jeudi 9 aout 2018 par AIP

Abidjan- Une journaliste d'un quotidien public comorien, Faïza Soulé Youssouf, a été publiquement menacée de poursuites judiciaires par le ministre de l'Intérieur et de l'Information pour sa couverture du référendum constitutionnel, rapporte Reporters sans frontières (RSF).

Dans un communiqué de presse publié mercredi, RSF dénonce une multiplication inédite des atteintes à la liberté de la presse ces dernières semaines aux Comores.

Les médias de plusieurs îles de l'océan Indien parlent désormais d'une affaire Faïza du nom d'une journaliste d'Al-watwan, le quotidien public de référence aux Comores, ouvertement menacée par le ministre de l'Intérieur et de l'Information.

Dans une interview, Mohamed Daoudou a reproché à la reporter Faïza Soulé Youssouf d'avoir montré une très mauvaise image du pays et menacé de la poursuivre en justice pour sa couverture du référendum constitutionnel controversé adopté le 30 juillet dernier aux Comores.

Trois jours plus tôt, la journaliste avait publié un article dans le quotidien français Le Monde, relayant les principales critiques exprimées au cours de la campagne référendaire, comme la possibilité pour Azali Assoumani, le président sortant, de se présenter à sa propre succession ou encore l'inscription dans la constitution de l'Islam sunnite de rite chafiite comme seule religion constitutive de l'identité nationale.

Lors du référendum du 30 juillet, le ministre a également reproché à la journaliste d'avoir témoigné en direct sur les réseaux sociaux de l'agression d'un gendarme dans un bureau de vote de la capitale Moroni. Son accréditation pour la couverture du scrutin lui a été retirée quelques heures plus tard.

Nous demandons au ministre de mettre fin à cette cabale contre une journaliste qui n'a fait que son travail et de tout faire pour stopper la dégradation inédite de la liberté de la presse aux Comores'', déclare Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. ?'Il en va de l'image et de la liberté d'information d'un pays, qui faisait jusque-là plutôt figure de bon élève dans la région et sur le continent africain, poursuit-il.

Une vingtaine de reporters se sont réunis sur la place de l'Indépendance à Moroni lundi, pour témoigner de leur solidarité avec leur cons?ur et un comité de défense de la liberté de la presse rassemblant plusieurs dizaines de journalistes des îles de l'océan indien a été créé. Dans un communiqué, l'Union internationale de la presse francophone (UPF) s'est également inquiétée des menaces et pressions exercées sur les journalistes comoriens.

Les Comores occupent la 49e place dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2018.

cmas