"Moëlle épinière"
"Je ne suis pas fille de ministre, je suis un peu arrivée là à la force du poignet", disait Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle lorsqu'on l'interrogeait sur Martine Aubry, née Delors. "Le projet du PS, ce n'est pas famille, travail, effort et régions", répliquait cette dernière. Les deux femmes "se ressemblent toutes les deux dans le sens où elles ne lâchent rien mais il y en a une qui a la 'gniac' et l'autre qui hésite toujours", commente une proche de Royal. Quoiqu'en dise la maire de Lille, elles jouent également toutes les deux la carte de la féminisation. Au début de l'été, Martine Aubry a laissé circuler une pétition intitulée "Une autre femme est possible". Le PS pourrait bénéficier d'une collaboration des deux ennemies, l'une à la tête du parti, l'autre, plus tard, à la tête du pays, laisse entendre Pierre Mauroy dans un reportage diffusé lundi sur Canal+. "Martine, c'est la ville, la région. Ségolène, c'est la France", glisse l'ancien maire de Lille. Pour Paul Bacot, professeur de sciences politiques à l'IEP de Lyon, ce qui différencie la présidente de Poitou-Charentes de tous les autres dirigeants socialistes, Martine Aubry comprise, c'est "la conception qu'elle a de son rôle". "Elle se sent porteuse d'un message qui la dépasse, elle est quasiment habitée et peu lui importe de qui elle a comme adversaire face à elle", explique-t-il. Un style qui hérisse profondément Martine Aubry. Samedi, dans une attaque officiellement destinée à Nicolas Sarkozy, elle a redit sa préférence pour une politique "qui s'adresse à la raison et pas à la moelle épinière".