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Libre opinion : Le PDCI-RDA, un parti d`expérience et de pouvoir

Au moment où le FPI découvre enfin nos peuples (certains comme les populations du centre ont longtemps été diabolisés quand d'autres comme les populations étrangères sont qualifiés de bétail électoral), au moment où ce parti décide désormais de revisiter son histoire après l'avoir longtemps et volontairement niée et déformée, au moment où le premier inspirateur de cette formation (aujourd'hui chef de l'Etat) a décidé de se l'approprier en tournant le dos aux histoires après avoir raconté des histoires (rappelons-nous les propos tenus contre le Burkina et les Burkinabé au début du déclenchement de la crise) pour dire enfin l'Histoire, il urge que les Ivoiriens, et particulièrement la jeunesse, découvrent enfin leur propre Histoire. Car, si aujourd'hui, Gbagbo reconnaît que le peuple Ivoirien et le peuple Burkinabé constituent un même peuple parce que partageant une même Histoire, il ne faut donc pas s'étonner qu'il affirme demain (vérité historique oblige) que le PDCI est ce parti créé dans la vision du grand projet de l'intégration africaine et qui a conduit la Côte d'Ivoire sur les sentiers de la modernité après avoir hier libéré l'Ivoirien des chaînes de la colonisation et du travail forcé. En d'autres termes, comment peut-on accuser un tel parti de pactiser avec " l'ennemi " encore moins de comploter contre le peuple et le pays qu'il a forgés et bâtis? Ne serait-il pas honnête pour lui de reconnaître à la face de la nation comme il a enfin fini par reconnaître le mérite de Félix Houphouët Boigny, que le PDCI (le premier parti à avoir accordé le droit de vote aux étrangers) n'a jamais et ne sera jamais un parti nationaliste, tribaliste ou xénophobe. La Vérité Historique à enseigner aux générations futures, à l'image de la France de Guy Mollet, est celle selon laquelle l'histoire de la Côte d'Ivoire se confond avec celle du PDCI.
1-Le PDCI, un parti de paix
La longévité du PDCI-RDA, un exercice du pouvoir contesté dans les dernières décennies et, pour finir, l'éviction très aisée du président Henri Konan Bédié en 1999, ont fini par faire oublier le parcours prestigieux du Parti démocratique de la Côte d'Ivoire que Félix Houphouët-Boigny fonda en 1946. Le PDCI-RDA mérite d'être mieux connu qu'il ne l'est aujourd'hui, afin que cessent de prospérer les fables bâties sur l'ignorance des citoyens et surtout d'une jeunesse déboussolée en quête de repères.
Contrairement à des développements partisans, le Parti démocratique de la Côte d'Ivoire n'a jamais été l'allié de l'administration coloniale. Dans une colonie mise en coupe réglée par les colons et par l'administration coloniale, c'est lui qui eut l'audace d'engager la lutte périlleuse contre les abus- C'est lui qui entraîna à sa suite des formations soucieuses auparavant d'entente avec l'occupant. Sans remonter jusqu'à la création du Syndicat agricole africain, cet ancêtre du PDCI que tout le monde connaît, on peut rappeler qu'en 1946, tous les Africains étaient anti-colonialistes. Il n'existe de par le monde aucune communauté spoliée de ses droits et de ses biens qui n'aspire pas à les retrouver !
Victimes au même titre de l'occupation coloniale, toutes les populations africaines étaient désireuses de secouer la chape de plomb que faisaient peser sur elles par les Français. Parce qu'elles savaient que seule l'union pouvait leur laisser quelque chance de succès, elles décidèrent de fonder un rassemblement des forces vives de toutes les colonies placées sous domination française. C'est ainsi que naquit le Rassemblement démocratique africain (RDA) où militèrent, dès le début, les partis les plus divers. En Côte d'Ivoire, le PDCI-RDA d'Houphouët-Boigny, le Parti progressiste de Kouamé Benzème et de Kacou Aoulou, ainsi que la SFIO de Digna Bailly appartinrent au RDA. Il suffit de se reporter aux résultats des élections de l'année 1946 pour la désignation des membres du Conseil général pour voir que Kacou Aoulou et Auguste Denise siégeaient tous deux audit conseil sous la même étiquette du Rassemblement africain. Le PDCI-RDA, le Parti progressiste et la SFIO avaient certes des idéologies différentes, mais quand des peuples subissent une agression étrangère, ils placent toujours en tête de leurs objectifs la lutte commune pour leur libération. L'Union était, en 1946, la formule la plus efficace, mais elle n'enlevait aux parties contractantes ni leurs idées ni leur spécificité. La situation politique en Côte d'Ivoire s'inspirait de ce qui avait cours en France même au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. En effet, après la guerre, la France fut dirigée jusqu'en 1947 par une large coalition comprenant aussi bien la droite, les socialistes que les communistes. Cette diversité eut son équivalent en Côte d'Ivoire, où la plupart des formations françaises avaient des succursales. La SFIO de Digna Bailly était affiliée à l'Internationale ouvrière parce que l'administrateur de la région de Gagnoa était de sensibilité socialiste. Les membres du Parti progressiste étaient, quant à eux, des réformateurs parce qu'ils bénéficiaient d'une position privilégiée dans l'univers colonial. Originaires du sud-est pour beaucoup d'entre eux, ils ne pouvaient être des radicaux, car leur territoire était relativement prospère. Quant au PDCI-RDA, il avait recueilli l'immense majorité des déshérités et des communautés marginalisées. Tout naturellement, il fut parrainé par le Parti communiste français qui, en 1946, avait des ministres au gouvernement à côté des autres résistants. Comme la Côte d'Ivoire reflétait à peu de choses près la mosaïque politique française, il a suffi que les communistes soient chassés du gouvernement et que la lutte s'engage contre eux en France pour que leurs poulains en Afrique fassent l'objet de brimades. Pour comprendre l'acharnement du pouvoir français contre les communistes ivoiriens, il faut avoir à l'esprit que la France de 1947 craignait d'être envahie par l'Union des Républiques soviétiques et socialistes (URSS). En traquant les alliés africains du Parti communiste, le gouvernement français voulait retirer à celui-ci ses bases militantes les plus sûres. Les militants du PDCI-RDA durent donc se résoudre à rompre avec les communistes pour subsister. Ils n'étaient du reste pas communistes dans l'âme, mais avaient noué une alliance d'utilité mutuelle avec les communistes pour faire entendre leur voix.
Fallait-il, au nom de la solidarité idéologique, exposer les populations ivoiriennes à la destruction ou était-il plus sage de se soustraire à l'influence des communistes pour continuer à mener, avec d'autres moyens, la lutte politique anticoloniale ? La réponse à cette question ne fit pas l'objet d'un choix unanime et immédiat. En effet, alors même que les communistes français étaient encore au gouvernement, le Parti progressiste, parti de notables comme on l'a vu, manifestait de façon récurrente son opposition à l'affiliation du Rassemblement au Parti communiste français. Lassé de réclamer en vain le désapparentement, il finit par quitter le RDA en 1947, non sans justifier de façon précise son acte. Par la suite, des militants de premier plan du PDCI-RDA leur emboîtèrent le pas en invoquant les liens de leur parti avec les communistes. On peut citer pêle-mêle parmi les réfractaires : Étienne Djaument, Vamé Doumouya, Sékou Sanogo, Léopold Mansila, Blaise N'dia Koffi. Ces dissidents furent regardés comme des complices de l'administration coloniale, qui avait, il est vrai, encouragé en sous-main leur défection. En 1951, la saignée se traduisit par une demi-défaite électorale du PDCI auquel Sékou Sanogo parvint à arracher le siège de député occupé par Ouezzin Coulibaly. La victoire de Sékou Sanogo était le dernier signe avant un probable naufrage. Elle fut du moins perçue comme telle par le PDCI qui en tira la dure leçon : rompre avec les communistes pour retrouver la communion avec les populations qui l'avaient porté. Ainsi donc, Félix Houphouët-Boigny s'était conduit comme un homme d'Etat, c'est-à-dire en homme capable d'examiner les motifs de son échec et de rechercher, dès lors, les moyens de l'endiguer.
Pour retrouver son électorat perdu, le PDCI-RDA savait qu'il devait faire des concessions idéologiques à ses adversaires. Il fit la part du feu en renonçant à la doctrine communiste. Et les résultats ne se firent pas attendre ! Dès cet instant, la même politique qui avait été combattue sans ménagement par l'administration coloniale fut tolérée, et le PDCI-RDA put continuer sa croisade contre les abus coloniaux. La collaboration avec le Parti communiste en tant que parti de gouvernement avait permis à Houphouët-Boigny d'obtenir l'abolition du travail forcé. La rupture avec le Parti communiste conduira à d'autres avancées remarquables. En 1956, Ouezzin Coulibaly put reprendre à Sékou Sanogo le siège perdu en 1951.
La saine et juste appréciation des réalités ainsi que le souci constant de l'intérêt des masses ont amené Félix Houphouët-Boigny et le PDCI-RDA à procéder aux réajustements nécessaires quand les circonstances l'exigeaient. Le propre d'un parti démocratique est d'être constamment à l'écoute de ceux qui en constituent la force, c'est-à-dire ses militants. C'est pourquoi la direction du PDCI, au lieu de s'arc-bouter sur ses certitudes, consentit à remettre en cause ses choix. Entre la fidélité à des dogmes surannés et l'intérêt des militants, elle se résolut à choisir la vision de ses mandants. Le divorce entre les Ivoiriens et les communistes était inéluctable, car ce n'est pas avec des catéchismes rigides que l'on bâtit l'avenir d'un pays. Le désastre des démocraties populaires nous le démontre à loisir. En revanche, le PDCI-RDA a tiré le meilleur parti des points forts du Parti communiste. En effet, chacun sait que la doctrine stalinienne avait permis de répandre le PDCI-RDA en un maillage serré sur toute l'étendue du territoire ivoirien. Pas une seule contrée ne manqua d'être investie par sa machine : les hameaux, les villages, les quartiers, les villes, les communautés religieuses, les sociétés d'entraide, les associations culturelles, tout ce qui était organisé fut en contact avec le PDCI-RDA. Quand ce parti eut achevé de tisser sa toile nationale, il ne restait plus à ses adversaires qu'à prendre acte de leur propre faillite. Si Digna Bailly et sa SFIO résistèrent pour la forme jusqu'en 1959, en 1956 déjà tout le territoire était d'obédience PDCI-RDA ou gardait le silence.
2-Le PDCI, un parti de rassemblement
Un regard, même rapide, sur les cartes électorales de 1945 à 1956 permet de tirer des enseignements qui peuvent être étendus à l'heure où nous écrivons ces lignes. Le PDCI-RDA était le seul parti dont les ramifications s'étendaient aux quatre coins de la Côte d'Ivoire. Selon la conjoncture, certains glacis régionaux connaissaient une certaine effervescence, mais toujours la vague verte recouvrait de son manteau rassembleur ces zones dont les particularismes régionaux se manifestaient de temps à autre, de façon plus ou moins violente. Voilà 13 ans que des partis parfois puissants naissent d'une scission du PDCI-RDA et que la formation de Félix Houphouët-Boigny tient bon et renaît de ses blessures tel le Phénix. La naissance de partis issus du PDCI-RDA et l'audience relative de leur discours, sont la preuve éclatante que, jusqu'en 1990 au moins, cette formation politique fut l'âme de la nation ivoirienne. Il suffit pour s'en convaincre de faire la simple somme arithmétique des suffrages remportés aux différents scrutins par le PDCI, le RDR, l'UDPCI et les Indépendants. Le PDCI-RDA et ses démembrements représentent 85% des Ivoiriens. Nul ne peut contester cette réalité, car ces chiffres éloquents sont vérifiables. Le PDCI-RDA, c'est donc la Côte d'Ivoire.
Quoi de plus normal que ce parti soit aujourd'hui en marche pour la reconquête du pouvoir qui lui a été volé. Car si la Côte d'Ivoire doit la paix au PDCI, les Ivoiriens doivent leur histoire à Félix Houphouët-Boigny.
Désiré Koffi

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