Ce salaire minable
D'Alger à Kinshasa, d'Abidjan à Libreville, de Paris à Tokyo, de Sao Polo à New-York, de Berlin à Moscou, de toutes les villes du monde, les travailleurs ont les mêmes mots sur les lèvres. "Nos salaires sont minables, nos salaires ne sont pas suffisants". Et ces plaintes ne datent pas d'aujourd'hui. Depuis l'antiquité, les travailleurs ont toujours affirmé qu'ils n'étaient pas satisfaits de ce que leur donnaient leurs employeurs. Une augmentation n'est jamais suffisante. Jamais, jusqu'à la fin du monde, le salaire ne suffira à un employé. C'est un constat. Les causes sont multiples et particulièrement pour le salarié africain. Un salaire est fait pour un homme, sa femme et ses enfants. Mais, le salaire d'un Africain est destiné à sa femme, ses enfants, mais aussi à ses parents, ses tantes, ses cousines, ses cousins, ses neveux, ses nièces, ses amis qui sont dans le chômage ou même ses copains qui ont besoin de prêts à rembourser. Et comme l'argent n'aime pas être remboursé, les amitiés se font et se défont en longueur d'année. Mais, le vrai problème de l'insuffisance du salaire réside dans la société capitaliste dans laquelle demeure tous les pays du monde. Le système économique néo-libéral ou l'économie de marché nous propose tous les mois de nouveaux produits à consommer. Comme on le sait le capitalisme c'est le profit. Ceux qui ont de l'argent, les Occidentaux en général, ont des usines qui fabriquent de tout et de rien. Souvent ceux qu'ils nous proposent sont sans intérêt pour notre vie quotidienne. Mais, les riches de ce monde et leurs conseillers sont d'une intelligence supérieure. Chaque produit est accompagné par une forte publicité qui nous rend accro. Un appareil électro-ménager acheté le mois de mars est démodé dès le mois de juin. Il faut encore acheter ou s'endetter pour l'avoir. Les consommateurs européens et africains sont des vrais "cobayes" formés et dressés pour payer aveuglement. Il suffit de se rendre dans un super marché pour voir le triomphe du capitalisme. Les plus pauvres de la société veulent se mettre au niveau de la bourgeoisie locale. Avoir plus de 40 chaînes de télévision, même si on ne de voir que 2 dans la journée, fait partie de la réussite. On ne fait pas attention à la mensualité à régler tous les mois. Que dire des portables ? La moitié des conversations tenues dans la journée est inutile. Mais, que de recharges à payer pour deux ou trois portables. Avoir un seul portable n'est plus in. Pour être dans le vent chaque portable doit correspondre à une société de téléphonie. Il faut acheter des cartes de recharge par jour pour soi même, pour l'épouse, les enfants et pour les copines qui bipent pour être rappelées et dire tout simplement : "On dit quoi chéri ? Tu ne me call plus". Le capitalisme dans sa nouvelle forme néo-libérale est sans pitié dans la recherche du profit. A travers ses agences de communication, la publicité est adressée comme une cible sur la poitrine des femmes et des enfants considérés comme les plus faibles psychologiquement. Ce sont eux qui vont décider le salarié de la famille à consommer sans cesse. Même les Etats sont pris dans l'engrenage du "tape à l'?il". Ce sont des constructions de prestige qui creusent le déficit et ne permettent pas les augmentations de salaire. Conditionné par les hauts stratèges de l'industrie capitaliste personne ne veut vivre dans la simplicité. Comment ranger sa voiture et prendre les transports en commun le week-end et faire des économies de carburant ? Qui veut, dans la société africaine, qu'on dise de lui qu'il est pauvre ? Le cinéma diffusé sur toutes les chaînes ne montre t-il pas que la réussite se voit à travers la voiture qu'on conduit ? Ivan Ilitch dans son livre : "Une société sans école" avait compris toutes les dépenses que la voiture fait subir à son propriétaire. Il ne savait pas quand il écrivait son livre que des millions de cadres moyens africains vont acheter des vieilles voitures européennes et de plus de 10 chevaux qui vont faire d'eux les "pauvres modernisés" comme il le dit si bien de tous ceux qui ont tous les appareils ou produits possibles mais pratiquement rien dans la poche. Pauvres modernes, yako ! Que ne feront-ils pas pour paraître au lieu d'être. Devant tas de dépenses inutiles le salaire ne peut pas suffire. Il ne suffira jamais. Le travailleur est condamné à réclamer chaque année des augmentations de salaire. Il ne faut donc pas s'étonner que les jeux de hasard sont devenus l'espoir quotidien de beaucoup de frustrés de la société de consommation. Ainsi que l'organisation de plusieurs séminaires, colloques, cercles ou associations pour soutirer de l'argent à leur profit. La politique est devenue également la profession pour se faire pleins de sous. La recherche de l'argent par tous les moyens est devenue un sport international. Une amie m'a dit que sur les billets d'argent se trouvent des signes du diable. C'est possible. A cause de l'argent que de drames dans les vies. Dans son livre incomparable intitulé : "L'enseignement de Ramakhrisna", le grand philosophe hindoue nous dit que le monde entier est sous l'emprise de l'argent et de la femme. Pour échapper à cette domination, il faut méditer chaque jour le sermon sur la montagne dans Matthieu 5,6 et 7. Autrement, on continuera toute notre vie à demander des augmentations de salaire qui ne nous suffira jamais. L'humilité n'a jamais tué quelqu'un. Ainsi va l'Afrique.
A la semaine prochaine.
A la semaine prochaine.