Après la signature de l'Accord de Ouaga - La Côte d'Ivoire portée par le vent de la réconciliation
Dans une Côte d'Ivoire naguère coupée en deux par la guerre, les ennemis d'hier dansent désormais ensemble et lâchent des colombes pour célébrer la paix retrouvée. Mais cet optimisme a probablement quelque chose de prématuré tant que le gouvernement d'union nationale issu de l'accord du 4 mars n'aura pas mené à bien les processus de désarmement et d'identification, dont l'échec a jusqu'ici empêché la tenue d'élections. Signe de l'enthousiasme qui prévaut désormais, Simone Gbagbo, l'influente épouse du chef de l'Etat, a même accordé récemment une valse à Sidiki Konaté, porte-parole des Forces nouvelles qui se sont emparées de la moitié nord du pays après le coup d'état manqué de septembre 2002. "Ce qui nous amène ici (...), c'est l'édification de la paix", a lancé Konaté, aujourd'hui membre du gouvernement, s'adressant à une foule pleine de "Jeunes patriotes" pro Gbagbo qui n'auraient sans doute pas hésité à le lyncher quelques mois plus tôt. Promptement mis en oeuvre, l'accord du 4 mars, que Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, chef de file des Forces nouvelles devenu Premier ministre, ont signé au terme d'innombrables rendez-vous manqués, a fait souffler le vent de la réconciliation à travers tout le pays. Les élections, point d'orgue du processus, pourraient avoir lieu dans moins d'un an. "TOUT VA SI VITE". Les casques bleus et les militaires français de l'opération Licorne ont entamé le démantèlement de la "zone de confiance" qui coupait le pays en deux. Plusieurs banques ont rouvert leurs portes dans le Nord, où des milliers de fonctionnaires doivent reprendre prochainement leurs fonctions. Soucieux de relancer des activités gravement affectées par le conflit, les investisseurs français sont également de retour à Abidjan et la Banque mondiale a promis d'allouer 100 millions de dollars à la Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, pour l'aider notamment à mener à bien le désarmement des milices. "Tout va si vite qu'on a du mal à comprendre (...)", s'étonne Mamadou, dubitatif. "Après cinq ans de guerre, on se demande ce qu'on a gagné dans le Nord", poursuit cet électricien de 37 ans qui vit à Bouaké, "capitale" des Forces Nouvelles, se demandant si les rebelles d'hier n'ont pas simplement sacrifié leur cause à l'ambition personnelle. A la tête de l'insurrection, Soro s'est fait le héraut des musulmans du Nord, que de nombreux chrétiens du Sud considèrent comme des étrangers. Beaucoup accusent les forces de l'ordre de les avoir privés de papiers d'identité. Pendant le conflit, dans lequel la question de l'"ivoirité" a joué un rôle central, la ligne de front s'est confondue avec une ligne de fracture ethnique et religieuse que l'accord du 4 mars n'a pas effacée. La solidité de l'accord sera mise à rude épreuve lorsqu'il s'agira de désarmer les milices et d'attribuer des cartes d'identité aux futurs électeurs. "Tant que nous n'aurons pas dépassé ce qui a été fait en matière de désarmement et d'identification avec les autres accords de paix, les célébrations seront prématurées", tranche Dustin Sharp, membre des équipes de recherche de l'organisation non gouvernementale Human Rights Watch, selon lequel "le plus dur reste à faire".
Source Reuters
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