Le ministre Bamba Mamadou (SGA chargé des Elections du PDCI) : L`INS ne peut se constituer en goitre au cou de la CEI
Il a fallu insister, le harceler presque pour l'amener à parler, à sortir de sa réserve. Le monsieur élection du PDCI-RDA a accepté de s'ouvrir à "Le Nouveau Réveil", de partager un peu ses sentiments sur le fichier électoral 2000 sur lequel il travaille avec son équipe depuis des mois. Le ministre Bamba Mamadou se prononce également sur la réunion du CEA à Ouaga et la tournée de Gbagbo dans le Nord du pays. M. le ministre, vous êtes le secrétaire général adjoint chargé des élections du PDCI-RDA. La CEI vous a transmis un fichier provenant de l'INS qui fait couler beaucoup d'ancre en ce moment. Vous avez examinez ce fichier, pouvez-vous nous expliquer les incohérences que vous avez relever ?
Commençons par le commencement. C'est le 25 juillet 2007 que la CEI a mis à la disposition des partis politiques le fichier électoral de 2000. Ce fichier est un document important en ce sens que selon l'accord politique de Ouagadougou, tous les électeurs inscrits sur ledit fichier électoral sont présumés ivoiriens et électeurs. Donc c'est un document qui joue un rôle important dans le processus d'identification et des élections. Le document mis à la disposition des partis politiques par la CEI devrait être examiné et les observations transmises à la CEI. On a été confronté dès le départ à deux types de difficultés. La première, c'est que le DVD qui nous a été remis était muni d'un code. Pour accéder au contenu du DVD, il fallait avoir recours à l'assistance de l'INS. Le PDCI l'a fait. La seconde difficulté, c'est que ce fichier électoral de 2000 était en simple lecture disponible et non imprimable. Ce qui rend encore plus complexe l'exploitation du document. Le parti s'est mis au travail, nous avons commencé l'étude du fichier électoral selon deux méthodes. La première, nous avons croisé le fichier électoral 2000 avec le décret N°2004-647 du 30 août 2000 fixant le nombre de bureaux de vote pour les élections générales de l'an 2000. Nous avons, dans la seconde méthode, mis ce fichier à la disposition de nos leaders locaux (les délégués départementaux et communaux, les secrétaires de section et les présidents de comité de base) pour qu'ils fassent des investigations approfondies sur le terrain. Ces deux méthodes combinées nous ont amené à faire des observations, notamment à relever des irrégularités de plusieurs types. Quelles sont ces irrégularités ? Pouvez-vous mentionner quelques unes ?
Les erreurs alpha numériques sont légion sur ce fichier électoral. Nous avons constaté de nombreuses omissions de lieux de vote, de bureaux de vote et des électeurs et mais aussi des bureaux de vote virtuels, c'est-à-dire fictifs. Nous avons relevé des transferts d'électeurs de circonscription à circonscription. Il s'agit des électeurs d'une circonscription donnée sur le fichier de 2000 qui se sont retrouvés dans d'autres circonscriptions. Bien sûr, il existe encore sur la liste électorale de 2000, des électeurs décédés. Mais cela peut se comprendre d'une certaine manière. Voilà les différents types d'irrégularités que nous avons relevées. Nous avons fait deux rapports à la CEI, contenant nos observations. Voilà où nous en sommes à l'heure où je vous parle.
Ce fichier contient des irrégularités selon vous, n'est-ce pas pour cette raison que l'INS était réticent quand la CEI lui a demandé le fichier de 2000 pour le mettre à la disposition des partis politiques ? Au cours de sa dernière conférence de presse, le directeur de l'INS a dit qu'il était hésitant parce que pour lui, il n'était pas question de remettre ce fichier aux partis politiques.
Je ne veux pas lui faire un procès d'intention. Mais il sait une chose, c'est que dans tous les pays, le processus électoral dans ses différentes composantes fait l'objet de débat public. Ce débat est nécessaire pour éclairer l'opinion, ce débat est indispensable pour conduire le processus vers plus de transparence. Donc un fichier électoral ne peut pas être traité uniquement in-muro, il faut que les partis politiques aient leur mot à dire. Il faudrait que les électeurs sachent ce qui se prépare parce qu'après tout, c'est eux qui vont voter. Il faut qu'ils sachent les problèmes qui sont posés, comment ils sont résolus et comment ils peuvent exercer librement leur droit de vote. C'est une bonne solution que le fichier soit sur Internet et que l'accès soit ouvert à tous les électeurs, à tous les Ivoiriens. Il faudrait féliciter la CEI d'avoir mis ce fichier électoral de 2000 à la disposition des partis politique qui sont en train de transmettre en ce moment leurs observations. C'est une très bonne chose et cela participe de la transparence des élections. Le directeur de l'INS conteste qu'il y ait des irrégularités comme vous le dites et il soutient que si le fichier a été manipulé, c'est depuis les années 90 que ce fichier existe. Sinon c'est une continuité pour l'Etat de renouveler à chaque fois le fichier électoral. Nous sommes bien d'accord avec le principe de la continuité de l'administration. Mais la continuité ne veut pas dire dissimuler, conserver les éventuelles erreurs qui seraient commises par la gestion précédente et les exploiter à son profit. Le principe ne veut pas dire non plus qu'il faut amplifier ces erreurs et les exploiter à des fins partisanes. Il y a eu des élections en 1990, en 1995 et en 2000. Si toutes ces anomalies avaient émaillé le fichier électoral de 2000, le débat aurait eu lieu plus longtemps que prévu. Donc je pense qu'il ne sert à rien de faire diversion. Il faudrait assumer avec honnêteté et courage les erreurs commises et s'engager à les corriger. Mais vouloir trouver des alibis nous conforte dans l'idée qu'on ne veut pas que les élections se passent de la manière la plus propre.
M. le responsable des élections du PDCI, avez-vous le sentiment après analyse que ce fichier de 2000 a été manipulé ?
Nous avons dit très clairement, à la lumière des irrégularités relevées, que le fichier a été tripatouillé. Là-dessus, nous sommes catégorique. Et nous estimons que le fichier en l'état actuel ne peut pas nous servir de base de référence. La CEI doit prendre des initiatives pour nous trouver un fichier électoral acceptable, propre, comme base de référence. Sinon, celui issu de l'INS est contestable à tout point de vue. Le directeur de l'INS estime qu'il n'y a pas eu de manipulation de sa part et que ce sont les partis politiques qui n'ont pas une bonne lecture du fichier ou qui ont pu introduire ces erreurs dans le fichier. Quelle lecture ?
Il ne faut pas prêter aux partis politiques les mauvaises intentions. Vous avez mis à la disposition des partis politiques un fichier, ce fichier a été examiné et des irrégularités ont été relevées. Quel intérêt un parti politique a à tripatouiller un fichier électoral ? C'est une accusation calomnieuse Il faudrait qu'on fasse preuve d'humilité et qu'on reconnaisse ses responsabilités et s'engager à corriger. Mais on ne peut pas accuser les uns et les autres. Je ne crois pas que ce soit la bonne méthode. Il y a eu beaucoup de choses étonnantes dans cette affaire du fichier 2000. D'abord, il vous est difficile d'accéder au contenu du fichier. Lorsque vous accédez au contenu, vous ne pouvez pas éditer. Ensuite, le directeur de l'INS qui demande les raisons de la transmission du fichier aux partis politiques. Et après exploitation, vous y trouvez beaucoup d'anomalies. Il nous a même été rapporté par un élu que tous les fichiers régionaux de la CEI ont été transmis à l'INS central. Alors cela montre qu'il y a eu des man?uvres tendant à s'éloigner de la transparence ?
Le comportement des dirigeants de l'INS suscite effectivement des questions. Ce que je peux dire avec clarté, c'est que de l'étude du fichier électoral, a mis en lumière de très graves anomalies. Ça, nous le savons. Comment et qui l'a tripatouillé, il revient à l'INS de voir sa gestion du dossier. Mais sur la base du résultat de nos investigations, nous tirons une conclusion selon laquelle le fichier électoral de 2000 proposé par l'INS n'est pas crédible. Maintenant, pourquoi la CEI a mis à la disposition des partis politiques le fichier de 2000, qu'est-ce que la CEI pouvait faire d'autre ? Et la réunion au cours de laquelle le fichier électoral de 2000 a été remis aux partis politiques, l'INS était présent. Donc c'est une position qui n'est pas défendable de la part de l'INS. Et il faut que l'INS le retienne une bonne fois pour toutes, toutes les étapes du processus électoral feront l'objet de débat pour aller vers plus de transparence. Que cela soit très clair. Et le débat est indispensable au bon fonctionnement de la démocratie et à la bonne marche du travail de la CEI. La CEI a bien fait de nous transmettre ce fichier électoral. Le rappel des fichiers régionaux, je pense que ça procède d'une méthode de travail, je l'espère, au niveau de l'INS. On ne peut pas commenter outre mesure. Nous, nous avons un seul interlocuteur, c'est la Commission électorale indépendante. C'est elle qui est l'institution chargée de l'ensemble du processus électoral. Donc nous rendons compte à la CEI et la CEI avisera. M. le président, le directeur de l'INS s'est longuement expliqué sur les irrégularités ces derniers temps, pensez-vous que ces explications sont de nature à apaiser vos craintes ?
Les explications de la direction de l'INS sont confuses. Et souvent contradictoires. D'un côté, elle reconnaît qu'il n'y a pas eu d'irrégularités. De l'autre, elle reconnaît qu'il y a des irrégularités mais imputables à ces prédécesseurs. On ne se retrouve pas et ça ne nous rassure pas non plus. Alors qu'il aurait été plus simple de prendre en compte l'ensemble de ces observations et voir comment on peut les corriger. Ça me paraît plus intéressant et même plus honnête. La crédibilité de la liste électorale est indispensable à la transparence des élections. M. le président, il y a un autre débat qui s'est ouvert récemment à Ouaga sur l'opérateur technique pour l'identification qui est SAGEM. Au moment d'entériner le choix, il y a que le camp présidentiel (Tagro Désiré) voudrait voir l'INS encore placé au c?ur du processus d'identification. Alors n'est-ce pas une autre inquiétude qui se dessine à l'horizon ?
Commençons par quelque chose qui est assez simple et sur lequel tout le monde est d'accord. La CEI est l'institution chargée du processus électoral. A partir de là, il y a des opérateurs qui sont chargés d'un certain nombre de tâches. Il y a l'INS et il y a l'opérateur technique qui a été désigné qui est la SAGEM. L'INS et la SAGEM travaillent sous l'autorité de la CEI. Et les discussions à Ouaga achoppent sur le type de collaboration que la SAGEM et l'INS doivent avoir. On constate que la direction de l'INS, aidée par certaines forces politiques tentent de se saisir de l'ensemble du processus électoral. Ce n'est pas acceptable. Les attributions doivent être très claires et chacun doit se limiter à son champ de compétence. Je lis dans certains textes que l'INS est désigné pour effectuer le recensement électoral, établir la liste électorale et produire les cartes électorales. Je ne pense pas que cela soit conforme aux dispositions de l'accord de Ouagadougou, qui définit le rôle de la CEI, de l'INS, de l'ONI et de la CNSI. Il faut qu'on se conforme à ce qui a été signé à Ouagadougou. Et je le dis assez nettement, l'INS ne peut ni se substituer, ni se constituer en goitre au cou de la CEI, il faut que cela soit très clair. Et l'indépendance de la CEI doit être préservée. C'est une volonté des partis politiques, volonté qui a été prise en compte par le législateur, cette indépendance doit s'exercer pleinement. L'INS est une structure d'Etat chapeautée par le gouvernement et qui est sous la tutelle du ministre du Plan. On ne peut pas d'un côté accepter l'indépendance de la CEI et de l'autre, rétrocéder cette indépendance au gouvernement par le biais de l'INS. Il est beaucoup question de la CEI dans ce débat. Croyez-vous que la CEI elle-même devrait intervenir dans ce débat pour ne pas que ses prérogatives soient émiettées et contrôlées par d'autres structures ? Parce qu'on a entendu le directeur de l'INS dire que l'INS et la CEI provenaient du même décret et de la même décision présidentielle. Vous pouvez provenir d'une même décision sans avoir le même poids, le même rôle et les mêmes responsabilités. Donc il faut nuancer ces propos du directeur général de l'INS. La CEI conduit le processus électoral avec beaucoup de sérénité. Et la sérénité est indispensable à la réussite d'une mission aussi délicate que l'organisation des élections. La CEI doit être vigilante et exigeante. Face aux déviances, elle doit prendre et assumer pleinement ses responsabilités. Ne croyez-vous pas que l'accord de Ouaga dans son principe est un peu biaisé ? Puisqu'on parle de questions électorales et aujourd'hui à Ouaga, il n'y a que le camp présidentiel et les Forces nouvelles qui se retrouvent, alors que des partis politiques annoncés aux présidentielles ne sont pas invités à ce débat ?
Je partage votre préoccupation qui me paraît tout à fait pertinente. A la fin de l'année dernière et au début de cette année, c'était le dialogue direct entre les forces belligérantes. Nous allons vers la fin du délai prescrit par l'application de l'accord de Ouagadougou. Il paraît acquis que les élections ne pourront pas se tenir conformément aux délais prévus par l'accord de Ouagadougou. Bien évidemment, ce que vous dites est vrai. A la table de négociation à Ouaga, vous avez un candidat, le chef de l'Etat. Les autres candidats aux prochaines élections et leur parti en sont écartés. Il y a un déséquilibre. Je pense qu'ils doivent être à la table de négociation, puisqu'à cette table, on discute des questions touchant au processus de paix et au processus électoral. Ils sont intéressés en tant que candidats, ils sont intéressés en tant qu'acteurs principaux de la vie politique nationale. Donc à ce titre, je pense qu'ils doivent occuper leur place dans ces négociations comme ça a été le cas pour les différents accords précédents.
Interview réalisée par
Akwaba Saint Clair
Coll : Jules Claver Aka
Commençons par le commencement. C'est le 25 juillet 2007 que la CEI a mis à la disposition des partis politiques le fichier électoral de 2000. Ce fichier est un document important en ce sens que selon l'accord politique de Ouagadougou, tous les électeurs inscrits sur ledit fichier électoral sont présumés ivoiriens et électeurs. Donc c'est un document qui joue un rôle important dans le processus d'identification et des élections. Le document mis à la disposition des partis politiques par la CEI devrait être examiné et les observations transmises à la CEI. On a été confronté dès le départ à deux types de difficultés. La première, c'est que le DVD qui nous a été remis était muni d'un code. Pour accéder au contenu du DVD, il fallait avoir recours à l'assistance de l'INS. Le PDCI l'a fait. La seconde difficulté, c'est que ce fichier électoral de 2000 était en simple lecture disponible et non imprimable. Ce qui rend encore plus complexe l'exploitation du document. Le parti s'est mis au travail, nous avons commencé l'étude du fichier électoral selon deux méthodes. La première, nous avons croisé le fichier électoral 2000 avec le décret N°2004-647 du 30 août 2000 fixant le nombre de bureaux de vote pour les élections générales de l'an 2000. Nous avons, dans la seconde méthode, mis ce fichier à la disposition de nos leaders locaux (les délégués départementaux et communaux, les secrétaires de section et les présidents de comité de base) pour qu'ils fassent des investigations approfondies sur le terrain. Ces deux méthodes combinées nous ont amené à faire des observations, notamment à relever des irrégularités de plusieurs types. Quelles sont ces irrégularités ? Pouvez-vous mentionner quelques unes ?
Les erreurs alpha numériques sont légion sur ce fichier électoral. Nous avons constaté de nombreuses omissions de lieux de vote, de bureaux de vote et des électeurs et mais aussi des bureaux de vote virtuels, c'est-à-dire fictifs. Nous avons relevé des transferts d'électeurs de circonscription à circonscription. Il s'agit des électeurs d'une circonscription donnée sur le fichier de 2000 qui se sont retrouvés dans d'autres circonscriptions. Bien sûr, il existe encore sur la liste électorale de 2000, des électeurs décédés. Mais cela peut se comprendre d'une certaine manière. Voilà les différents types d'irrégularités que nous avons relevées. Nous avons fait deux rapports à la CEI, contenant nos observations. Voilà où nous en sommes à l'heure où je vous parle.
Ce fichier contient des irrégularités selon vous, n'est-ce pas pour cette raison que l'INS était réticent quand la CEI lui a demandé le fichier de 2000 pour le mettre à la disposition des partis politiques ? Au cours de sa dernière conférence de presse, le directeur de l'INS a dit qu'il était hésitant parce que pour lui, il n'était pas question de remettre ce fichier aux partis politiques.
Je ne veux pas lui faire un procès d'intention. Mais il sait une chose, c'est que dans tous les pays, le processus électoral dans ses différentes composantes fait l'objet de débat public. Ce débat est nécessaire pour éclairer l'opinion, ce débat est indispensable pour conduire le processus vers plus de transparence. Donc un fichier électoral ne peut pas être traité uniquement in-muro, il faut que les partis politiques aient leur mot à dire. Il faudrait que les électeurs sachent ce qui se prépare parce qu'après tout, c'est eux qui vont voter. Il faut qu'ils sachent les problèmes qui sont posés, comment ils sont résolus et comment ils peuvent exercer librement leur droit de vote. C'est une bonne solution que le fichier soit sur Internet et que l'accès soit ouvert à tous les électeurs, à tous les Ivoiriens. Il faudrait féliciter la CEI d'avoir mis ce fichier électoral de 2000 à la disposition des partis politique qui sont en train de transmettre en ce moment leurs observations. C'est une très bonne chose et cela participe de la transparence des élections. Le directeur de l'INS conteste qu'il y ait des irrégularités comme vous le dites et il soutient que si le fichier a été manipulé, c'est depuis les années 90 que ce fichier existe. Sinon c'est une continuité pour l'Etat de renouveler à chaque fois le fichier électoral. Nous sommes bien d'accord avec le principe de la continuité de l'administration. Mais la continuité ne veut pas dire dissimuler, conserver les éventuelles erreurs qui seraient commises par la gestion précédente et les exploiter à son profit. Le principe ne veut pas dire non plus qu'il faut amplifier ces erreurs et les exploiter à des fins partisanes. Il y a eu des élections en 1990, en 1995 et en 2000. Si toutes ces anomalies avaient émaillé le fichier électoral de 2000, le débat aurait eu lieu plus longtemps que prévu. Donc je pense qu'il ne sert à rien de faire diversion. Il faudrait assumer avec honnêteté et courage les erreurs commises et s'engager à les corriger. Mais vouloir trouver des alibis nous conforte dans l'idée qu'on ne veut pas que les élections se passent de la manière la plus propre.
M. le responsable des élections du PDCI, avez-vous le sentiment après analyse que ce fichier de 2000 a été manipulé ?
Nous avons dit très clairement, à la lumière des irrégularités relevées, que le fichier a été tripatouillé. Là-dessus, nous sommes catégorique. Et nous estimons que le fichier en l'état actuel ne peut pas nous servir de base de référence. La CEI doit prendre des initiatives pour nous trouver un fichier électoral acceptable, propre, comme base de référence. Sinon, celui issu de l'INS est contestable à tout point de vue. Le directeur de l'INS estime qu'il n'y a pas eu de manipulation de sa part et que ce sont les partis politiques qui n'ont pas une bonne lecture du fichier ou qui ont pu introduire ces erreurs dans le fichier. Quelle lecture ?
Il ne faut pas prêter aux partis politiques les mauvaises intentions. Vous avez mis à la disposition des partis politiques un fichier, ce fichier a été examiné et des irrégularités ont été relevées. Quel intérêt un parti politique a à tripatouiller un fichier électoral ? C'est une accusation calomnieuse Il faudrait qu'on fasse preuve d'humilité et qu'on reconnaisse ses responsabilités et s'engager à corriger. Mais on ne peut pas accuser les uns et les autres. Je ne crois pas que ce soit la bonne méthode. Il y a eu beaucoup de choses étonnantes dans cette affaire du fichier 2000. D'abord, il vous est difficile d'accéder au contenu du fichier. Lorsque vous accédez au contenu, vous ne pouvez pas éditer. Ensuite, le directeur de l'INS qui demande les raisons de la transmission du fichier aux partis politiques. Et après exploitation, vous y trouvez beaucoup d'anomalies. Il nous a même été rapporté par un élu que tous les fichiers régionaux de la CEI ont été transmis à l'INS central. Alors cela montre qu'il y a eu des man?uvres tendant à s'éloigner de la transparence ?
Le comportement des dirigeants de l'INS suscite effectivement des questions. Ce que je peux dire avec clarté, c'est que de l'étude du fichier électoral, a mis en lumière de très graves anomalies. Ça, nous le savons. Comment et qui l'a tripatouillé, il revient à l'INS de voir sa gestion du dossier. Mais sur la base du résultat de nos investigations, nous tirons une conclusion selon laquelle le fichier électoral de 2000 proposé par l'INS n'est pas crédible. Maintenant, pourquoi la CEI a mis à la disposition des partis politiques le fichier de 2000, qu'est-ce que la CEI pouvait faire d'autre ? Et la réunion au cours de laquelle le fichier électoral de 2000 a été remis aux partis politiques, l'INS était présent. Donc c'est une position qui n'est pas défendable de la part de l'INS. Et il faut que l'INS le retienne une bonne fois pour toutes, toutes les étapes du processus électoral feront l'objet de débat pour aller vers plus de transparence. Que cela soit très clair. Et le débat est indispensable au bon fonctionnement de la démocratie et à la bonne marche du travail de la CEI. La CEI a bien fait de nous transmettre ce fichier électoral. Le rappel des fichiers régionaux, je pense que ça procède d'une méthode de travail, je l'espère, au niveau de l'INS. On ne peut pas commenter outre mesure. Nous, nous avons un seul interlocuteur, c'est la Commission électorale indépendante. C'est elle qui est l'institution chargée de l'ensemble du processus électoral. Donc nous rendons compte à la CEI et la CEI avisera. M. le président, le directeur de l'INS s'est longuement expliqué sur les irrégularités ces derniers temps, pensez-vous que ces explications sont de nature à apaiser vos craintes ?
Les explications de la direction de l'INS sont confuses. Et souvent contradictoires. D'un côté, elle reconnaît qu'il n'y a pas eu d'irrégularités. De l'autre, elle reconnaît qu'il y a des irrégularités mais imputables à ces prédécesseurs. On ne se retrouve pas et ça ne nous rassure pas non plus. Alors qu'il aurait été plus simple de prendre en compte l'ensemble de ces observations et voir comment on peut les corriger. Ça me paraît plus intéressant et même plus honnête. La crédibilité de la liste électorale est indispensable à la transparence des élections. M. le président, il y a un autre débat qui s'est ouvert récemment à Ouaga sur l'opérateur technique pour l'identification qui est SAGEM. Au moment d'entériner le choix, il y a que le camp présidentiel (Tagro Désiré) voudrait voir l'INS encore placé au c?ur du processus d'identification. Alors n'est-ce pas une autre inquiétude qui se dessine à l'horizon ?
Commençons par quelque chose qui est assez simple et sur lequel tout le monde est d'accord. La CEI est l'institution chargée du processus électoral. A partir de là, il y a des opérateurs qui sont chargés d'un certain nombre de tâches. Il y a l'INS et il y a l'opérateur technique qui a été désigné qui est la SAGEM. L'INS et la SAGEM travaillent sous l'autorité de la CEI. Et les discussions à Ouaga achoppent sur le type de collaboration que la SAGEM et l'INS doivent avoir. On constate que la direction de l'INS, aidée par certaines forces politiques tentent de se saisir de l'ensemble du processus électoral. Ce n'est pas acceptable. Les attributions doivent être très claires et chacun doit se limiter à son champ de compétence. Je lis dans certains textes que l'INS est désigné pour effectuer le recensement électoral, établir la liste électorale et produire les cartes électorales. Je ne pense pas que cela soit conforme aux dispositions de l'accord de Ouagadougou, qui définit le rôle de la CEI, de l'INS, de l'ONI et de la CNSI. Il faut qu'on se conforme à ce qui a été signé à Ouagadougou. Et je le dis assez nettement, l'INS ne peut ni se substituer, ni se constituer en goitre au cou de la CEI, il faut que cela soit très clair. Et l'indépendance de la CEI doit être préservée. C'est une volonté des partis politiques, volonté qui a été prise en compte par le législateur, cette indépendance doit s'exercer pleinement. L'INS est une structure d'Etat chapeautée par le gouvernement et qui est sous la tutelle du ministre du Plan. On ne peut pas d'un côté accepter l'indépendance de la CEI et de l'autre, rétrocéder cette indépendance au gouvernement par le biais de l'INS. Il est beaucoup question de la CEI dans ce débat. Croyez-vous que la CEI elle-même devrait intervenir dans ce débat pour ne pas que ses prérogatives soient émiettées et contrôlées par d'autres structures ? Parce qu'on a entendu le directeur de l'INS dire que l'INS et la CEI provenaient du même décret et de la même décision présidentielle. Vous pouvez provenir d'une même décision sans avoir le même poids, le même rôle et les mêmes responsabilités. Donc il faut nuancer ces propos du directeur général de l'INS. La CEI conduit le processus électoral avec beaucoup de sérénité. Et la sérénité est indispensable à la réussite d'une mission aussi délicate que l'organisation des élections. La CEI doit être vigilante et exigeante. Face aux déviances, elle doit prendre et assumer pleinement ses responsabilités. Ne croyez-vous pas que l'accord de Ouaga dans son principe est un peu biaisé ? Puisqu'on parle de questions électorales et aujourd'hui à Ouaga, il n'y a que le camp présidentiel et les Forces nouvelles qui se retrouvent, alors que des partis politiques annoncés aux présidentielles ne sont pas invités à ce débat ?
Je partage votre préoccupation qui me paraît tout à fait pertinente. A la fin de l'année dernière et au début de cette année, c'était le dialogue direct entre les forces belligérantes. Nous allons vers la fin du délai prescrit par l'application de l'accord de Ouagadougou. Il paraît acquis que les élections ne pourront pas se tenir conformément aux délais prévus par l'accord de Ouagadougou. Bien évidemment, ce que vous dites est vrai. A la table de négociation à Ouaga, vous avez un candidat, le chef de l'Etat. Les autres candidats aux prochaines élections et leur parti en sont écartés. Il y a un déséquilibre. Je pense qu'ils doivent être à la table de négociation, puisqu'à cette table, on discute des questions touchant au processus de paix et au processus électoral. Ils sont intéressés en tant que candidats, ils sont intéressés en tant qu'acteurs principaux de la vie politique nationale. Donc à ce titre, je pense qu'ils doivent occuper leur place dans ces négociations comme ça a été le cas pour les différents accords précédents.
Interview réalisée par
Akwaba Saint Clair
Coll : Jules Claver Aka