Interview exclusive-Karamoko Yayoro (RJR): "La violence n`apporte rien"
M. Karamoko Yayoro est le président de la jeunesse du RDR, un parti marqué par une réputation sulfureuse. Dans cette`interview qu`il a accordée à Notre Voie, le leader de la jeunesse des Républicains parle du séminaire des jeunes sur l`Accord de Ouaga, de la violence, des événements de Novembre 2004 et de l`élection présidentielle. Entretien.
Notre Voie : M. Karamoko Yayoro, vous êtes le président de Rassemblement des Jeunes républicains (RJR), C`est-à-dire, la jeunesse du RDR. Aujourd`hui, lorsque vous jetez un regard sur la situation politique en Côte d`Ivoire, quel commentaire faites-vous ?
Karamoko Yayoro : Je voudrais d`abord saisir l`opportunité qui m`est offerte pour remercier la direction de Notre Voie parce que je pense qu`il est toujours intéressant, dans le cadre de la démocratie, en tant que leader d`opinion, que nous puissions nous adresser à la population dans toute sa composante. Donc, je suis très heureux d`échanger avec vous et j`ose espérer qu`à partir de cette interview, les gens auront une autre vision du RDR du Docteur Alassane Dramane Ouattara (ADO) et, certainement, de Karamoko Yayoro qu`ils ont connu par ailleurs en tant que responsable dans la FESCI.
Au niveau de l`actualité, je pense que nous sommes dans une procédure qui consiste à faire en sorte que nous entrions de plein fouet dans la sortie de crise. Pour moi, c`est un processus, ce qui veut dire que la confiance n`est pas encore installée, ce qui veut dire qu`il y a encore des ressentiments, ce qui veut dire que des gens s`accrochent plus ou moins encore à des choses qui sont passées. Nous voulons donc que nous allions à la paix. Une fois qu`on sera en paix, cela veut dire qu`il n`y aura plus de ressentiments. Donc nous exhortons l`ensemble des acteurs politiques, l`ensemble de tous ceux qui oeuvrent, de façon effective et au quotidien à la vie de la nation, à faire preuve de dépassement. Parce que c`est ainsi qu`on construit une grande nation. Or, nous voulons que la Côte d`Ivoire soit une grande nation. Une nation qui compte non seulement en Afrique, mais aussi dans le monde. C`est notre souhait.
N.V. : Dans le cadre de l`application de l`Accord politique de Ouaga, le Premier ministre a initié un séminaire à l`intention des jeunes pour vous faire partager les résolutions de cet accord et vous impliquer dans sa mise en ?uvre. Le RJR a pris une part active à ce séminaire. Qu`est-ce que vous en avez retenu ?
K.Y. : Je retiens que les jeunes veulent aller à la paix. Les jeunes qui, depuis le début et même tout le long de cette crise, ont joué un grand rôle veulent aller à la paix. Nous avons travaillé dans la fraternité, la convivialité et certainement avec beaucoup de complicité. Et cela nous a permis de comprendre que lorsqu`il s`agit de la nation, lorsqu`il s`agit de la Côte d`Ivoire, les Ivoiriens peuvent faire preuve de beaucoup de dépassement. Parce qu`il faut le reconnaître, la nation est au dessus de tout. Les hommes passent, les structures peuvent même passer, mais la nation reste. Il faut que les Ivoiriens le comprennent et qu`ils agissent dans ce sens.
N.V. : L`une des résolutions de ce séminaire a été le code de bonne conduite des jeunes. Et dans l`article 6, il est dit clairement que les mouvements de jeunesse des forces politiques signataires de l`Accord politique de Ouagadougou s`engagent à favoriser un dialogue modéré et à consolider un cadre permanent de concertation. Est-ce qu`au niveau du RJR, vous pensez que cet article peut-être appliqué à la lettre ?
K.Y. : On ne devrait pas poser cette question au RJR. D`ailleurs, je voudrais compléter que c`est le code de bonne conduite des jeunes pour une sortie de crise pacifique et pour une vie sociopolitique apaisée. Je dis qu`on ne devrait pas poser cette question au RJR parce qu`on se rappelle tous que le RJR était partie prenante de la signature des accords de paix du Café de Versailles le 28 juillet 2006. Donc, on ne peut pas dire que le RJR n`est pas pour la paix. Depuis que je suis là, nous avons toujours tendu la main aux autres en disant mettons de côté la violence et donnons force aux arguments parce que nous voulons une vie politique moderne, nous voulons une vie politique apaisée .
Si vous prenez toutes mes interviews depuis les premières jusqu`aujourd`hui, vous le constaterez. Pour nous, les hommes doivent comprendre que dans cette bataille que nous menons, ce qui compte, c`est la confrontation des idées, la confrontation des programmes. Et qu`au-delà de tout, on peut être d`une région, d`un peuple et soutenir quelqu`un d`autre parce qu`on pense qu`il a une meilleure vision pour la Côte d`Ivoire. J`aime à le dire. On va à la conquête du pouvoir d`Etat avec un groupe d`hommes mais une fois qu`on l`a, c`est pour l`ensemble du peuple. Je ne peux donc pas comprendre que des gens croient que, quand ils auront le pouvoir d`Etat, ça sera juste pour leur groupe. C`est la raison pour laquelle nous disons que notre philosophie, c`est de vivre ensemble. C`est-à-dire l`ouverture, la cohabitation pacifique et fraternelle. Et c`est ce que nous souhaitons pour l`ensemble des acteurs politiques. Il faut qu`on ouvre maintenant notre esprit. Et qu`on se dise que ce que nous faisons, c`est pour la Côte d`Ivoire. Mais quoiqu`on fasse, quelle que soit la durée de notre mandat, ça sera une goutte d`eau dans l`avenir de la nation.
N.V. : La jeunesse a toujours été le fer de lance d`une structure politique. Et en ce qui concerne le RDR, la jeunesse a été perçue par une frange de l`opinion comme une jeunesse bagarreuse, violente qui va toujours au charbon avec des méthodes on ne peut plus violentes. Alors, aujourd`hui, lorsque vous prônez la non-violence, est-ce que vous n`êtes pas en déphasage avec ce que les gens constatent sur le terrain en général ?
K.Y. : Cela veut dire que les gens ont toujours une mauvaise image du
RJR. Prenons la vie politique en Côte d`Ivoire. Lorsqu`il y a les grandes crises, ce n`est pas le RJR qui a toujours posé des actes violents en Côte d`Ivoire. Quand on prend cette crise que nous vivons, on voit que le RJR n`était pas parmi ceux qui ont cassé les baraques des autres, qui en cassant les entreprises, ont mis beaucoup d`Ivoiriens à la rue. Il n`était pas parmi ceux qui allaient devant les ambassades et qui brandissaient des slogans. Le RJR n`était pas parmi ceux qui crachaient sur les étrangers, sur les blancs. Et nous ne sommes pas parmi ceux qui étaient toujours en train de barrer les rues.
N.V. : Monsieur le président du RJR, vous dites que vous n`étiez pas de ceux qui ont attaqué les étrangers, les Ivoiriens ; vous n`étiez pas de ceux qui ont brûlé des maisons. En choisissant ces exemples, n`êtes-vous pas en train de dire que vous ne faisiez pas partie de ces jeunes qui ont lutté contre l`agression de leur pays, que vous étiez en marge donc, de cette révolution de la jeunesse ?
K.Y. : Je ne sais pas si c`est cela la révolution. Mais c`est une révolution vers la violence inutile parce que lorsqu`on fait une révolution, elle a des objectifs, des méthodes. Quel était l`objectif de cette révolution ? L`objectif était-il de servir les Ivoiriens ? Or, on n`y admettait pas que ceux qui n`étaient pas de la chapelle soient dans les manifestations, vous étiez considérez comme l`ennemi.
N.V. : Mais, il y avait toutes les ethnies et toutes les couleurs politiques ces jours là dans la rue ?
K.Y. : Non, non. Par exemple, M. Coulibaly pouvait passer inaperçu. Mais quand on va voir la tête de M. Karamoko Yayoro dans la manifestation, on ne l`écoutera pas. Il sera tout de suite lynché.
N.V. : Est-ce que vous avez essayé ?
K.Y. : Pardon ?
N.V. : Est-ce que vous avez essayé de participer à ces manifestations contre l`agression du pays ?
K.Y. : On essaie ce qui doit être essayé. Parce que quand on a déjà étiqueté des gens, quand on va à la télé pour leur dire ce sont ceux là, c`est le leader de tel parti qui a fait ci, qui à fait ça?, c`est que déjà, on ne peut pas essayer. Quand déjà, on est venu brûler le siège du RDR, après qu`on a tenté de casser ta maison , après qu`on a brûlé la maison du leader du RDR, qu`on a tenté de l`assassiner, vous n`allez pas vous levez pour dire, vraiment je ne suis pas concerné ! . Mais le siège même du RDR où on parle aujourd`hui, il a été brûlé au cours de cette manifestation. La maison où il vivait également a été brûlée. Je peux vous montrer la maison du ministre Amon Tanoh. Elle a été cassée. Elle n`a pas encore été réparée. Et ainsi de suite. Par exemple la compagnie SITO qui appartenait à Monsieur Ouattara Zanga, est le grand chancelier du RDR, a eu 5 cars brûlés...
N.V. : Cela justifie-t-il que le RDR et sa jeunesse aient une réaction violente ?
K.Y. : Non, dans l`action, nous ne faisons que réagir parce que nous aussi, nous avons notre droit de réaction. Nous voulons avoir notre droit d`exister et d`existence. On ne peut pas laisser des gens nous écraser. Il faut toujours développer des rapports de force. Le rapport de force que nous voulons maintenant, c`est le rapport de force intellectuel. Qu`on aille au débat, à la confrontation des idées, des programmes et d`autres choses. Mais nous voulons éviter l`action violente parce que ça n`apporte pas beaucoup à la Nation ivoirienne. Mais, je le dis toujours, personne ne peut nous imposer un autre argument. Quelque soit l`argument, nous relèverons le défi. Mais cela ne veut pas dire que le RDR ou que le RJR est violent.
N.V. : Est-ce l`étiquette de violence qu`on vous colle n`est pas due à l`ambiguïté du discours de vos leaders ?
K.Y. : Non, non, il n`y a pas d`ambiguïté, mais il y avait une vision. Les gens avaient des comptes à régler. Et ils se sont attelés à les régler sans se dire qu`eux aussi, ils pouvaient être victimes de ce qui se passait. Et c`est pour cela que d`autres aussi, se sont attribués des combats. Mais ce n`était pas une révolution. Une révolution ne se mène pas comme ça, pour ce que je sais. Une révolution a des objectifs : utiliser des armes et avoir des résultats. Quel est le résultat de cette révolution ? Moi, je ne vois pas.
N.V. : Prenons un cas précis de ces violences dont vous parlez. Il y a eu un bombardement au camp militaire français à Bouaké, en novembre 2004. Et immédiatement toute la flotte ivoirienne a été détruite par l`armée française. En tant que mouvement ivoirien, lorsqu`on a détruit la flotte de son pays, comment le RJR a-t-il apprécié cet acte ? Et ensuite lorsque des jeunes ivoiriens ont été tué devant l`hôtel Ivoire, quel a été au niveau du RJR, les appréciations de ces tueries ? Pourquoi n`a-t-on pas vu de déclaration de compassion ?
K.Y. : La crise que connaît la Côte d`Ivoire n`a pas commencé en 2004. Bien avant, notre siège et la maison du président du RDR, le Docteur Alassane Dramane Ouattara, ont été brûlés. En 2002, la maison du ministre Amon Tanoh a été saccagée. Bien avant 2004, les cars de la compagnie SITO ont été brûlés. Il ne faudrait pas que les journalistes ivoiriens oublient la chronologie des faits. Mais nous avons, en son temps, condamné toute forme de violence. Parce que nous estimons que la vie est tellement chère que le premier élément de développement d`un pays ou d`une nation, c`est l`homme. Il peut avoir la richesse et d`autres choses, ce sont les potentialités. Mais pour mettre en valeur cette richesse, ce sont les hommes qui font ce travail. C`est la raison pour laquelle nous avons dit qu`il faut toujours éviter la violence. Et je pense que tout le monde est en train de le comprendre. Mais nous disions aussi qu`il ne faut pas croire que quand nous disions que nous ne voulons pas de la violence, c`est parce que nous sommes les plus peureux du groupe, non. C`est parce que nous sommes sûr de notre force et que nous ne voulons pas avoir à l`utiliser négativement. Nous voulons utiliser toutes les énergies que nous avons dans le sens du développement de la Côte d`Ivoire. Voilà ce que nous souhaitons. Je voudrais vraiment en arriver là parce que j`ai tiré des leçons de mon passage à la FESCI de 1990 à 1998. Et je me suis dit que ce qui importe, c`est la nation. Tout le reste, on peut se crier, on peut se taper dessus, mais ce n`est pas ça l`essentiel surtout au niveau politique...
N.V. : Donc le RJR a vécu de façon passive ce qui s`est passé ?
K.Y. : Le RJR n`a pas vécu de façon passive ce qui s`est passé. Il a vécu dans la clandestinité du fait des pressions exercées sur ses dirigeants et parfois même sur ses militants. Il s`est organisé pour participer à la vie politique. Et il a indiqué la voie pour que nous allions aux élections, nous allions au dialogue. Et je crois que c`est ça l`essentiel. Mais je crois qu`il faut éviter les amalgames. Moi, je ne suis pas dans les amalgames. Je veux qu`on fasse le pas positif. Il y a une crise, c`est vrai. Il y a des causes mais quand on reste à s`accrocher à ce qui s`est passé, on n`avance pas.
N.V. : Avançons donc. Vous prenez l`engagement d`aller aux élections. Supposons, qu`au soir du scrutin présidentiel qui aura lieu, le candidat du RDR sorte perdant, quel va être l`attitude du RJR ?
K.Y. : Non, le candidat du RDR, objectivement, véritablement, ne peut pas perdre les élections parce que nous avons parcouru le pays. Et depuis, mon arrivée, nous sommes en train de travailler avec nos parents. Et puis, ceux qui, avant, nous étaient hostiles, depuis un certain temps, sont en train de nous ouvrir leur porte.
NV : Si le RDR perd, est-ce qu`il acceptera les résultats ?
K.Y. : Je puis vous dire que vraiment, nous sommes sur la bonne voie. Et même les analystes de la vie sociopolitique en Côte d`Ivoire savent que nous sommes sur la bonne voie. Et que nous ne pouvons pas perdre. Mais nous avons aussi dit à Grand-Bassam que si les élections présidentielles sont justes et transparentes, ouvertes à tous et démocratiques, il faut accepter les résultats des urnes. Parce qu`en Afrique, il faut qu`on sache que quand on va à une compétition, il y a un vainqueur, un vaincu et des vaincus. Puisque de toutes les façons, il ne peut avoir qu`un seul gagnant.
Interview réalisée par
Dan Opéli, Coulibaly Zié Oumar
Coll : Elisée Gonçalves
Demain, la suivre.
Par Dan Opéli et Coulibaly Zié Oumar
Notre Voie : M. Karamoko Yayoro, vous êtes le président de Rassemblement des Jeunes républicains (RJR), C`est-à-dire, la jeunesse du RDR. Aujourd`hui, lorsque vous jetez un regard sur la situation politique en Côte d`Ivoire, quel commentaire faites-vous ?
Karamoko Yayoro : Je voudrais d`abord saisir l`opportunité qui m`est offerte pour remercier la direction de Notre Voie parce que je pense qu`il est toujours intéressant, dans le cadre de la démocratie, en tant que leader d`opinion, que nous puissions nous adresser à la population dans toute sa composante. Donc, je suis très heureux d`échanger avec vous et j`ose espérer qu`à partir de cette interview, les gens auront une autre vision du RDR du Docteur Alassane Dramane Ouattara (ADO) et, certainement, de Karamoko Yayoro qu`ils ont connu par ailleurs en tant que responsable dans la FESCI.
Au niveau de l`actualité, je pense que nous sommes dans une procédure qui consiste à faire en sorte que nous entrions de plein fouet dans la sortie de crise. Pour moi, c`est un processus, ce qui veut dire que la confiance n`est pas encore installée, ce qui veut dire qu`il y a encore des ressentiments, ce qui veut dire que des gens s`accrochent plus ou moins encore à des choses qui sont passées. Nous voulons donc que nous allions à la paix. Une fois qu`on sera en paix, cela veut dire qu`il n`y aura plus de ressentiments. Donc nous exhortons l`ensemble des acteurs politiques, l`ensemble de tous ceux qui oeuvrent, de façon effective et au quotidien à la vie de la nation, à faire preuve de dépassement. Parce que c`est ainsi qu`on construit une grande nation. Or, nous voulons que la Côte d`Ivoire soit une grande nation. Une nation qui compte non seulement en Afrique, mais aussi dans le monde. C`est notre souhait.
N.V. : Dans le cadre de l`application de l`Accord politique de Ouaga, le Premier ministre a initié un séminaire à l`intention des jeunes pour vous faire partager les résolutions de cet accord et vous impliquer dans sa mise en ?uvre. Le RJR a pris une part active à ce séminaire. Qu`est-ce que vous en avez retenu ?
K.Y. : Je retiens que les jeunes veulent aller à la paix. Les jeunes qui, depuis le début et même tout le long de cette crise, ont joué un grand rôle veulent aller à la paix. Nous avons travaillé dans la fraternité, la convivialité et certainement avec beaucoup de complicité. Et cela nous a permis de comprendre que lorsqu`il s`agit de la nation, lorsqu`il s`agit de la Côte d`Ivoire, les Ivoiriens peuvent faire preuve de beaucoup de dépassement. Parce qu`il faut le reconnaître, la nation est au dessus de tout. Les hommes passent, les structures peuvent même passer, mais la nation reste. Il faut que les Ivoiriens le comprennent et qu`ils agissent dans ce sens.
N.V. : L`une des résolutions de ce séminaire a été le code de bonne conduite des jeunes. Et dans l`article 6, il est dit clairement que les mouvements de jeunesse des forces politiques signataires de l`Accord politique de Ouagadougou s`engagent à favoriser un dialogue modéré et à consolider un cadre permanent de concertation. Est-ce qu`au niveau du RJR, vous pensez que cet article peut-être appliqué à la lettre ?
K.Y. : On ne devrait pas poser cette question au RJR. D`ailleurs, je voudrais compléter que c`est le code de bonne conduite des jeunes pour une sortie de crise pacifique et pour une vie sociopolitique apaisée. Je dis qu`on ne devrait pas poser cette question au RJR parce qu`on se rappelle tous que le RJR était partie prenante de la signature des accords de paix du Café de Versailles le 28 juillet 2006. Donc, on ne peut pas dire que le RJR n`est pas pour la paix. Depuis que je suis là, nous avons toujours tendu la main aux autres en disant mettons de côté la violence et donnons force aux arguments parce que nous voulons une vie politique moderne, nous voulons une vie politique apaisée .
Si vous prenez toutes mes interviews depuis les premières jusqu`aujourd`hui, vous le constaterez. Pour nous, les hommes doivent comprendre que dans cette bataille que nous menons, ce qui compte, c`est la confrontation des idées, la confrontation des programmes. Et qu`au-delà de tout, on peut être d`une région, d`un peuple et soutenir quelqu`un d`autre parce qu`on pense qu`il a une meilleure vision pour la Côte d`Ivoire. J`aime à le dire. On va à la conquête du pouvoir d`Etat avec un groupe d`hommes mais une fois qu`on l`a, c`est pour l`ensemble du peuple. Je ne peux donc pas comprendre que des gens croient que, quand ils auront le pouvoir d`Etat, ça sera juste pour leur groupe. C`est la raison pour laquelle nous disons que notre philosophie, c`est de vivre ensemble. C`est-à-dire l`ouverture, la cohabitation pacifique et fraternelle. Et c`est ce que nous souhaitons pour l`ensemble des acteurs politiques. Il faut qu`on ouvre maintenant notre esprit. Et qu`on se dise que ce que nous faisons, c`est pour la Côte d`Ivoire. Mais quoiqu`on fasse, quelle que soit la durée de notre mandat, ça sera une goutte d`eau dans l`avenir de la nation.
N.V. : La jeunesse a toujours été le fer de lance d`une structure politique. Et en ce qui concerne le RDR, la jeunesse a été perçue par une frange de l`opinion comme une jeunesse bagarreuse, violente qui va toujours au charbon avec des méthodes on ne peut plus violentes. Alors, aujourd`hui, lorsque vous prônez la non-violence, est-ce que vous n`êtes pas en déphasage avec ce que les gens constatent sur le terrain en général ?
K.Y. : Cela veut dire que les gens ont toujours une mauvaise image du
RJR. Prenons la vie politique en Côte d`Ivoire. Lorsqu`il y a les grandes crises, ce n`est pas le RJR qui a toujours posé des actes violents en Côte d`Ivoire. Quand on prend cette crise que nous vivons, on voit que le RJR n`était pas parmi ceux qui ont cassé les baraques des autres, qui en cassant les entreprises, ont mis beaucoup d`Ivoiriens à la rue. Il n`était pas parmi ceux qui allaient devant les ambassades et qui brandissaient des slogans. Le RJR n`était pas parmi ceux qui crachaient sur les étrangers, sur les blancs. Et nous ne sommes pas parmi ceux qui étaient toujours en train de barrer les rues.
N.V. : Monsieur le président du RJR, vous dites que vous n`étiez pas de ceux qui ont attaqué les étrangers, les Ivoiriens ; vous n`étiez pas de ceux qui ont brûlé des maisons. En choisissant ces exemples, n`êtes-vous pas en train de dire que vous ne faisiez pas partie de ces jeunes qui ont lutté contre l`agression de leur pays, que vous étiez en marge donc, de cette révolution de la jeunesse ?
K.Y. : Je ne sais pas si c`est cela la révolution. Mais c`est une révolution vers la violence inutile parce que lorsqu`on fait une révolution, elle a des objectifs, des méthodes. Quel était l`objectif de cette révolution ? L`objectif était-il de servir les Ivoiriens ? Or, on n`y admettait pas que ceux qui n`étaient pas de la chapelle soient dans les manifestations, vous étiez considérez comme l`ennemi.
N.V. : Mais, il y avait toutes les ethnies et toutes les couleurs politiques ces jours là dans la rue ?
K.Y. : Non, non. Par exemple, M. Coulibaly pouvait passer inaperçu. Mais quand on va voir la tête de M. Karamoko Yayoro dans la manifestation, on ne l`écoutera pas. Il sera tout de suite lynché.
N.V. : Est-ce que vous avez essayé ?
K.Y. : Pardon ?
N.V. : Est-ce que vous avez essayé de participer à ces manifestations contre l`agression du pays ?
K.Y. : On essaie ce qui doit être essayé. Parce que quand on a déjà étiqueté des gens, quand on va à la télé pour leur dire ce sont ceux là, c`est le leader de tel parti qui a fait ci, qui à fait ça?, c`est que déjà, on ne peut pas essayer. Quand déjà, on est venu brûler le siège du RDR, après qu`on a tenté de casser ta maison , après qu`on a brûlé la maison du leader du RDR, qu`on a tenté de l`assassiner, vous n`allez pas vous levez pour dire, vraiment je ne suis pas concerné ! . Mais le siège même du RDR où on parle aujourd`hui, il a été brûlé au cours de cette manifestation. La maison où il vivait également a été brûlée. Je peux vous montrer la maison du ministre Amon Tanoh. Elle a été cassée. Elle n`a pas encore été réparée. Et ainsi de suite. Par exemple la compagnie SITO qui appartenait à Monsieur Ouattara Zanga, est le grand chancelier du RDR, a eu 5 cars brûlés...
N.V. : Cela justifie-t-il que le RDR et sa jeunesse aient une réaction violente ?
K.Y. : Non, dans l`action, nous ne faisons que réagir parce que nous aussi, nous avons notre droit de réaction. Nous voulons avoir notre droit d`exister et d`existence. On ne peut pas laisser des gens nous écraser. Il faut toujours développer des rapports de force. Le rapport de force que nous voulons maintenant, c`est le rapport de force intellectuel. Qu`on aille au débat, à la confrontation des idées, des programmes et d`autres choses. Mais nous voulons éviter l`action violente parce que ça n`apporte pas beaucoup à la Nation ivoirienne. Mais, je le dis toujours, personne ne peut nous imposer un autre argument. Quelque soit l`argument, nous relèverons le défi. Mais cela ne veut pas dire que le RDR ou que le RJR est violent.
N.V. : Est-ce l`étiquette de violence qu`on vous colle n`est pas due à l`ambiguïté du discours de vos leaders ?
K.Y. : Non, non, il n`y a pas d`ambiguïté, mais il y avait une vision. Les gens avaient des comptes à régler. Et ils se sont attelés à les régler sans se dire qu`eux aussi, ils pouvaient être victimes de ce qui se passait. Et c`est pour cela que d`autres aussi, se sont attribués des combats. Mais ce n`était pas une révolution. Une révolution ne se mène pas comme ça, pour ce que je sais. Une révolution a des objectifs : utiliser des armes et avoir des résultats. Quel est le résultat de cette révolution ? Moi, je ne vois pas.
N.V. : Prenons un cas précis de ces violences dont vous parlez. Il y a eu un bombardement au camp militaire français à Bouaké, en novembre 2004. Et immédiatement toute la flotte ivoirienne a été détruite par l`armée française. En tant que mouvement ivoirien, lorsqu`on a détruit la flotte de son pays, comment le RJR a-t-il apprécié cet acte ? Et ensuite lorsque des jeunes ivoiriens ont été tué devant l`hôtel Ivoire, quel a été au niveau du RJR, les appréciations de ces tueries ? Pourquoi n`a-t-on pas vu de déclaration de compassion ?
K.Y. : La crise que connaît la Côte d`Ivoire n`a pas commencé en 2004. Bien avant, notre siège et la maison du président du RDR, le Docteur Alassane Dramane Ouattara, ont été brûlés. En 2002, la maison du ministre Amon Tanoh a été saccagée. Bien avant 2004, les cars de la compagnie SITO ont été brûlés. Il ne faudrait pas que les journalistes ivoiriens oublient la chronologie des faits. Mais nous avons, en son temps, condamné toute forme de violence. Parce que nous estimons que la vie est tellement chère que le premier élément de développement d`un pays ou d`une nation, c`est l`homme. Il peut avoir la richesse et d`autres choses, ce sont les potentialités. Mais pour mettre en valeur cette richesse, ce sont les hommes qui font ce travail. C`est la raison pour laquelle nous avons dit qu`il faut toujours éviter la violence. Et je pense que tout le monde est en train de le comprendre. Mais nous disions aussi qu`il ne faut pas croire que quand nous disions que nous ne voulons pas de la violence, c`est parce que nous sommes les plus peureux du groupe, non. C`est parce que nous sommes sûr de notre force et que nous ne voulons pas avoir à l`utiliser négativement. Nous voulons utiliser toutes les énergies que nous avons dans le sens du développement de la Côte d`Ivoire. Voilà ce que nous souhaitons. Je voudrais vraiment en arriver là parce que j`ai tiré des leçons de mon passage à la FESCI de 1990 à 1998. Et je me suis dit que ce qui importe, c`est la nation. Tout le reste, on peut se crier, on peut se taper dessus, mais ce n`est pas ça l`essentiel surtout au niveau politique...
N.V. : Donc le RJR a vécu de façon passive ce qui s`est passé ?
K.Y. : Le RJR n`a pas vécu de façon passive ce qui s`est passé. Il a vécu dans la clandestinité du fait des pressions exercées sur ses dirigeants et parfois même sur ses militants. Il s`est organisé pour participer à la vie politique. Et il a indiqué la voie pour que nous allions aux élections, nous allions au dialogue. Et je crois que c`est ça l`essentiel. Mais je crois qu`il faut éviter les amalgames. Moi, je ne suis pas dans les amalgames. Je veux qu`on fasse le pas positif. Il y a une crise, c`est vrai. Il y a des causes mais quand on reste à s`accrocher à ce qui s`est passé, on n`avance pas.
N.V. : Avançons donc. Vous prenez l`engagement d`aller aux élections. Supposons, qu`au soir du scrutin présidentiel qui aura lieu, le candidat du RDR sorte perdant, quel va être l`attitude du RJR ?
K.Y. : Non, le candidat du RDR, objectivement, véritablement, ne peut pas perdre les élections parce que nous avons parcouru le pays. Et depuis, mon arrivée, nous sommes en train de travailler avec nos parents. Et puis, ceux qui, avant, nous étaient hostiles, depuis un certain temps, sont en train de nous ouvrir leur porte.
NV : Si le RDR perd, est-ce qu`il acceptera les résultats ?
K.Y. : Je puis vous dire que vraiment, nous sommes sur la bonne voie. Et même les analystes de la vie sociopolitique en Côte d`Ivoire savent que nous sommes sur la bonne voie. Et que nous ne pouvons pas perdre. Mais nous avons aussi dit à Grand-Bassam que si les élections présidentielles sont justes et transparentes, ouvertes à tous et démocratiques, il faut accepter les résultats des urnes. Parce qu`en Afrique, il faut qu`on sache que quand on va à une compétition, il y a un vainqueur, un vaincu et des vaincus. Puisque de toutes les façons, il ne peut avoir qu`un seul gagnant.
Interview réalisée par
Dan Opéli, Coulibaly Zié Oumar
Coll : Elisée Gonçalves
Demain, la suivre.
Par Dan Opéli et Coulibaly Zié Oumar