Aller au contenu
Le Front
· 3 min de lecture

Une régression inattendue

En dépit de l'Apo qui indique la voie d'une grande ouverture, la question des media d'Etat reste posée. La Rti est, en effet, plus que jamais aux mains du régime Fpi. Elle est tenue d'une main de fer par un patriote ?'pur sucre'' qui ne se gêne pas pour passer l'aspirateur et débarrasser la ?'maison bleue'' de ceux qui semblent avoir des atomes crochus avec l'opposition.


Dernier exemple en date, Barthélémy Inabo Zouzoua (Biz), le célèbre animateur télé et, ci-devant, patron de Rti-Music, a été débarqué. Que reproche donc Brou Amessan, le patriote-faucon, Dg (par intérim) de la Rti à Biz ? Sans doute sa tiédeur patriotique. Certains lui ont collé l'étiquette de militant ou sympathisant du Rdr. Ceci pourrait, peut-être, expliquer cela. Autrement, au plan professionnel, Biz est, certainement, des plus ?'cotés'' de la Rti. La preuve, il a réussi à faire de Rti-Music une structure quasi-in-contournable dans le milieu du show-biz. Avec Brou Amessan, aux commandes, la Rti semble devenir une société où le mérite se mesure en termes de mépris de l'opposition, de la France, de l'Onu. Conséquence : la télévision ivoirienne ne fait plus rêver. Elle est désormais insipide, désespérément inattrayante et pâle. Elle accumule les insuffisances et les faiblesses. On retrouve aussi, moins rarement que par le passé, des gens de radio Côte d'Ivoire sur le petit écran sans que rien ne puisse justifier ce changement de statut et de grade. En quelque sorte des paltoquets. Mais ceci concerne la forme. Pour le fond, la Rti, on l'a dit, roule pour le parti présidentiel, le Fpi dont les manifestations et celles de ses ?'satellites'' sont largement couvertes. On voit, de fait, de moins en moins, les partis de l'opposition à la télévision. On pourrait même dire qu'ils sont en voie de disparition. Ainsi bien sur la 1ère que sur la 2ème chaîne. Ils ont été relégués à la marge par le tout-puissant ?'patriote DG''. Insidieusement, la Rti est en train de changer de statut : de media public, elle est, de facto, devenue un media privé. N'est-elle pas au service exclusif de la Refondation ? N'est-elle pas un service à la gloire de Laurent Gbagbo et de lui seul ? La Rti n'a donc plus désormais de media public que le nom postiche. Puisqu'elle ne sert plus la cause de la nation, mais celle d'un parti, d'une coterie. On pousse un peu le trait mais la réalité n'est pas loin de ce qui pourrait ressembler à une caricature. Il y a eu ?'Radio Moscou'' au temps triomphant du parti unique avec le Pdci. Il y a aujourd'hui ?'Télé Gbagbo'' avec le Fpi. C'est une régression inattendue et anachronique à une époque où on fait partout dans le monde l'apologie de la démocratie, de la liberté de pensée et de parole. Cela est d'autant plus regrettable que l'actuel chef de l'Etat fut un ardent partisan de la libération des media publics. ?'Lorsque je descends dans un hôtel lors de mes voyages à l'extérieur, la première chose que je fais, c'est de tourner le bouton de la télé, elle situe le degré de démocratie d'un pays'', disait-il naguère. Les temps ont bien changé. S'il lui arrivait que de tourner le bouton de sa télé, il verrait le degré de la démocratie dans le pays qu'il dirige ne renvoie que ses images à ses compatriotes. Quant à la démocratie, elle est en dessous de Zéro. Hélas !



Honoré Sépé

Dans cet article

Article publié par Le Front et référencé par 225.ci.