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L'UGTCI maintient la pression

Pour lutter contre la flambée des prix et pour se montrer sensible à la douleur des populations, le gouvernement a pris des mesures historiques et courageuses: la réduction de moitié du salaire de base des 33 membres du gouvernement, le prix du gas-oil à 685 f (au lieu de 785 FCFA) et du pétrole lampant à 495f (au lieu de 550 FCFA). Une revalorisation de l'indemnité de transport de tous les travailleurs qui passe de 2000 FCFA à 7000 FCFA. Ces mesures ont glissé sur la peau des membres de l'Union générale des travailleurs de Côte d'Ivoire (Ugtci, doyenne des centrales syndicales) qui voient dans lesdites mesures, un simple saupoudrage des plaies vives dont soufrent les populations. Elle a déposé un préavis de grève qui sera, selon son secrétaire général Ebagnérin Joseph, exécuté à la date du 31 juillet, si leurs revendications des travailleurs ne sont pas prises en compte par le gouvernement. L'Ugtci dévoile même déjà ses moyens de pression et de lutte. La centrale syndicale dit avoir au nombre de ses membres affiliés trois syndicats de chauffeurs, et promet de faire une démonstration de puissance, si elle n'est pas entendue. Voilà qui est clair et on peut s'attendre dans les tout prochains jours à un bras de fer entre cette centrale syndicale (qui a déjà observé un mot d'ordre de grève les 17 et 18 juillet dernier) et le gouvernement. Mais jusqu'où ira ce bras de fer? Ne dit-on pas que la plus belle femme ne peut donner que ce qu'elle a? Ou à défaut de ce qu'on veut, on se contente de ce qu'on a? Il est vrai que depuis plus de deux décennies, le coût de la vie a pris l'ascenseur et que les salaires des travailleurs sont demeurés au sous-sol. Les revendications que présente l'Ugtci, en dehors du prix du carburant qui vient d'accentuer le phénomène de la cherté de la vie du fait de ses effets pervers sur toute la chaîne de consommation, constituent le substrat des revendications que, le 1er mai dernier, les trois centrales syndicales de Côte d'Ivoire (Ugtci, Dignité et Fesaci), ont remises sur la table du Président de la République. Le déblocage des salaires et des avancements à la Fonction publique avec effets financiers et rappel, la revalorisation de l'indemnité de transport à 20.000f. Le réajustement des salaires de 44% dans le privé, la revalorisation du Smig à 120.000 f; de l'indemnité de transport à 35.000 f à Abidjan, 25000 f à Bouaké et 16000 f dans les autres villes de l'intérieur. Reconnaissant le caractère légitime des revendications des centrales syndicales, rapporte Mahan Gahé secrétaire général de Dignité, le Président de la République avait commencé les discussions avec les travailleurs. Il leur avait demandé de lui faire des propositions qu'ils lui ont soumises. Puis, poursuit-il, nous devions nous rencontrer pour rédiger une lettre commune de demande d'audience au Président de la République, quand les contraintes de nos calendriers nous ont conduits moi à Génève pour assister à la Conférence internationale et le président du Conseil d'administration de l'Ugtci, Adé Mensah, en Corée, mais avec la promesse de nous acquitter de cette obligation une fois de retour. C'est plutôt une grève qu'il nous sert?. Doit-on penser que la confiance entre l'Ugtci et le pouvoir est rompue? Que sous-tend ce troisième mot de grève - qui confine à la surenchère - lancé cette fois dans le respect des règles, depuis sa création en 1962, surtout dans un contexte aussi difficile et délicat pour la Côte d'Ivoire?
Le RHDP qui se réunit aujourd'hui à Daoukro avait reconnu que la revalorisation des salaires était impossible en cette période, pour avoir fait une analyse froide des finances et de la marche du pays. Pourquoi, l'Ugtci, ce syndicat de participation responsable, de dialogue, qui a depuis toujours accompagné les pouvoirs et donc le processus de développement de ce pays, estime-t-il que c'est seulement maintenant et maintenant qu'il urge de revaloriser les salaires et de satisfaire recta à toutes ses revendications?
Pendant la récession économique des années 1980 appelée conjoncture?, l'UGTCI a justifié son statut de syndicat de participation responsable. Mieux, après la dévaluation du FCFA et la pluie de milliards, on ne l'a pas vu ruer dans les brancards; encore moins, elle n'a pas cru bon d'engager la bataille pour dénoncer la politique du salaire à double vitesse instauré au niveau des enseignants à partir de 1991. Comment se fait-il - alors que la Côte d'Ivoire, parce qu'elle sort progressivement de la crise, peine à boucler le budget des élections - qu'on puisse demander au gouvernement qui vient de payer 115 milliards de sa dette extérieure et de rembourser une bonne partie de sa dette intérieure, de nouveaux sacrifices? Les dettes de la Bad sont encore pendantes. Et après le rendez-vous manqué de septembre 2002 avec la non signature du Document de stratégie de la réduction de la pauvreté (DSRP) intérimaire qui devrait permettre au pays d'être éligible à l'initiative pour les pays pauvres très endettés (PPTE), le gouvernement prépare activement un nouveau document stratégique pour la réduction de la pauvreté (DSRP) qui, s'il est agréé par les institutions de Breton Woods, devrait permettre à l'Etat de garder 450 milliards sur les 500 qu'il rembourse chaque année comme dette extérieure. Ombre au tableau, l'Ugtci qui, par son jusqu'au-boutisme, donne le sentiment de vouloir tout compromettre.




Franck A. Zagbayou

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