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Le Temps
· 8 min de lecture

Loukou Kouadio Michel (Pdt de l`UNETEL) à propos des intempéries -Le sol ivoirien est frappé par deux millions de coups de foudre par an

Monsieur Loukou Kouadio, président de l'Union nationale des Entreprises de Télécommunication (UNETEL), fait l'état des lieux de ce secteur qui connaît un boom depuis quelques années, en Côte d'Ivoire. Il lève un coin de voile sur les origines des incendies. Dans le secteur des télécommunications en Côte d'Ivoire, on dit que le code qui le régit est dépassé. Qu'en est-il exactement?
Disons que le code de 1995 a été revu et repris. Avec le ministre Hamed Bakayoko depuis que ce dernier a pris la relève, nous nous sommes retrouvés en séminaire où nous avons réfléchi sur ce code de 1995. En 2004, ce code devrait être validé par l'Assemblée nationale. Malheureusement, la crise n'a pas permis à nos honorables députés de voter ce texte. Entre-temps, les télécommunications ont évolué. C'est en cela que je dis que ce code est dépassé dans un secteur en pleine mutation avec des nouveaux entrants. En outre, par rapport à l'environnement national et international voire régional, tous nos chefs d'Etat de la CEDEAO ont validé ce texte. Qui n'est plus un code national. Il faut donc l'uniformiser pour que la Côte d'Ivoire puisse se mettre en rapport avec les nouvelles donnes. Vous parlez de défiscalisation des intrants informatiques et les terminaux. ?
Défiscaliser les terminaux, ça serait pour nous un gain pour nos économies. Puisqu'on en parle depuis quelques années. Aujourd'hui, le consommateur paye la TVA et il n'arrive pas à la reverser comme les entreprises. Ce qui revient pour nous consommateurs, très cher. En défiscalisant les terminaux, ce serait un gain pour les impôts. Trouvez-vous concevable qu'au 21e siècle, l'ivoirien ne puisse pas s'établir un extrait de naissance à l'état civil, dans sa sous-préfecture depuis Abidjan via Internet ?
Vous venez de toucher un problème qui est une réalité : Avoir accès à nos registres et actes de naissances, c'est toute une bataille. Donc, avec le thème dont on parlait tout à l'heure, " les télécom Universels " nous allons trouver certainement une solution à ce problème. Nous avons l'expertise et nous pouvons bien le faire sans avoir recours à l'extérieur. Encore qu'il faudrait créer le cadre et les politiques y ont un grand rôle à jouer, en nous soumettant un cahier de charge. On a parlé à un moment donné d'opérateur technique pour l'identification de la population. Est-ce qu'en Côte d'Ivoire, par exemple, l'INS ne pouvait pas faire ce travail ?
Ecoutez. Depuis 40 ans, les ivoiriens ont fait leur travail. Et jusqu'à présent, personne n'a levé le petit doigt pour dire que quelqu'un avait triché. Avant l'INS, il y avait une autre structure qui faisait ce travail. Et nous ne sommes jamais aller chercher une quelconque société pour le faire.
Malheureusement, lorsqu'il n'y a pas la confiance On n'a jamais remis en cause l'expertise et la capacité de l'INS. On voit partout des tricheurs. Nous sommes dans une famille et on se connaît (). Si d'aventure, la SAGEM était coincée et qu'on sollicitait l'expertise locale ?
Je ne parle même pas de l'entreprise. Est-ce que les hommes qui vont travailler sont-ils sains ? Ce n'est pas parce qu'on s'appelle SAGEM. Qu'on ne peut pas se tromper. Si on ne fait pas confiance à ses frères et à l'ivoirien. Regardons ensemble dans la même direction et faisons de telle sorte que nous ne trichions pas. Combien pèse le secteur ivoirien des télécommunications ?
C'est un secteur dynamique et fait en gros 20 mille emplois directs et indirects. Avec un taux de couverture de presque 60%. En plus, le chiffre d'affaires est d'environ 600 milliards de FCFA pour des investissements de l'ordre de 1000 milliards de FCFA. Notre secteur contribue au développement de notre pays que nous aimons tant. Avez-vous évalué les pertes subies du fait de la guerre ?
A l'époque, nous avons évalué nos pertes qui se chiffraient à une dizaine de milliards de FCFA aussi bien en équipements qu'en matériels volés et pillés. C'est un sacrifice et cela ne nous a pas emmené à baisser les bras bien au contraire. Nous avons continué à contribuer à la consolidation de la paix à hauteur de 300 millions de FCFA. Les perspectives sont bonnes et les investisseurs continuent de frapper à nos portes. Vous avez le projet de la Zone franche qui continue d'attirer. Sur le segment de la téléphonie mobile. Malgré que nous soyons plus de 18 millions d'habitants, nous avons 5 opérateurs. Pendant qu'on nous annonce deux ou trois autres opérateurs qui attendent. Avec un taux de pénétration de l'ordre de 30 %, il y a donc de la place, pour ceux qui veulent venir. Les chiffres sont là et nous pouvons faire mieux.

Le désordre qui règne dans le secteur est donc à déplorer ?
Il est bon qu'on soit traité à la même enseigne que les autres et qu'on tienne compte de nos investissements qui sont lourds. C'est dans bien de cas que nous apprenons par voie de presse que telle société va s'installer. Pour notre trésorerie et pour notre plan d'investissement et d'action, il serait important qu'on ait un cahier des charges. Le code de 1995, que nous avons repris à un séminaire ne 2004, n'est toujours pas voté. Là aussi, il est dépassé. Parce que les télécommunications n'attendent pas. Il est temps qu'on l'harmonise par rapport au contexte et à l'environnement emprunt d'anarchie. Mais qui est à la base de ce désordre ?
L'absence d'une réglementation dans le secteur ne nous met pas à l'abri de l'insécurité et du désordre. Il faut que très vite ce texte soit voté. Pour mettre fin à l'anarchie, au désordre, à la fraude et la piraterie. Les préjudices sont énormes. Enfin, nous voulons travailler dans ce secteur aussi stratégique que politique dans la transparence. Aujourd'hui, les braquages sont fréquents, parce que les bandits sont sur le réseau. Ils écoutent la police et la gendarmerie. Ils savent que tel gendarme ou tel policier est à tel ou tel endroit. En plus des armes qu'ils ont, ils sont hyper équipés avec des réseaux de radiocommunication et des téléphones satellitaires très sophistiqués. Pis, avec la cybercriminalité, on peut vider votre compte. Propositions concrètes ?
Nous en avons déjà fait. A travers des séminaires et des forums sur la sécurité. Rien n'a été appliqué. Il y a des problèmes et on laisse faire. Je suis certes vice-président du Conseil économique et social, là aussi nous en parlons aussi au niveau du patronat. Nous n'allons pas attendre, les politiques ont leurs dossiers à gérer. Je vous dit que cette absence de code, est même, à la base des nombreux conflits dans le secteur. On ne sait pas qui fait quoi. L'ATCI et le CTCI sont aussi en conflit. Tout est devenu politique. Pour notre part, nous ne sommes contre personne. Nous nous battons pour le développement de notre pays. Vous avez mis en place le Fonds national des Télécommunications (FNT). Il doit y avoir beaucoup d'argent?
S'il y a des milliards, c'est tant mieux. L'Etat prélève 2% de notre chiffre d'affaires. Pour le désenclavement des zones rurales. C'est une bonne chose. C'est-à-dire où, on ne peut pas aller, l'Etat nous fait obligation d'y aller. Là encore, ce sont des palabres. Car, nous qui cotisons, nous ne sommes pas associés à la gestion du fonds. Notre avis ne compte pas. Nous siégions simplement au comité technique. Notre avis ne compte pas. Ce fonds, c'est pour lutter contre la pauvreté. Si l'Etat prélève l'argent pour réduire le fossé numérique, c'est bien mais, il faudrait que les sociétés qui sont sur place et qui cotisent puissent soumissionner à travers un appel d'offres. Pour que celle qui gagne puisse déployer son réseau. Malheureusement, ce n'est pas le cas.
Depuis quelque temps, le phénomène de pillage et de cannibalisation du réseau prend de l'ampleur. C'est tout à fait exact. Mais, avant de songer à la mise en place d'une brigade, à qui ont fait du tort en coupant un câble? C'est bien à la Côte d'Ivoire. Monsieur le président, on constate depuis un certain temps à l'installation de façon anarchique d'antennes de la part des entreprises de la téléphonie mobile. N'ont-elles pas d'effets nocifs sur la santé des populations ?
Je vous le jure, elles n'ont aucun effet sur la santé des personnes. La plupart des bâtiments qui faisaient notre fierté ont pris de l'âge. Et avec vos installations paratonnerre et parafoudre. Cela ne met-il pas à mal, votre système de protection ?
En tant qu'expert en protection contre la foudre et le tonnerre, nous sommes là pour protéger les personnes et les biens. La Côte d'Ivoire est dans une zone assez foudroyée notamment, sur le littoral ivoirien et principalement Bingerville et sa zone. Selon les études que nous avons menées. Même si les gens adorent dans certaines régions du pays, les dieux de la foudre, notamment au Nord, cette partie est moins touchée. Chaque année, ce sont deux millions de coups de foudre qui frappent le sol ivoirien. Donc, il faut protéger les installations. Parce que la foudre ne prévient pas et les conséquences sont dramatiques, quelquefois. J'ajoute que la foudre est aussi à l'origine des incendies de forêts. Voire même à la base de certains sinistres sur les marchés.
En clair, il ne faut pas voir seulement les courts-circuits et les mégots de cigarettes ?
Tout à fait ! Il ne faut pas seulement les courts-circuits et les mégots de cigarettes. Il est impérieux de protéger les immeubles et certains espaces comme les marchés. La foudre peut être directe dans ce cas-là, elle vient frapper le bâtiment ou indirecte là, elle frappe sur un câble à des dizaines de kilomètres et vient atteindre le bâtiment en se propageant. Dans ce sous-secteur, encore, il faut une réglementation. Au Sénégal, la loi fait obligation à tout opérateur immobilier qui construit un immeuble d'une certaine hauteur, d'y installer un paratonnerre. Ce qui n'est pas encore le cas en Côte d'Ivoire. Dès le départ, il faut signaler cela à l'architecte. Je vous apprends qu'en 1992, la tour de la BAD a bougé suite à un coup de foudre. C'est moi qui l'ai remis en place.
Par Bamba Mafoumgbé
bmaf2000@yahoo.fr

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Article publié par Le Temps et référencé par 225.ci.