La force du pardon
Depuis deux semaines, les services du premier ministre ont initié, dans la ville balnéaire de Grand-Bassam, une série de rencontres avec les structures spécialisées des partis politiques signataires des accords de Ouagadougou. Le week-end dernier, ce sont les mouvements de jeunesse qui ont, à la suite des femmes, tenu leurs places autour de la table des convives, dressée par le chef du gouvernement. Certainement que d'autres acteurs dont le rôle primordial aura été reconnu dans le bon déroulement de l'accord, prendront le relais dans les prochains jours, tant la volonté et la détermination de Guillaume Soro de réussir le challenge de la tenue effective des élections, cette année en Côte d'Ivoire, sont énormes. C'est pourquoi nous passerons sur le débat entretenu par les mauvaises langues qui voient dans la multiplication de ces séminaires organisés, dit-on, à grands frais, une malice pour ne pas attaquer de front, la question du regroupement et du désarmement des ex rebelles. Cela pour finalement retenir le bon esprit dans lequel se sont déroulé les travaux de ces différentes assises. En effet, à cette occasion, l'on a pu apprécier la grande communion entre le premier ministre et les séminaristes, partageant ainsi en commun, la soif d'un retour à la normalité en Côte d'Ivoire après bientôt six années de crise. On a encore, vivaces à l'esprit, les images de ces femmes, sans distinction de partis politiques, chantant et dansant autour de Guillaume Soro, dans les allées du N'sa Hôtel de Grand-Bassam. Une image fort saisissante parce que, quelques années en arrière, il n'était pas évident que ces dames, du moins certaines parmi celles qui, ce jour là, ont fait un triomphe au chef du gouvernement, observent pareille attitude. Surtout à l'endroit de ce jeune chef de guerre dont les troupes ont semé la désolation dans de nombreuses familles, avec notamment les pires sévices commis sur les femmes. Pour cela, nombre de dames que nous connaissons, s'étaient juré de ne jamais pardonner à Guillaume Soro et les siens, cette parenthèse douloureuse de notre Histoire commune. Mais le 15 février du mois dernier, elles ont répondu présentes à l'invitation du pire ennemi d'hier. C'est que le temps, cet autre nom de Dieu, a fait son effet, en cicatrisant les vives blessures d'autrefois. En cultivant le pardon et la fraternité, dans nos c?urs anciennement gagnés par la haine et la rage. En transformant la méfiance en confiance et en union. Union, pour saisir cette chance inouïe,-si on en croit des observateurs avertis-, que représente l'accord politique de Ouaga, de sortir durablement de la crise du 19 septembre. Et l'ancien leader étudiant, ne croyait pas si bien dire, vendredi dernier, face aux jeunes, quand il les a exhortés à se tourner résolument vers le futur. Aujourd'hui, ce que je demande, c'est d'être intransigeant pour la paix. Car il est de bonne guerre de faire la paix. Faisons le deuil de la guerre pour que nous puissions enfin tourner nos regards vers l'avenir , a plaidé le premier ministre. Un futur qui peut être radieux si tous les fils et filles de la Côte d'Ivoire, prenant enfin conscience des immenses potentialités de leur pays, décident de se mettre ensemble pour travailler à la construction d'une grande nation. Cela passe naturellement par l'abandon de certains réflexes dont la pire des déclinaisons reste à ce jour, le repli ethnique qui aura causé bien de misères à ce pays. L'intérêt supérieur de la nation et l'attachement à la patrie, devront désormais guider les uns et les autres, dans leurs faits et gestes. Ainsi donc, les Ivoiriens pourront, à bon droit, rêver à l'émergence d'un Etat fort et prospère. Un rêve à l'image de celui que nourrissent de plus en plus, les partisans d'un certain, Barack Obama, le jeune sénateur de l'Illinois, qui n'arrête pas, aux Etats-Unis, de faire mordre la poussière à Mme Clinton, son adversaire à la course à l'investiture des démocrates américains. Des aficionados déjà en plein délire et ivres de bonheur devant cet incroyable bouleversement des mentalités qui fait que pour la première dans l'Histoire de l'Amérique, un Noir a une réelle chance de s'installer à la Maison Blanche. Un bonheur qu'aimeraient bien vivre nos compatriotes avant et surtout après les élections annoncées pour cette année en Côte d'Ivoire. Et cela, en lieu et place du stress permanent entretenu par les tentatives récurrentes de coup de force que l'on observe ces derniers temps. Mais aussi, de la grande peur attachée à la tenue des élections en Afrique, où rarement le vaincu reconnaît humblement sa défaite et félicite le vainqueur. Et lorsque ceux-là mêmes qui ont charge, l'organisation pratique de ces consultations populaires, cristallisent sur eux des suspicions légitimes, à l'instar de celles qui fondent en ce moment sur Robert Beugré Mambé, le président de la commission électorale indépendante (CEI), il y a de quoi avoir des sueurs dans le dos. Car cela n'augure rien de bon si ce n'est la violence post électorale, comme ce qu'a récemment servi au monde entier, le Kenya, une destination autrefois prisée pour sa faune et sa flore, et qui le temps d'une présidentielle vient de ruiner tout son capital à la bourse internationale. Et comme pour planter le décor macabre, du cet autre grand malheur qui menace de frapper la Côte d'Ivoire, les uns et les autres se proclament déjà tous vainqueurs, excluant toute défaite. C'est donc peu de dire qu'il y a péril en la demeure. Croisons les doigts.
par yves De Sery
Yvesdesery2@yahoo.fr
par yves De Sery
Yvesdesery2@yahoo.fr