est allé dans ce sens et a même adopté une loi qui nous oblige à prendre des dispositions pour les personnes handicapées. Au moment où j`arrivais en 2000, une première vague de personnes handicapées avait été recrutée. Et j`ai pris en route la seconde vague et une autre. Je crois qu`à ce jour, nous avons recruté 600 personnes. Cela ne se fait pas d`année en année parce que c`est un recrutement dérogatoire puisqu`ils ne passent pas de concours. Il y a une commission qui est mise en place pour recevoir les dossiers, les examiner et procèder à la sélection en fonction des diplômes et des capacités en vue de les affecter dans les différentes administrations. Ce procédé est très bien accueilli par les handicapés et leur association. Depuis le recrutement qui a eu lieu en 2005, ils sont actuellement en attente de recrutement. Il faut dire qu`avec la guerre, on a eu quelques difficultés. Mais il y a également quelques problèmes qui se posent. C`est qu`à mon avis, le recrutement des handicapés devrait être accompagné par la mise en place d`équipements appropriés qui peut leur permettre d`être opérationnels. Cela, en fonction de l'handicap de chacun. Sinon les services où on les affecte ne peuvent pas les utiliser. Ce sont ces problèmes que nous étions en train d`étudier lorsqu`il y a eu les mouvements d`il y a quelques semaines liée à de fausses rumeurs faisant croire qu`on voulait recruter 30 personnes. Nous avions prévu dans le programme de recrutement qui va avoir lieu très prochainement 233 personnes, mais qui va passer à 300 personnes. La commission a déjà siégé pour ce qui concerne la définition des différents critères. Actuellement, ils sont en train de passer les visites médicales, après quoi la commission va reprendre les dossiers de ceux qui auront été retenus afin de les affecter. La commission est composée de représentants du ministère de la famille, de la fonction publique et de celui des personnes handicapées. Dossiers des retraités
J`entends souvent dire qu`il y a des retraités qui n`ont pas touché leurs pensions et ils sont morts. Et on ne voit dans cette affaire que le ministère de la fonction publique. A ce sujet, je voudrais dire que le public doit être informé. Peut-être même je vais demander à mes collaborateurs chaque année de faire un point de presse pour dire combien de dossiers ont été traités pour que les gens soient rassurés. C`est vrai qu`à l`époque, des personnes sont restées longtemps sans avoir leurs dossiers traités. Je me souviens qu`au moment où j`arrivais, on avait une production de dossiers importants. Nous avons mis en place des équipes spéciales pour apurer ces dossiers. Nous l`avons fait. C`était en 2000-2002. A la suite de quoi, on a mis en place une procédure pour achever. Mais ce que vous devez savoir, c`est que deux ans avant le départ à la retraite, nos services écrivent à la personne pour dire à telle date vous partez. Cela, pour l`inviter à constituer déjà les dossiers. Ils peuvent recevoir les courriers ou non. Mais j`ajoute qu'eux-mêmes doivent savoir la date de leur départ à la retraite. On fait souvent comme si c`est une surprise. Très souvent, les concernés font comme s`ils ne savent pas qu`ils vont à la retraite. D`abord ils ne préparent pas les dossiers. Ensuite, ils entreprennent d`autres démarches en vue d`être maintenus. Ils restent dans cette démarche jusqu`à la dernière minute. J`ai signé plein de certificats pour maintenir certains. Il y en a qu`on n`a pas pu maintenir. Et c`est comme cela que beaucoup arrivent à ne pas avoir un seul dossier au moment où on le leur demande. C`est donc au moment où ils sortent qu`ils commencent à faire les dossiers. Ce qui ne leur facilite pas la tâche. Parce qu`en ce moment-là, il n`a plus d`argent parce que l`on a cessé de lui verser le salaire. Très souvent, ils n`ont pas les pièces qu`on leur demande. Ils vous envoient un dossier dans lequel il manque des éléments qu`ils promettent ramener mais quand ils s`en vont, ils ne reviennent plus. Ou bien, ils envoient des dossiers où il y a des pièces qui ne sont pas conformes. Ce sont là quelques causes du prolongement des procédures. Parce que si le dossier n'est pas complet, nous ne pouvons pas statuer. Il y a également des fonctionnaires qui sont dans des positions irrégulières. Soit parce qu`ils sont en détachement dans un autre service soit il bénéficie d`une mise en disponibilité. On ne savait même pas qu`il était en détachement quelque part. Mais c`est au moment où il doit partir qu`il vient pour la constitution de son dossier.
Entretien réalisé par
Pierre Legrand
Germain Séhoué
Frimo Koukou et Simplice Zahui
Nous devons être aujourd`hui à, à peu près cinq cent huit millions que rapportent les concours. Mais je n`ai pas les chiffres de l`ENA. Ce sont là, les chiffres de la fonction publique pour à peu près cinq cents concours. Evidemment, c`est beaucoup. Les dépenses se chiffrent à peu près à cinq cent soixante millions. Il y a donc un déficit de soixante millions. Mais je vais vous raconter quelque chose. Au début, les gens du ministère dans leur quête des indemnités ont demandé de leur trouver des indemnités. Je leur ai dit que les concours ne donnent pas grand- chose. Les rumeurs sont parvenues au Président de la République qui a demandé ce qui se passait, est-ce que nous avions des régisseurs. Il nous a donc envoyé deux régisseurs puisque nous n`en avions pas. Ce qui est rare. Là où un seul peut faire une régie d`avance et de recette, on nous envoie un régisseur d`avance et un régisseur de recette. C`est avec eux que je suis les recettes et les dépenses. Chaque année, nous avons un DAF que nous poursuivons. On parlera de certains dysfonctionnements, mais il y a des correcteurs qui ne sont pas payés depuis tant d`années. Grosso modo, vous avez comme dépenses, le matériel informatique, les fournitures de bureaux l`entretien, les rémunérations des participations extérieures, les membres du jury, leur correction, leur surveillance et la sécurité constituent le gros lot des dépenses parce qu`elles engloutissent près de 250 millions. Il faut ajouter à tout cela, les communiqués de presse qui nous prennent plus de 30 millions. Je vous donne un exemple. Avant mon arrivée à la tête du ministère, il y a un texte qui prévoyait une indemnité de 15000 fcfa aux surveillants des examens. Mais mes prédécesseurs ne l`appliquaient pas puisqu`ils payaient les surveillants à 5000 fcfa. Quand je suis arrivé, les agents du ministères m`ont fait savoir qu`ils veulent aussi surveiller les examens parce qu`ils ont eux aussi besoin d`argent. Chose que j`ai trouvé normal et que j`ai accepté. Et comme ils savent que les textes prévoient 15000 fcfa, je ne pouvais ne pas leur payer les 15000 fcfa. Ainsi pour pouvoir contenir, on est obligé de réduire le nombre des surveillants. Ce qui n`est pas une bonne chose. Mais il fallait que nous restions dans les limites de nos capacités financières. Quand j`arrivais au ministère, il n`y avait pas de régisseur. Cela fait trois ans que les régisseurs sont là. Qu`est-ce qu`on a fait du reste de l`argent amputé sur les 15000f que prévoyaient les textes, parce que là, il y a fraude ? Qu`avez-vous fait de ceux qui se sont rendus coupable de cette fraude ?
Ici, on ne peut pas parler de fraude. Par exemple, le ministre qui est en place a besoin de 200 surveillants. Mais il n`a pas l`argent nécessaire pour leur payer les 15000fcFa prévus par les textes. Il dit, faites-moi venir des gens qui peuvent surveiller pour 5000 fcFa. ça, c`est de la gestion et non de la fraude. C`est-à-dire qu`il gère un problème avec les moyens dont il dispose. Certes, il ne respecte pas les textes, mais répond à quelque chose de précis. C`est une manière de gérer un problème. La budgétisation des concours est difficile parce qu'on ne sait pas d`avance à quoi on a affaire. Il serait rare qu`on donne 500 millions à la disposition du ministère. Ce n`est pas possible. Ce qu`on fait, l`Etat prend en compte quelques éléments et les usagers contribuent.
Admission de Hanny Tcheley, Serges Kassy et Tiéhi Joël au concours de l`ENA
J`ai été surpris. Serges Kassy, je le connais comme l`un de nos artistes que j`aime bien. Hanny Tchélé également, qui est dans le monde de la comédie. Mais je ne connais pas leur CV. Je ne sais pas ce qu`ils ont comme diplôme. Je n`ai même pas besoin de le savoir. Ce n`est pas du tout mon souci. A partir de là, je me dis que ce n`est pas parce qu`on est artiste ou comédien qu`on a un diplôme pour passer un concours et qu`on ne le fait pas. Personne n`a décrété que parce que Serges Kassy est un chanteur qu`il ne peut pas passer le concours de l`ENA. S`il remplit les conditions, pourquoi, il ne peut pas aller à l`ENA ?
La particularité de ces personnes, c`est qu`ils sont des patriotes. J`y arrive, mais je vous dis d`abord comment j`ai réagi après ces rumeurs. Moi, je vois d`abord le droit. Est-ce qu`il a le droit ? S`il remplit les conditions, rien ne l'interdit de passer le concours de son choix. A partir de là, je me suis posé la question de savoir s`ils ont été candidats et s`ils ont été reçus à l`examen. J`ai alors interrogé le Directeur de l`ENA pour savoir si les personnes cités ont été candidats. Il m`a répondu qu`il a été surpris parce que Hanny Tcheley, Tiéhi Joël et Serges Kassy n`ont jamais postulé à ce concours pour pouvoir même être reçus. Donc ça rentre dans une autre démarche que je connais. C`est de dire comme ce sont des patriotes, l`ENA leur est ouvert. C`est de cela qu`il s`agit et c`est ça qui amplifie la rumeur faisant croire que quand tu connais le ministre de la fonction publique, tu rentres à l`ENA. Cela est faux. Je n`ai pas voulu réagir comme le souhaitaient certaines personnes. J`ai dit pourquoi je dois démentir pour eux. La rumeur a donc ainsi été tuée et cela a relativisé beaucoup de choses que les gens ont dit. C`est pour tout cela que j`ai organisé l`atelier pour prendre des mesures et faire des démarches pour rassurer tout le monde pour dire qu`on n`a pas besoin de connaître le ministre, de connaître un ponte du régime pour réussir à un concours. Sur la liste, il y a tout le monde dont des enfants de pauvres.
A propos des détracteurs internes au FPI
Là aussi, ce sont des rumeurs de dire que ce sont des choses montées par les membres de son bord politique pour déstabiliser le ministre de la fonction publique. Parce que je n`ai pas de preuves. J`évite donc d`accuser gratuitement mais je reste éveillé pour voir s`il y a un fond de vérité. C`est la même attitude pour les concours où je n`ai pas de preuves. Parce que je n`ai jamais pris quelqu`un en flagrant délit en train de corrompre. Mais comme on le dit et ça persiste, je reste éveillé en ouvrant toutes mes antennes afin de prendre des dispositions en vue de vérifier les rumeurs. C`est vrai que, même dans un ménage, il peut avoir des problèmes, mais au FPI, je ne me connais pas d`ennemis. Bien au contraire, je m`entends avec tout le monde. Je serais étonné que quelqu`un cherche à me créer des ennuis, je ne sais pas pourquoi. Je ne pense pas avoir porté préjudice à qui que ce soit. Donc pour l`instant, je n`accorde pas de crédit à tout cela. Et pourquoi m`en voudraient-ils ? Qui je gêne ? Je m`honore de la confiance que me fait le chef de l`Etat qui apprécie ce que nous faisons. S`il m`accorde sa confiance, je dois faire en sorte de la mériter en travaillant dans le sens des idéaux qui sont les siens. Si au niveau de mon parti où nous avons des idéaux, j`étais en contradiction avec, un quelconque, je pense que chaque semaine nous avons des réunions dont on profiterait pour me le dire. Sinon, je n`ai aucun problème de personne au sein de mon parti avec qui que ce soit. Et je ne vois pas pourquoi cela serait. Mais je reste éveillé parce que j`ai entendu effectivement les gens dire ça. C`est toujours facile de dire les choses, mais tant qu`on n`a pas d`éléments concrets, il faut plutôt ouvrir les yeux pour voir.
Développement de l`emploi
Sur le taux de résorption du chômage, je n`ai pas de chiffres exacts, mais ceux que nous avons et qui doivent être actualisés par les études de l`AGEP, nous donnaient à peu près cinq millions de personnes inoccupées dont environ un million et demi à deux millions de chômeurs au sens fixe du terme. C`est-à-dire des diplômés chercheurs d`emploi. Depuis, je ne veux pas avancer de chiffres par ce que ce taux s`est accru à l`évidence. Ces dernières années, nous avons produit des diplômés à qui nous n`avons pas offert suffisamment de travail. Le secteur public a recruté aujourd`hui, si je fais une multiplication sur des années, en prenant une moyenne de 6000, nous avons recruté pratiquement, sur cinq années, nous sommes autour de 32 à 35000 personnes recrutées au niveau de la fonction publique. Ces chiffres sont très éloignés de ceux du secteur privé. Le secteur privé a connu un réel déclin avec la crise qui s`est accentué en 2004 avec la fermeture de nombre de petites et moyennes entreprises en Côte d`Ivoire qui a jeté beaucoup de travailleurs dans les rues. Et nous en sommes toujours à ce point. Le démarrage de la relance économique est attendu avec la sortie de crise. Il y a donc un réel problème, il nous faut des solutions. En tan que ministre de l`Emploi, ce que je peux vous dire, c`est que nous sommes conscients que le vrai moteur en terme de création d`emploi reste le secteur privé dont le dynamisme est la création d`emploi dans un pays. La fonction publique, normalement en matière de création d`emploi doit être dans une pente descendante. Et dans beaucoup de pays d`ailleurs, les gens ont tendance à diminuer le nombre des fonctionnaires. Ici, nous sommes pour l`instant en pointe. Mais il faut que très rapidement avec la fin de la crise, nous ayons cette relance économique attendue et que les investissements reviennent et que les éléments créatifs d`emploi se fassent pour nous aider à résorber ce chômage. En Côte d`Ivoire, nous avons une main-d`?uvre qui est, à la différence de beaucoup d`autres, bien formée et qualifiée. Nous avons un personnel important qui est une donnée comparative importante en terme d`économie. Ce que j`ai pu faire à mon niveau, nous avons élaboré avec l`appui des partenaires internationaux, notamment le BIT, un plan national de développement d`emplois en Côte d`Ivoire. On a travaillé sur ce plan pendant deux ans et il est prêt. Ses ambitions sont énormes puisqu`il y a deux millions d`emplois à créer dans tous les secteurs. Mais on fera en sorte qu`il soit adossé sur une loi programme qui assure chaque année à ce secteur qui est prioritaire dans le contexte d`aujourd`hui, un volant budgétaire qui soit important et significatif. Nous sommes à la préparation de cette loi programme. Sinon le plan lui-même il est prêt. Parce que dans le contexte où on se trouve aujourd`hui, que personne ne s`y trompe, c`est le règlement de la question de l`emploi pour notre jeunesse qui sera le véritable facteur de stabilisation après la sortie de crise. Nous en sommes conscients, et pour ne pas y aller à l`aveuglette, nous avons travaillé sur un plan qui, s`il est adopté par le gouvernement, alors nous aurons une démarche méthodique de création d`emploi volontariste qui nous permettra d`affronter ce grand chômage. Changement qualitatif apporté par le FPI au dossier de l`emploi
C`est ce que je viens de vous dire par anticipation. Nous n`avions pas auparavant un plan global pour régler le problème de l`emploi en Côte d`Ivoire. Par le passé, il y a eu beaucoup de programmes. Les fonds sociaux par exemple qui sont des réponses factuelles à la question de l`emploi. C`étaient des programmes intéressants mais qui ne sont pas allés loin parce que n`étant pas rationalisés dans une approche planifiée, globale qui engage le gouvernement sur le long terme. Il faut dire qu`à l`époque, on n`avait pas vraiment de gros problème pour la résorption des problèmes de nos diplômés. Aujourd`hui, c`est devenu un gros problème structurel dans lequel une partie de la solution n`est pas maîtrisée par nous. C`est-à- dire par le secteur public. Mais nous allons donner des orientations ; nous devons tracer la démarche et suivre cette démarche. Donc, il va y avoir ce plan qui va être adopté par le gouvernement. Il y a également d`autres réponses qui existent. Le service civique, par exemple, est aussi une réponse à la question de l`emploi. Le Président de la République a proposé cela dans la résolution de la crise, en montrant bien que la résolution de la question de l`emploi est un élément capital de la sortie de crise et de la stabilisation à long terme de notre pays. Donc, c`est une réponse qui est donnée. L`intérêt du service public, c`est qu`elle s`adresse à une population sans tenir compte de diplôme. Pour l`instant, elle est connectée à la sortie de crise à travers les ex-combattants. Mais c`est une idée qui devrait se pérenniser. Mais à côté de cela, il nous faut avoir un plan.
L`entrée des handicapés diplômés à la fonction publique
Dans tous les pays du monde, l`insertion des populations vulnérables, n`est pas une nécessité. C`est une obligation. En Côte d`Ivoire, le gouvernement est allé dans ce sens et a même adopté une loi qui nous oblige à prendre des dispositions pour les personnes handicapées. Au moment où j`arrivais en 2000, une première vague de personnes handicapées avait été recrutée. Et j`ai pris en route la seconde vague et une autre. Je crois qu`à ce jour, nous avons recruté 600 personnes. Cela ne se fait pas d`année en année parce que c`est un recrutement dérogatoire puisqu`ils ne passent pas de concours. Il y a une commission qui est mise en place pour recevoir les dossiers, les examiner et procèder à la sélection en fonction des diplômes et des capacités en vue de les affecter dans les différentes administrations. Ce procédé est très bien accueilli par les handicapés et leur association. Depuis le recrutement qui a eu lieu en 2005, ils sont actuellement en attente de recrutement. Il faut dire qu`avec la guerre, on a eu quelques difficultés. Mais il y a également quelques problèmes qui se posent. C`est qu`à mon avis, le recrutement des handicapés devrait être accompagné par la mise en place d`équipements appropriés qui peut leur permettre d`être opérationnels. Cela, en fonction de l'handicap de chacun. Sinon les services où on les affecte ne peuvent pas les utiliser. Ce sont ces problèmes que nous étions en train d`étudier lorsqu`il y a eu les mouvements d`il y a quelques semaines liée à de fausses rumeurs faisant croire qu`on voulait recruter 30 personnes. Nous avions prévu dans le programme de recrutement qui va avoir lieu très prochainement 233 personnes, mais qui va passer à 300 personnes. La commission a déjà siégé pour ce qui concerne la définition des différents critères. Actuellement, ils sont en train de passer les visites médicales, après quoi la commission va reprendre les dossiers de ceux qui auront été retenus afin de les affecter. La commission est composée de représentants du ministère de la famille, de la fonction publique et de celui des personnes handicapées. Dossiers des retraités
J`entends souvent dire qu`il y a des retraités qui n`ont pas touché leurs pensions et ils sont morts. Et on ne voit dans cette affaire que le ministère de la fonction publique. A ce sujet, je voudrais dire que le public doit être informé. Peut-être même je vais demander à mes collaborateurs chaque année de faire un point de presse pour dire combien de dossiers ont été traités pour que les gens soient rassurés. C`est vrai qu`à l`époque, des personnes sont restées longtemps sans avoir leurs dossiers traités. Je me souviens qu`au moment où j`arrivais, on avait une production de dossiers importants. Nous avons mis en place des équipes spéciales pour apurer ces dossiers. Nous l`avons fait. C`était en 2000-2002. A la suite de quoi, on a mis en place une procédure pour achever. Mais ce que vous devez savoir, c`est que deux ans avant le départ à la retraite, nos services écrivent à la personne pour dire à telle date vous partez. Cela, pour l`inviter à constituer déjà les dossiers. Ils peuvent recevoir les courriers ou non. Mais j`ajoute qu'eux-mêmes doivent savoir la date de leur départ à la retraite. On fait souvent comme si c`est une surprise. Très souvent, les concernés font comme s`ils ne savent pas qu`ils vont à la retraite. D`abord ils ne préparent pas les dossiers. Ensuite, ils entreprennent d`autres démarches en vue d`être maintenus. Ils restent dans cette démarche jusqu`à la dernière minute. J`ai signé plein de certificats pour maintenir certains. Il y en a qu`on n`a pas pu maintenir. Et c`est comme cela que beaucoup arrivent à ne pas avoir un seul dossier au moment où on le leur demande. C`est donc au moment où ils sortent qu`ils commencent à faire les dossiers. Ce qui ne leur facilite pas la tâche. Parce qu`en ce moment-là, il n`a plus d`argent parce que l`on a cessé de lui verser le salaire. Très souvent, ils n`ont pas les pièces qu`on leur demande. Ils vous envoient un dossier dans lequel il manque des éléments qu`ils promettent ramener mais quand ils s`en vont, ils ne reviennent plus. Ou bien, ils envoient des dossiers où il y a des pièces qui ne sont pas conformes. Ce sont là quelques causes du prolongement des procédures. Parce que si le dossier n'est pas complet, nous ne pouvons pas statuer. Il y a également des fonctionnaires qui sont dans des positions irrégulières. Soit parce qu`ils sont en détachement dans un autre service soit il bénéficie d`une mise en disponibilité. On ne savait même pas qu`il était en détachement quelque part. Mais c`est au moment où il doit partir qu`il vient pour la constitution de son dossier.
Entretien réalisé par
Pierre Legrand
Germain Séhoué
Frimo Koukou et Simplice Zahui