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Éditorial : Victoire !

Le Président Laurent Gbagbo se rend ce week-end à Ouaga pour une visite d'Etat qui vient confirmer l'embellie au niveau des relations entre la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso. C'est une victoire diplomatique; car depuis le début de la crise, en 2002, c'est sa première visite officielle dans un autre pays. Le Président ivoirien ne va pas participer à un sommet, dans l'anonymat d'un rassemblement; il n'effectue pas une visite privée; mais bien une visite d'Etat, à l'invitation d'un pays frère, hier base arrière de la rébellion et aujourd'hui incubateur de paix.
Après Séguéla et Vavoua, le 14 juillet dernier, le Président Laurent Gbagbo s'est rendu à Boundiali pour le lancement du bitumage de la route nationale qui part jusqu'à Tengréla. Ce voyage s'inscrit dans la même logique que le déplacement dans le Worodougou: montrer et démontrer à tous que la Côte d'Ivoire est une et indivisible. Mieux, il la considère déjà réunifiée, avec un même chef ayant en charge le développement harmonieux et équilibré du pays, sous la haute autorité du gouvernement dirigé par le Premier ministre Soro Guillaume. C'est justement pour consolider le pouvoir et l'autorité passablement écornée du Premier ministre par les derniers soubresauts enregistrés à Séguéla et Vavoua que le Chef de l'Etat y a effectué, dans l'urgence, une sortie qui s'est transformée en une éclatante victoire à plusieurs volets. Au plan militaire, les forces en faveur de la paix ont enregistré une grande victoire sur les ennemis de la réunification, de l'unité, de la concorde et de la fraternité. Depuis le déclenchement de la crise, je n'avais jamais dépassé Tiébissou (en direction de Bouaké) et Daloa (en direction de Vavoua-Séguéla). Je n'avais jamais pris part aux voyages du Chef de l'Etat dans les zones Centre, Nord et Ouest. C'est pourquoi, la fraternité d'armes qui unit si harmonieusement les officiers des FAFN et leurs homologues des FDS constitue, à mes yeux, une grande victoire sur l'esprit du mal, de la division et de l'égoïsme exacerbé par les mutineries observées récemment à Séguéla et Vavoua. En effet, les tristes événements qui ont ébranlé les populations de ces zones et traumatisé les partenaires de l'Accord politique de Ouaga, résultent d'une guerre sourde de positionnement politique, d'une part, et du désir de perpétuer des avantages indûment perçus, d'autre part. Certains pontes de l'opposition voient d'un très mauvais ?il l'arrivée de Wattao en remplacement de Koné Zacharia. Tout simplement parce que le commandant Wattao, qui a proclamé à haute et intelligible voix son entière adhésion à l'Accord de paix de Ouaga et ?uvre de bonne foi à son application sur le terrain, est perçu comme un traître. Tout comme le Secrétaire général des Forces nouvelles à qui on reproche de constituer un tandem qui s'entend (un peu trop!) là où certains auraient souhaité voir un duel. L'entente parfaite entre Wattao et Blé Goudé, d'une part, et la (presque) complicité entre lui et le commandant du théâtre des opérations, le colonel Konan, d'autre part, font dire à ces politiques en désarroi que le patron de la compagnie Anaconda a signé un pacte avec Gbagbo, afin de lui servir, sur un plateau en or, le Worodougou qu'ils s'échinent à préserver comme un bastion imprenable de l'opposition. Les observateurs attentifs ont dû remarquer les agissements de ces politiques qui oeuvrent à contre-courant de l'intérêt général des populations lassées et dépitées par la misère rampante et la paupérisation déferlante qui ont défiguré cette belle région, dotée d'infrastructures qui ont fait sa fierté, hélas aujourd'hui tombées en ruines. Si la voirie, héritée de la fête tournante de l'indépendance, est l'exemple achevé de la régression, Séguéla ressemble, de manière générale, à une belle fille fanée parce que mal entretenue par un amant plutôt soucieux de bénéficier de ses charmes. Tous ces chefs militaires qui refusent obstinément d'abandonner l'économie de guerre pour s'engager dans l'unicité des caisses ne se soucient que d'eux-mêmes. Ils ne voient pas la pauvreté généralisée, créée par un programme de prévarication organisé pour piller le diamant, l'or, le café, le cacao de cette région si riche.
Au plan politique, Gbagbo vient de remporter une grande victoire, non personnelle, mais pour le pays, pour la Nation. Par le simple fait de sa présence physique à Séguéla et Vavoua, il a confirmé la primauté de l'Etat sur les sectarismes et particularismes. Il est surtout parti confirmer aux yeux des communautés nationale et internationale que les 322 000 km2 du territoire national sont désormais sous la coupe de l'autorité suprême et non plus la chasse gardée de petits chefs de guerre nostalgiques d'un passé récent enterré par l'Accord politique de Ouagadougou. C'est le sens profond de cette phrase martelée et déclinée en plusieurs versions: La guerre est finie; la République vous tend les bras; la guerre est derrière nous; ce qui nous attend désormais, ce sont les élections qui auront effectivement lieu le 30 novembre 2008. Cette victoire est résumée par l'importante séance de travail qu'il a eue, en privé, chez Bakayoko Mamadou alias Préfet-maire. Il y a rencontré, en présence du Premier ministre Soro, des ministres Youssouf Soumahoro et Koné Sidiki, tout ce que le Worodougou compte d'autorités traditionnelles et religieuses: l'Imam de la grande mosquée de Séguéla, le doyen Bakayoko Ibrahim, le chef du village de Séguéla, El Hadj Diomandé Mégbèma, les représentants des grandes familles (Bakayoko, Soumahoro, Timité, Binaté, Diomandé, Karamoko). Les représentants des 17 cantons, des femmes et des jeunes ont prié pour lui, pour la paix et surtout proclamé leur soutien franc et ferme à l'Accord de Ouagadougou. Ils ont reconnu qu'il est le père de toute la Nation. et lui ont confié leurs doléances majeures qui concernent les infrastructures dégradées, l'accès à l'eau, à l'électricité et la réouverture de l'usine d'égrenage de coton. En bon père, il a promis de faire diligence dans la mesure des moyens disponibles. Il en a profité pour leur confier sa profonde conviction: la paix demeure le socle, le préalable à tout développement.



Par Jean-Baptiste Akrou

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