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Éditorial : Avis de tempête

C'est le branle-bas de combat au sein du G7 (coalition des trois ex-mouvements rebelles et de quatre partis politiques). Les Forces nouvelles (FN) ont déclaré la guerre au PDCI-RDA. Une guerre ouverte. Des textes au vitriol de deux libres penseurs?, Venance Konan et Tiburce Koffi, ajoutés aux articles du Nouveau Réveil, un confrère proche de l'ex-parti au pouvoir, qui ne caressent ni la Refondation, ni les ex-rebelles dans le sens du poil, ont mis le feu aux poudres. Outrés par ce qu'ils considèrent comme un double jeu du plus vieux parti de Côte d'Ivoire, les responsables de l'ex-rébellion placent l'ancien parti au pouvoir devant une cruelle alternative: se soumettre, ou se démettre. Revendiquant la solidarité de l'équipe gouvernementale, cet argument massue paraît tout à fait légitime et logique. La crise armée a rompu la cohésion au niveau des différents gouvernements censés, pourtant, sortir le pays de l'ornière. Or, ne reconnaissant l'autorité ni du Chef de l'Etat, ni du chef du gouvernement, dont ils ne sont pas redevables pour leur nomination, les ministres, visiblement, n'exécutent que les instructions des partis politiques dont ils sont issus ou se réclament. La cacophonie ambiante qui plombe les actions gouvernementales est la résultante des récurrents conflits d'intérêts et de positionnement. C'est la raison pour laquelle, dans un contexte de crise exacerbée, marquée par le laisser-aller et des concerts de sons discordants, les actes de défiance à l'autorité de l'Etat et de sabotage des actions entreprises sont monnaie courante. Cette triste situation, au moment où le Premier ministre avoue qu'il est en train de dinmin dinmin? (1) dans l'application de l'Accord de Ouaga, ne grandit nullement la Côte d'Ivoire et n'a que trop duré, si l'on en croit les menaces, à peine voilées, des FN que certains confrères assimilent à un chantage honteux?. Car, un pied dedans et un pied dehors, selon la formule imagée de Balla Kéita, c'est dehors.? Nous dénonçons l'hypocrisie qui entoure les activités du gouvernement. Qui consiste à reconnaître, dans le cadre du gouvernement, le travail fait par le Premier ministre et, en même temps, certains partis qui ont des membres dans ce gouvernement, se comportent comme si l'équipe avait échoué?, a protesté Konaté Sidiki, porte-parole des FN, ministre du Tourisme et de l'Artisanat (Cf. Fraternité Matin n°12.897 du 7 novembre 07).
Il est incohérent de figurer dans un gouvernement et, ensuite, de venir se dévêtir et revêtir un autre manteau, celui de l'homme politique au siège du parti pour faire des déclarations sur les lenteurs supposées du processus?, s'est énervé Méité Sindou, porte-parole du Premier ministre (Cf. Nord-sud quotidien n°742 du 7 novembre 07). C'est pourquoi, à l'instar de l'UDPCI et du MFA, qui leur auraient promis de prendre leurs distances avec le PDCI-RDA, les ex-rebelles demandent clairement au RDR, leur allié objectif et naturel, de se déterminer dans la guéguerre qui les oppose au plus vieux parti de Côte d'Ivoire. La présente évolution dans la gestion de la crise politique montre que l'Accord de Ouaga (mars 2007) ?qui est resté muet sur le sujet- pourrait bien sonner le glas du parapluie atomique? que prévoyait l'Accord de Linas-Marcoussis (janvier 2003). Les postes de ministre deviendraient alors éjectables. Or, c'est en se prévalant de cette immunité ministérielle? que les ministres issus de l'ex-rébellion, conduits par Soro Guillaume, ont fait la pluie et le beau temps sous le mandat du Premier ministre Seydou Elimane Diarra; boycottant impunément les activités gouvernementales et s'adonnant à l'école buissonnière. Sans conséquence. Mieux, et de guerre lasse, Laurent Gbagbo a été obligé de réintégrer trois membres du gouvernement (Soro Guillaume et Yssouf Soumahoro des FN, Achi Patrick du PDCI) après les avoir limogés, en mai 2004, pour les mêmes raisons aujourd'hui défendues par les Forces nouvelles. Mais les temps ont changé depuis que les belligérants ont décidé de fumer le calumet de la paix. Ceux-ci sont quasiment les maîtres du jeu politique et entendent transformer l'essai. Aussi, se sachant dans le collimateur des Forces nouvelles, le PDCI-RDA a-t-il engagé, discrètement et activement, des négociations pour ne pas subir les foudres de ses adversaires et perdre sa part du gâteau. Car, tout le monde n'est pas Laurent Gbagbo. L'ancien responsable du FPI a refusé des portefeuilles ministériels sous Félix Houphouet-Boigny et sous Henri Konan Bédié. Entrer au gouvernement pour qui et pour quoi faire?? s'interrogeait-il à haute voix pour rester logique avec lui-même et ne pas tricher. A la différence de ceux qui, aujourd'hui, ont accepté d'étoffer une équipe dont ils ne partagent ni les objectifs, ni les stratégies, ni les ambitions. Ce sont les mêmes raisons qui, en 2000, ont poussé le leader historique du FPI à claquer la porte du gouvernement de transition militaire du Premier ministre Seydou Diarra, pour dénoncer la part belle faite au RDR. Si c'est un coup d'Etat du RDR, dites-le nous?, s'était-il élevé pour refuser de jouer les seconds rôles. Contrairement à ces positions, franches et sans bavure, qui ont le mérite de l'honnêteté, le louvoiement du PDCI-RDA, en particulier, exaspère les dirigeants de l'ex-rébellion qui sont dans tous leurs états. N'assumant pas toujours ouvertement ses divergences, l'ex-parti au pouvoir renforce le sentiment de vouloir manger à tous les râteliers, en jouant aux saintes nitouches. Nombre de ses dirigeants émargent à la Présidence de la République tout en bannissant, publiquement et notamment, Laurent Dona-Fologo (ex-secrétaire général) et Gnamien Yao (ex-secrétaire général adjoint chargé de la Communication) pour leur soutien aux institutions républicaines, et en tirant à boulets rouges sur le locataire du Palais présidentiel. D'autres font une cour assidue au Premier ministre et encouragent le maintien des ministres au gouvernement tout en cultivant le complexe de la rébellion?. Toute honte bue. C'est pourquoi les FN veulent mettre ce parti cinquantenaire face à ses responsabilités historiques et ses engagements politiques. La querelle domestique qui oppose, en ce moment, les conjoints en instance de divorce, soulève le sérieux problème des alliances contractées sur l'échiquier politique ivoirien. De la Coordination de la Gauche démocratique en 1990, à Korhogo, au Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) en 2005, à Paris, les unions se forment et se ressemblent dans leur caractère éphémère et précaire. Le virus qui contamine ces projets fumeux et aléatoires est l'absence de conviction et de base idéologique.
Résultat, ces alliances contre-nature, construites à l'ombre de considérations personnelles, sont exposées aux trahisons. Inévitablement. Elles ne résistent ni au temps, ni aux épreuves. Et sont emportées à la première secousse. Gbagbo et Ouattara se sont séparés? quand Bédié a été renversé. Et quand leurs ambitions se sont heurtées. Bédié et Ouattara ont tiré un léger trait sur leur tumultueux passé pour se mettre en ménage. Ils se sont rapprochés, uniquement parce qu'ils ont un adversaire commun à abattre: Gbagbo. Pour cela, ils sont prêts à tous les sacrifices. Et à toutes les compromissions. Mais la pernicieuse guerre de leadership qui les oppose, et leurs divergences de stratégie pour triompher à la présidentielle, minent leur alliance et finiront par avoir raison de cet amour passager et hypocrite. De sorte que, sans être un oiseau de mauvais augure, le RHDP, après le G7, court le risque, à brève échéance, de connaître le même sort que le Front républicain. Nolens, volens (2).


Par
Ferro M. Bally

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