Procès Adjoumani : Absence d`élément matériel
Sur la base de quoi poursuit-on au juste le ministre Adjoumani ? Où se situe-t-il l'élément matériel de l'infraction ? C'est autour de cette question centrale que l'avocat général, les avocats de Gbagbo et ceux de la défense se sont affrontés, hier. Interrogé en effet sur les faits qui lui étaient reprochés, à savoir qu'il accuse le Président Laurent Gbagbo, comme l'a écrit le quotidien l'Inter, d'être l'auteur du coup d'Etat de 99, le ministre Adjoumani a déclaré à la cour qu'il ne s'est pas exprimé en ces termes mais qu'il a plutôt dit que "le FPI et son leader n'étaient pas étrangers à ce coup d'Etat". Pour le député de Tanda, cela relève d'une "logique implacable" si l'on s'en tient aux déclarations de M. Gbagbo lui-même et de certains de ses proches collaborateurs dont l'ex-ministre de la Défense Moïse Lida Kouassi. Ce dernier affirmait qu'il avait suivi les mutins pas à pas depuis Akouédo et qu'il savait tout sur ce coup de force. Sur la base de cette précision, Me Blessy, avocat de M. Adjoumani a fait savoir que le dossier était vide parce que l'élément matériel de l'infraction était inexistant. "On poursuit M. Adjoumani, on lui reproche d'avoir tenu des propos. Il dit non, je n'ai pas tenu les propos que le journal me prête. Voici ce que j'ai dit exactement. La partie civile ne rapporte pas la preuve contraire, elle s'appuie sur les écrits d'un journal qui n'avait d'ailleurs pas de représentant à cette cérémonie. La partie civile ne fournit pas d'enregistrement audio, de discours rédigé, ni de témoignage de quelqu'un ayant pris part à cette réunion politique. Bref, on n'utilise pas les moyens légaux de preuve pour confondre mon client. Vous comprenez donc que ce dossier souffre d'un manque d'élément matériel", a plaidé Me Blessy. Il sera suivi dans ce sens par le bâtonnier Me Adjé Luc, Me Offoumou Khaudjis et Me Konan. Quant à Me Ahoussou Kouadio Jeannot, il a interpellé la conscience des juges. Il leur a demandé de réhabiliter le droit et la justice et de refuser de condamner un citoyen qui n'est même pas justiciable devant une juridiction ordinaire parce que non seulement protégé par son statut de ministre de la République au moment des faits mais aussi couvert par l'immunité parlementaire. Me Ahoussou a demandé aux hauts magistrats de la cour d'appel d'être simplement la bouche qui dit le droit. De refuser d'être un instrument au service des politiciens. Car, ce procès est éminemment politique.
Akwaba Saint Clair
Akwaba Saint Clair