Lecons de N`djamena
L'Afrique des coups d'Etat vient encore de faire parler d'elle. Avec notamment la situation qui prévaut depuis samedi dernier au Tchad où elle est en passe de porter une étoile supplémentaire à son tableau de chasse déjà si impressionnant. En effet, après plusieurs tentatives infructueuses, les trois mouvements rebelles coalisés, semblent cette fois tenir le bon bout même si le président Idriss Déby Itno a décidé de se battre jusqu'au dernier souffle de vie. Ancien chef de guerre, venu au pouvoir suite à un coup de force, le n°1 tchadien, n'a pas voulu jouer les chefs félons, qui prennent la poudre d'escampette, à la première détonation des assaillants. Courageusement et avec dignité , si on en croit ses proches, Itno, a refusé l'aide de la France qui se proposait de l'exfiltrer au cas où il craindrait pour sa vie. Seul contre tous, l'homme a décidé de vendre cher sa peau et ce qu'il lui reste encore de pouvoir, même si tout porte à croire que ses jours à la présidence tchadienne sont désormais comptés. En attendant l'issue des combats,-qui faisaient encore rage au moment où nous mettions sous presse-, afin de voir un peu plus clair dans la confusion qui règne à N'djamena, une chose est certaine : l'entrée des rebelles dans la capitale tchadienne, marque un tournant dans les relations entre le président Déby et ses amis de la grande France. Un ressort semble cassé dans leurs rapports. On est loin de la France, qui après avoir arraché des contrats d'exploitation du pétrole tchadien, avait pris fait et cause pour le n°1tchadien, en pilonnant la colonne de rebelles qui descendait victorieusement sur la capitale du pays. Et cela en violation des accords de défense qui existent entre les deux pays et que les autorités de Paris brandissent aujourd'hui pour expliquer leur refus d'intervenir. Notons pour la gouverne de tous que ces accords se déclinent en termes d' appui logistique, de renseignement et d'assistance sanitaire . Mais d'où vient-il que les mesures qui ont prévalu hier n'aient plus droit de cité, alors que l'allié est toujours confronté à la même menace ? Pourquoi la France a-t-elle décidé de lâcher aujourd'hui, l' ami Idriss qui est pourtant loin d'être le mouton noir du jardin françafricain ? Si on en croit des spécialistes de l'axe Paris-N'djamena, le peu d'enthousiasme de Déby, ces dernières années, à signer des deux mains et les yeux fermés , les contrats de pétrole en faveur de l'ancienne métropole, ajouté à la récente affaire de l'arche de Zoé , sont pour beaucoup dans la dégradation de l'état de santé entre les deux capitales. Deux raisons largement suffisantes pour ne plus accepter de jouer la sentinelle devant la maison de Itno, et aller voir ailleurs si l'herbe y est plus fraîche. Et ce ne sont pas les déclarations,-qui puent la perfidie à mille lieux-, de M. Bernard Kouchner, le ministre français des affaires étrangères qui pourront distraire les observateurs avertis. Il s'agit d'une attaque brutale contre un gouvernement légal, contre un président élu. Et nous le condamnons fermement. Nous le condamnons comme d'ailleurs toute la communauté internationale, en particulier, l'Union Africaine , a soutenu, sans rire (sic), le patron de la diplomatie hexagonale. Une belle déclaration de principe, une condamnation du bout des lèvres derrière laquelle se cache en réalité, la joie de voir chuter un chef d'Etat, devenu depuis peu, moins docile. Car des preuves existent que dans les évènements, qui ont cours à N'djamena, depuis le week-end dernier, la France a choisi son camp. Primo, au niveau de la communication. Toute la semaine qui a précédé l'entrée des rebelles dans la capitale, les médias français,- comme à leur habitude, lorsqu'ils sont conditionnés pour l' intérêt supérieur de la nation -, ont amplifié l'avancée des insurgés à l'effet de créer la psychose au sein de la troupe gouvernementale et dans le dernier carré de fidèles du président Déby. Ensuite, sur les principales chaînes des Télévisions et de radio, les partisans de la rébellion bénéficient d'un temps d'antenne royal. Et quand il vient à l'esprit de nos confrères d'équilibrer quelque peu les choses, en donnant des nouvelles du camp présidentiel, c'est pour annoncer que le chef d'état- major de l'armée gouvernementale est tombé lors des combats. Une façon bien vicieuse de démobiliser la troupe présidentielle quand on sait ce que représente le Cema dans une armée. Secundo, la proposition faite, dès le vendredi soir, d'exfiltrer le président tchadien montre à elle seule que Paris n'entend nullement sauver cette fois, le soldat Itno. Elle préfère le voir abandonner le pouvoir au profit d'une rébellion qui lui sera redevable de lui avoir ouvert le chemin du palais présidentiel. Ce qui n'est pas rien dans un pays à la richesse pétrolière affirmée. Tertio, le contrôle de l'aéroport de la capitale par les forces françaises est loin d'être à l'avantage du n°1 tchadien. L'armée française explique sa présence sur la place aéroportuaire par sa volonté d'évacuer ses ressortissants en même temps que tous les européens vivant au Tchad. C'est la thèse officielle. Mais en off , l'on indique que les troupes tricolores y sont plutôt, pour couper tout renfort à Idriss Déby dont le sort a été, dit-on, scellé par l'Elysée. Qui visiblement n'a pas accepté qu'après la Côte d'Ivoire, la perte d'influence française, s'étende à d'autres pays de son pré-carré. Au total et en guise de leçon principale à retenir des évènements de N'djamena, la France est loin de s'affranchir des méthodes foccartiennes. Peu importe qu'elle soit dirigée par un jeune président nommé Nicolas Sarkozy ou encore que sa diplomatie soit aux mains d'un socialiste du nom de Kouchner.