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Notre Voie
· 8 min de lecture

Aimé Césaire aura bientôt 95 ans-Les pensées du Poète - Sommes-nous cette foule

Le poète martiniquais, Aimé Césaire, aura 95 ans le 26 juin 2008. A l'approche de l'évènement, des universitaires ivoiriens, leurs étudiants et élèves ont décidé d'animer cette lucarne, chaque samedi, dans Notre Voie. Aujourd'hui, pour la troisième semaine, ils se penchent sur les pensées? d'Aimé Césaire.
Lors des rendez-vous honorés dans le cadre des préparatifs de la célébration des 95 ans d'Aimé CESAIRE, sur les plateaux de télévision et lors des conférences, nous avons toujours réitéré cette invitation : Lisez Césaire?. C'est un discours inspiré du slogan publicitaire qui conseille au consommateur éventuel de se faire sa propre opinion du produit proposé et de ne pas croire sur parole les messages de la propagande. Attendant que le lecteur se fasse sa propre opinion de l'?uvre de Césaire, nous nous permettons au risque d'orienter son jugement- mais c'est cela le but de l'exercice- de lui présenter nos réflexions. Toutefois l'on peut dire, sans verser dans la démagogie, que Césaire est l'un des plus grands écrivains de tous les temps. Ces textes sont pleins d'enseignement et de paroles fortes que l'on est poussé à mémoriser quand on a le bonheur de les découvrir. Dans Cahier d'un retour au Pays natal, au milieu de toute cette prose magique, nous avons laissé notre esprit à la captivité d'un passage dont nous vous livrons la teneur : Et dans cette ville inerte, cette foule criarde si étonnamment passée à côté de son vrai cri comme cette ville à côté de son de son mouvement, de son sens, sans inquiétude, à côté de son vrai cri, le seul qu'on eût voulu l'entendre crier parce qu'on le sent sien lui seul ; parce qu'on le sent habiter en elle dans quelques refuges profonds d'ombre et d'orgueil, dans cette ville inerte, cette foule à côté de son cri de faim, de misère, de révolte, de haine, cette foule si étrangement bavarde et muette. Dans cette ville inerte, cette étrange foule qui ne s'entasse pas, ne se mêle pas () cette foule qui ne sait pas faire foule
Cet extrait procède d'une monstration, celle d'une somme, d'une masse d'individus identifiés dans un repère spatial, ce qui justifie le démonstratif cette dans les expressions cette ville et cette foule . Or cette simple indication ou ce simple repérage évolue vers une mise à l'index, le démonstratif prenant peu à peu valeur dépréciative dans le mépris qu'il indique. Les expansions de nom qui complètent les substantifs ville et foule, témoignent du dédain qui finit par naître dans l'esprit du locuteur. Ainsi les épithètes inerte et criarde par leur charge négative situent l'atmosphère du propos. Le faisant, elles indiquent une mise en commun, celle d'une ville inerte? pour qui sied bien une foule criarde? et vice versa. De façon prosaïque, l'on dirait que la ville? et sa foule? forment une belle paire, comme le rappellent d'ailleurs la préposition dans? et surtout le mot de comparaison comme? dans cette comparaison cette foule criarde si étonnamment passée à côté de son vrai cri comme cette ville à côté de son de son mouvement?. Mais qu'est-ce qui lie ces deux entités ?
Pour le poète, ce qui fonde une ville c'est le sens de son mouvement? et ce qui fonde une foule c'est la valeur de son cri?. Or, la ville dont parle l'extrait n'est pas en mouvement, elle est inerte ; la foule de son côté, si elle crie, le son qu'elle produit est discordant, en contradiction donc avec l'harmonie attendue. Ainsi la foule en devient criarde . L'acte décrit qui est un acte manqué est traduit dans le texte par l'expression passée à côté , qui ne témoigne pas d'un mouvement, d'une trajectoire mais d'un acte qui a manqué son but et qui par ce fait se dénature.
C'est bien de dénaturation qu'il s'agit en fin de compte car les entités (la ville et la foule) dont parle le poète ne sont plus elles-mêmes, elles ont perdu leur essence, leur quintessence. Le retour aux épithètes permet d'établir par ce qu'en disait Marmontel (On appelle épithète, un adjectif sans lequel l'idée principale serait suffisamment exprimée? Eléments de Littéra-ture Tome III), l'étrangeté de la ville? et de la foule? qui ne sont plus une ville? ou une foule? mais finissent par devenir une ville inerte? et une foule criarde?. C'est donc à juste titre que Césaire y revient par cette nouvelle formule cette étrange foule? qu'il fustige.
Le grief? formulé à l'endroit de la ville? et lafoule?dont il parle se justifie par leur action discordante, l'indique l'épithète criarde. La foule de Césaire ne s'inscrit pas dans un dynamisme, dans une cohérence, tantôt elle est bavarde tantôt elle est muette. Ce développement antithétique procède de l'absurde. Il s'agit dans cette antithèse de la mise en évidence d'une absence (celle de parole) et d'un état (celui de parole) qui en réalité sont deux absences, deux négations de l'acte de parole. En effet, le fait de bavarder traduit une réalité discursive sans intérêt, sans finalité : c'est parler pour ne rien dire. Ainsi la foule est doublement muette, dans l'état et dans la valeur du discours. Elle passe sans transition par deux étapes qui s'opposent de façon antinomique, de façon absurde ; toute chose qui en fait une curiosité, car ici la foule contourne un attendu, une réaction normale, naturelle, la conséquence de maux tels : la faim, la misère, la révolte etc.?. Or, la foule navigue à contre courant de cette réaction normale pour s'établir soit dans le silence, soit dans le bavardage comme autant de cacophonie, comme autant de verbiage creux. Elle en devient incompréhensible, étonnante, ce que rappellent les adverbes Etonnamment, Etrangement, sans inquiétude. Conséquemment, la foule se transforme en un être qui refuse d'être, un être qui n'est pas, une contradiction intime et profonde, c'est-à-dire une foule qui ne sait pas faire foule .
Ne sommes-nous pas, nous-mêmes, cette foule dans nos rassemblements bruyants, macabres et absolument inutiles ? Ne sommes-nous pas cette foule dans nos couardises concertées d'où découlent des silences honteux ? Dans nos rassemblements dits artistiques mais totalement ridicules, ne sommes-nous pas cette foule ? Dans la célébration des 95 ans d'Aimé Césaire (le seul événement culturel qui mérite le sceau de majeur cette année), saurons-nous ne pas être cette foule qui passe sans inquiétude à côté de son sens, à côté de son mouvement, à côté de son cri, de sa (tigritude) ? Lisez Césaire !!!
Paul Kwadjané
Agoubli quisommesnous@yahoo.fr

Pour un hymne à Césaire
Le 95e anniversaire de naissance d'Aimé Césaire sera célébré avec faste en Côte-d'Ivoire. C'est un engagement que le Comité d'organisation qui pilote le projet sous la houlette du club Athéna Philosophique a voulu prendre devant l'histoire. Depuis le mois de Février que l'initiative a été portée à la connaissance du peuple ivoirien, les promoteurs du projet n'ont eu de cesse de préparer rigoureusement les différentes activités inscrites au c?ur de cette célébration. Ainsi avec le concours de la paroisse Saint-Albert Le Grand qui, pour rappel, est la paroisse des Etudiants, une messe est en pleine préparation qui se tiendra à la Cathédrale Saint-Paul du Plateaux, le mercredi 28 mai 2008. Elle précède d'un mois la cérémonie marquant la fin des festivités liées à cet hommage rendu au Négritudien. Toutefois, s'il y a une question qui a toujours habité les membres du Comité d'organisation, c'est quel présent offrir à un nonagénaire à l'occasion de la commémoration de son anniversaire de naissance. Cette préoccupation devient plus importante quand le destinataire du cadeau se nomme Aimé Césaire.
Cherchant solution à ce problème qu'il ne serait pas maladroit de poser comme une véritable énigme, le Comité d'organisation a d'abord pensé au baptême d'une rue d'Abidjan du nom de cette illustre personnalité (c'est une idée en réalité de l'Alliance française sur laquelle nous reviendrons) mais aussi et surtout à la création d'une ?uvre musicale en l'honneur du poète martiniquais. C'est dans le cadre de la mise en ?uvre de cette ?uvre qu'une délégation conduite par le président du Comité d'organisation s'est rendue, le lundi 7 avril 2007, au domicile de l'artiste chanteur Rico, lead vocal du boys band ivoirien, Leitmotiv, aux Deux Plateaux 7e tranche. C'est du reste avec cette formation ou du moins avec son lead vocal que les amis de Césaire envisagent de réaliser l'hymne qui lui est destiné.
Pour rappel, le groupe Leitmotiv est l'un des boys bands les plus célèbres de Côte-d'Ivoire. Momo, Fuguet et Rico qui en forment l'ossature mettent sur le marché du disque ivoirien un album intitulé P'tit matin en 2004. Toutefois, c'est fin 2005 que le groupe se révèle réellement au public ivoirien grâce au générique qu'il propose à John Jay dans le cadre de son télé gag Du coq à l'âne , grâce également au deuxième titre phare de l'album : Existe-t-il? qui gagne le c?ur des mélomanes ivoiriens. Le choix de ce groupe, ou plus spécifiquement de son lead vocal, procède des énormes potentialités qui sont les siennes en matière de composition notamment. A cela, il faut ajouter que Rico est un chanteur doué comme l'atteste d'ailleurs sa sélection dans le cru final de la future Star Académie Afrique Africastar qui se déroulera au Gabon. C'est donc une valeur sure à partir de laquelle l'on peut gager de la qualité de l'?uvre à venir. Toutefois, quoique la première voix? de Leitmotiv, Rico ne saurait pas à lui seul réaliser cet ouvrage. Simplement parce que si Eric n'a pas son égale pour trouver de belles mélodies, il n'est pas musicien tout comme il n'est pas parolier. C'est pourquoi l'hymne à Césaire bénéficiera du concours de Tongou Richard, guitariste d'origine centrafricaine et très connu dans le milieu du live et surtout dans la sphère du gospel ivoirien. Richard a été choisi à cause de son goût prononcé pour la grande musique et pour la sobriété de ses compositions.
Ainsi, l'on doit s'attendre, à travers la chanson à venir, à une ?uvre sobre et acoustique qui mettra en avant, comme chez un Dicongué, comme chez un Lokua Kanza, comme chez un Cabrel, le texte, les paroles. Il ne pouvait en être autrement, le Comité d'organisation ayant choisi d'intituler la chanson Poésie pour un poète?. C'est un choix qui place les organisateurs devant une obligation, celle de proposer un message verbal dont le niveau artistique puisse prétendre se rapprocher des sommets atteints par les mots de Césaire qui figurent parmi les plus beaux dont l'humanité puisse se vanter à ce jour. Ce dernier aspect de la formation de l'hymne à Césaire a été confié au président du Comité d'organisation, que la Côte-d'Ivoire a découvert dans l'émission de Romy Roméo, Dans la cour des grands?, en qualité de critique des textes de chanson. Pour le lancement de l'émission, ce sont les textes de Soum Bill qui ont bénéficié des lumières de ce futur spécialiste de poésie française. Dans le cadre de Poésie pour un poète? Paul Kwadjané Agoubli devra montrer qu'il sait critiquer, analyser mais qu'il sait également composer.
Rico, Richard et Paul, trois cerveaux pour une ?uvre de génie. Rendez-vous est pris pour le 26 juin 2008.



Carole Bity quisommesnous@yahoo.fr

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Article publié par Notre Voie et référencé par 225.ci.