ASCAD : La science est la propriété de l'humanité
Après la brillante conférence, en septembre, du Pr Kipré Pierre sur l'Europe et la science, jeudi, a suivi celle du Pr Siaka Touré sur l'Afrique et la science. Sa conclusion. Comme il est utile et précieux d'écouter ceux qui savent vraiment ! Jeudi, au Conseil économique et social, la Société savante ivoirienne, ASCAD, a invité le public à écouter un homme qui sait, un homme de science, un savant pour tout dire, Pr Siaka Touré. Thème du jour de sa conférence ? L'Afrique et la science. Sujet brûlant, polémique même, abordé souvent avec "préjugé et condescendance", le conférencier, maîtrisant son discours et son sujet, entraîné l'auditoire dans un long voyage pour démontrer, de manière objective, la place qu'ont occupé les sciences et la technologie en Afrique, depuis les temps immémoriaux, jusqu'à nos jours.
Plus d'une heure d'exposé, un véritable cours, pour rassurer les uns et les autres que le continent n'a jamais été rebelle à la science. Aussi a-t-il interrogé l'histoire de l'Afrique, évitant, à souhait, de tomber dans le poncif "égyptoïsant". Il en a fait peu cas. D'ailleurs, fait-il remarquer, les égyptologues ont coupé l'Egypte de l'Afrique, pour en faire l'un des berceaux de la culture européenne. D'où le choix de la cosmogonie Dogon et Bambara, dans sa représentation de l'univers qui se retrouve dans la philosophie taoïste du monde à travers les deux forces cosmologiques indissociables Yin/yang. Passivité/mouvement.
Pour Touré, les mathématiques ont toujours été dans la vie en Afrique. Il citera cette trouvaille hors d'Egypte, " l'os d'Ishango ", le plus ancien document mathématique venu de la République démocratique du Congo, qui date de plus de 20 mille ans. Un véritable cours, selon lui, sur les nombres premiers, la table de multiplication, etc. Les mathématiques interviennent encore dans la divination. Il citera, entre autres, le système de probabilités, d'analyses combinatoires des Yoruba, appelé ODU, et surtout, au niveau des jeux mathématiques, le jeu le plus répandu à travers toute l'Afrique dont le nom varie selon les pays : l'Awalé.
Que ce soit dans les domaines de la science de la vie, de la santé et de la terre et autres, le conférencier prendra tour à tour des exemples pour démonter encore que tout cela faisait partie du vécu africain. Et que les Africains se sont intéressés à la matière, sa composition, à ses transformations. Parce que, dit-il, "la science est la propriété de l'humanité ; c'est la condition de notre vie, faite d'observations, de lois et de principes".
Astronomie, botanique, système de poids et de mesures, transformation de la biomasse, mathématiques, médecine, musique, etc.; l'Afrique a des connaissances dans tous ces domaines. D'où sa désolation de voir l'immense gâchis que constitue le peu de volonté politique des gouvernants, quant à leur aide au développement des recherches. Au moment où les productions scientifiques des Africains se sont accrues ces dernières années dans tous les domaines : "Un bond quantitatif et qualitatif reste à mener. Car l'Afrique est celle d'un continent tétanisé ", avec des budgets squelettiques accordés aux recherches. Seule l'Afrique du Sud possède, dans cet océan de désolation, un télescope digne de ce nom. C'est tout dire
Question : quand s'éveillera l'Afrique ? Sa réponse : " le progrès de la science est une volonté politique. Il faut décider de donner les moyens à la recherche Il n'y a de chercheurs que par rapport à la société ". Son adresse aux jeunes : " Soyez créatifs à tous les niveaux. C'est de là que viendra la révolution africaine ". Pr Siaka Touré est un chercheur qui cherche et trouve. Il est l'inventeur de la cuisinière solaire. Qui le sait ?
Michel Koffi
Plus d'une heure d'exposé, un véritable cours, pour rassurer les uns et les autres que le continent n'a jamais été rebelle à la science. Aussi a-t-il interrogé l'histoire de l'Afrique, évitant, à souhait, de tomber dans le poncif "égyptoïsant". Il en a fait peu cas. D'ailleurs, fait-il remarquer, les égyptologues ont coupé l'Egypte de l'Afrique, pour en faire l'un des berceaux de la culture européenne. D'où le choix de la cosmogonie Dogon et Bambara, dans sa représentation de l'univers qui se retrouve dans la philosophie taoïste du monde à travers les deux forces cosmologiques indissociables Yin/yang. Passivité/mouvement.
Pour Touré, les mathématiques ont toujours été dans la vie en Afrique. Il citera cette trouvaille hors d'Egypte, " l'os d'Ishango ", le plus ancien document mathématique venu de la République démocratique du Congo, qui date de plus de 20 mille ans. Un véritable cours, selon lui, sur les nombres premiers, la table de multiplication, etc. Les mathématiques interviennent encore dans la divination. Il citera, entre autres, le système de probabilités, d'analyses combinatoires des Yoruba, appelé ODU, et surtout, au niveau des jeux mathématiques, le jeu le plus répandu à travers toute l'Afrique dont le nom varie selon les pays : l'Awalé.
Que ce soit dans les domaines de la science de la vie, de la santé et de la terre et autres, le conférencier prendra tour à tour des exemples pour démonter encore que tout cela faisait partie du vécu africain. Et que les Africains se sont intéressés à la matière, sa composition, à ses transformations. Parce que, dit-il, "la science est la propriété de l'humanité ; c'est la condition de notre vie, faite d'observations, de lois et de principes".
Astronomie, botanique, système de poids et de mesures, transformation de la biomasse, mathématiques, médecine, musique, etc.; l'Afrique a des connaissances dans tous ces domaines. D'où sa désolation de voir l'immense gâchis que constitue le peu de volonté politique des gouvernants, quant à leur aide au développement des recherches. Au moment où les productions scientifiques des Africains se sont accrues ces dernières années dans tous les domaines : "Un bond quantitatif et qualitatif reste à mener. Car l'Afrique est celle d'un continent tétanisé ", avec des budgets squelettiques accordés aux recherches. Seule l'Afrique du Sud possède, dans cet océan de désolation, un télescope digne de ce nom. C'est tout dire
Question : quand s'éveillera l'Afrique ? Sa réponse : " le progrès de la science est une volonté politique. Il faut décider de donner les moyens à la recherche Il n'y a de chercheurs que par rapport à la société ". Son adresse aux jeunes : " Soyez créatifs à tous les niveaux. C'est de là que viendra la révolution africaine ". Pr Siaka Touré est un chercheur qui cherche et trouve. Il est l'inventeur de la cuisinière solaire. Qui le sait ?
Michel Koffi