Insalubrité maître mot des lieux
Créé aux premières heures de l'indépendance par feu-Félix Houphouët-Boigny, le célèbre abattoir et le parc à bétail de Port-Bouët ne répondent plus aux normes sécuritaires. Reportage.
Abattoir de Port-Bouët, il est 9 heures un dimanche du mois de mars. A cette heure de la matinée, l'espace grouille de monde. Le premier visiteur est accueilli par une forte odeur de déchets des bêtes à l'entrée même de la commune chère à Mme le maire, Hortense Aka Anghui. Cette odeur suffocante ne semble pas inquiéter les opérateurs économiques de ce secteur, notamment les commerçants, vendeurs d'herbes et autres importateurs d'animaux. Cette situation ne semble aussi inquiéter les responsables de l'Hôpital général de Port-Bouët, dont les locaux sont à deux pas de là. A quelques encablures, se trouve une grande mare très sale. C'est dans cette eau que les petits ruminants, notamment les moutons, cabris s'abreuvent. C'est autour de cette mare de couleur noirâtre que commerçants de bétail et acheteurs discutent les prix des animaux. C'est aussi à cet endroit que, l'animal une fois acheté est immolé par des jeunes organisés à cet effet. Sur ce parc à petits ruminants, se trouve également une gare routière qui fait la liaison Abidjan-Bamako et Abidjan-Niamey. Très loin, se trouve le grand parc à bétail réservé aux b?ufs. C'est un terrain d'une vingtaine d'hectares. Ce lieu, comme son nom l'indique, reçoit tous les b?ufs convoyés des pays voisins. C'est la destination finale comme l'indique M. Kossonou, un des responsables du parc à bétail. Comme de ce parc à petits ruminants, c'est le même constat. Le grand portail qui abrite l'espace date de l'époque de Mathusalem. De la vraie rouille, qui indique le tétanos. A droite, une petite bâtisse abrite le service des agents du District, dont des policiers qui surveillent l'espace. A gauche, l'espace est rempli des déchets de ces bêtes. L'odeur est plus forte que du côté du parc des petits ruminants. C'est la boue un peu partout. Il n'y a aucune disposition sécuritaire. Les hommes et les b?ufs se côtoient au quotidien. Un responsable syndical, membre de la Confédération des opérateurs de bétail de l'Afrique de l'ouest qui a déclenché le dernier mouvement au sein de l'abattoir avance que, c'est leur combat quotidien. Il explique que, plusieurs personnes sont mortes lors du déchargement des bêtes, faute de conditions sécuritaires. " Nous vivons les mêmes scènes tous les jours sans que les autorités ne prennent les meilleures dispositions pour améliorer la situation des utilisateurs du parc ", lance El hadj Sekou Touré, le président du cadre national de concertation de la filière bétail. Si les deux parcs à bétail battent le record de l'insalubrité, l'abattoir où tous les b?ufs sont abattus au quotidien pour le District d'Abidjan détient le record ". Le spectacle est désolant à l'entrée. Le visiteur est accueilli par une forte odeur nauséabonde de sang coagulé. Ici, les mouches sont les plus heureuses. Le portail, comme celui du parc à bétail est le même. L'installation qui sert de lieu d'abattage d'animaux est dépourvue d'instruments modernes. Le vieux château d'eau qui sert de système de nettoyage après l'abattage des bêtes ne répond plus aux normes sécuritaires prévues. Ici, l'abattage se fait à la main comme dans les sociétés traditionnelles. Le dépeçage se fait à même le sol. Plus grave, tous les animaux à abattre se côtoient avec les hommes. De telle sorte que, un animal se sentant menacé a la facilité d'agresser quelqu'un. Où sont passés les décideurs ?
Cette situation fait dire à El Hadj Sékou Touré que les autorités qui se sont succédé à la tête de la ville d'Abidjan, aujourd'hui District Autonome se soucient peu de la modernisation de l'abattoir d'Abidjan. Il ne comprend pas que, depuis sa création aux heures de l'indépendance de la Côte d'Ivoire, cet outil est resté le même après plus de 40 ans de fonctionnement. " Du maire Antoine Konan Kanga à l'actuel Gouverneur du District, Djédji Amondji Pierre, en passant par Ernest N'Koumo Mobio, personne ne s'intéresse à la modernisation de l'abattoir ", lance le vieux Fofana Drissa, qui dit exercer son métier de boucher à l'abattoir depuis 1962. Le président du cadre national de concertation de la filière bétail, lui, est amer. " Rien n'est fait pour améliorer les conditions de vies des acteurs de ce secteur qui est incontournable dans l'économie nationale ", lance-t-il. Avant d'ajouter que même, le projet pharaonique des douze (12) chantiers de l'éléphant d'Afrique de l'ex-Président de la République, Henri Konan Bédié, où figurait en bonne place, la construction d'un abattoir digne du nom de la Côte d'Ivoire est reléguée aux calendes grecques. Il ne comprend surtout pas, le manque d'intérêt de ces autorités au niveau de l'abattoir. " Il n'y a rien ", lâche-t-il. Et de poursuivre que tous ont démissionné, laissant la gestion quotidienne à une personne, Dr Meité Zoumana, l'ex-Directeur de l'abattoir, suspendu de ses fonctions, le lundi 10 mars dernier, par le ministre de la Production animale et des Ressources halieutiques, Dr Alphonse Douati, après avoir passé 20 ans à la tête de cette institution. Pis, il explique que les taxes au titre de l'abattoir lui sont versées directement sans aucun ticket, sans même que le Gouverneur du District encore moins la mairie de Port-Bouët ne réagissent. Une véritable mine d'or
Les utilisateurs et opérateurs économiques des parcs à bétail et de l'abattoir de Port-Bouët sont formels sur ce que rapportent ces différents sites. Ils expliquent que ici, tout rapporte de l'argent. Du convoyage des animaux depuis les différentes frontières, à l'abattage des bêtes à l'abattoir en passant par la vente de feuilles et d'herbes pour l'alimentation des animaux, à la vente de la viandetous se frottent les mains. Des syndicalistes expliquent que les seules taxes collectées par les responsables de l'abattoir se chiffreraient entre 200 à 350 millions de FCFA. Quant aux convoyages des b?ufs, chaque chargement coûte 500000 FCFA. Ils avancent que ces chiffres dans ce seul domaine sont évalués entre 6 et 7 milliards de FCFA l'an. Malheureusement, les responsables de la mairie de Port-Bouët, où est implanté l'abattoir, indiquent qu'ils ne touchent à peine que 2 millions de FCFA, chaque année. Cette situation a été aussi décriée par les services du District d'Abidjan. "Nous n'avons pas le contrôle de l'abattoir de Port-Bouët", a indiqué un membre du service financier de cette institution qui a voulu gardé l'anonymat. Pour lui, la gestion de l'abattoir est un véritable bordel. Des travaux annoncés
Malgré cette situation irréelle, le District d'Abidjan s'attelle à effectuer des travaux sur le site. La grande clôture du parc est en réhabilitation. Il en est de même pour la réfection des toits des deux bâtiments de l'abattoir et du parc à bétail, de l'éclairage et les travaux d'assainissement et de terrassement du parc à bétail. Sans toutefois oublier, le transport de la viande dans des camions appropriés. A ce niveau, les utilisateurs de l'abattoir de Port-Bouët révèlent que c'est l'un des meilleurs projets vitaux que les responsables ont eu à développer. Car, par le passé, le transport de la viande se faisait par les bouchers ou dans les "wotro", sans aucune condition hygiénique appropriée.
Joseph Atoumgbré
attjoseph@yahoo.fr
Abattoir de Port-Bouët, il est 9 heures un dimanche du mois de mars. A cette heure de la matinée, l'espace grouille de monde. Le premier visiteur est accueilli par une forte odeur de déchets des bêtes à l'entrée même de la commune chère à Mme le maire, Hortense Aka Anghui. Cette odeur suffocante ne semble pas inquiéter les opérateurs économiques de ce secteur, notamment les commerçants, vendeurs d'herbes et autres importateurs d'animaux. Cette situation ne semble aussi inquiéter les responsables de l'Hôpital général de Port-Bouët, dont les locaux sont à deux pas de là. A quelques encablures, se trouve une grande mare très sale. C'est dans cette eau que les petits ruminants, notamment les moutons, cabris s'abreuvent. C'est autour de cette mare de couleur noirâtre que commerçants de bétail et acheteurs discutent les prix des animaux. C'est aussi à cet endroit que, l'animal une fois acheté est immolé par des jeunes organisés à cet effet. Sur ce parc à petits ruminants, se trouve également une gare routière qui fait la liaison Abidjan-Bamako et Abidjan-Niamey. Très loin, se trouve le grand parc à bétail réservé aux b?ufs. C'est un terrain d'une vingtaine d'hectares. Ce lieu, comme son nom l'indique, reçoit tous les b?ufs convoyés des pays voisins. C'est la destination finale comme l'indique M. Kossonou, un des responsables du parc à bétail. Comme de ce parc à petits ruminants, c'est le même constat. Le grand portail qui abrite l'espace date de l'époque de Mathusalem. De la vraie rouille, qui indique le tétanos. A droite, une petite bâtisse abrite le service des agents du District, dont des policiers qui surveillent l'espace. A gauche, l'espace est rempli des déchets de ces bêtes. L'odeur est plus forte que du côté du parc des petits ruminants. C'est la boue un peu partout. Il n'y a aucune disposition sécuritaire. Les hommes et les b?ufs se côtoient au quotidien. Un responsable syndical, membre de la Confédération des opérateurs de bétail de l'Afrique de l'ouest qui a déclenché le dernier mouvement au sein de l'abattoir avance que, c'est leur combat quotidien. Il explique que, plusieurs personnes sont mortes lors du déchargement des bêtes, faute de conditions sécuritaires. " Nous vivons les mêmes scènes tous les jours sans que les autorités ne prennent les meilleures dispositions pour améliorer la situation des utilisateurs du parc ", lance El hadj Sekou Touré, le président du cadre national de concertation de la filière bétail. Si les deux parcs à bétail battent le record de l'insalubrité, l'abattoir où tous les b?ufs sont abattus au quotidien pour le District d'Abidjan détient le record ". Le spectacle est désolant à l'entrée. Le visiteur est accueilli par une forte odeur nauséabonde de sang coagulé. Ici, les mouches sont les plus heureuses. Le portail, comme celui du parc à bétail est le même. L'installation qui sert de lieu d'abattage d'animaux est dépourvue d'instruments modernes. Le vieux château d'eau qui sert de système de nettoyage après l'abattage des bêtes ne répond plus aux normes sécuritaires prévues. Ici, l'abattage se fait à la main comme dans les sociétés traditionnelles. Le dépeçage se fait à même le sol. Plus grave, tous les animaux à abattre se côtoient avec les hommes. De telle sorte que, un animal se sentant menacé a la facilité d'agresser quelqu'un. Où sont passés les décideurs ?
Cette situation fait dire à El Hadj Sékou Touré que les autorités qui se sont succédé à la tête de la ville d'Abidjan, aujourd'hui District Autonome se soucient peu de la modernisation de l'abattoir d'Abidjan. Il ne comprend pas que, depuis sa création aux heures de l'indépendance de la Côte d'Ivoire, cet outil est resté le même après plus de 40 ans de fonctionnement. " Du maire Antoine Konan Kanga à l'actuel Gouverneur du District, Djédji Amondji Pierre, en passant par Ernest N'Koumo Mobio, personne ne s'intéresse à la modernisation de l'abattoir ", lance le vieux Fofana Drissa, qui dit exercer son métier de boucher à l'abattoir depuis 1962. Le président du cadre national de concertation de la filière bétail, lui, est amer. " Rien n'est fait pour améliorer les conditions de vies des acteurs de ce secteur qui est incontournable dans l'économie nationale ", lance-t-il. Avant d'ajouter que même, le projet pharaonique des douze (12) chantiers de l'éléphant d'Afrique de l'ex-Président de la République, Henri Konan Bédié, où figurait en bonne place, la construction d'un abattoir digne du nom de la Côte d'Ivoire est reléguée aux calendes grecques. Il ne comprend surtout pas, le manque d'intérêt de ces autorités au niveau de l'abattoir. " Il n'y a rien ", lâche-t-il. Et de poursuivre que tous ont démissionné, laissant la gestion quotidienne à une personne, Dr Meité Zoumana, l'ex-Directeur de l'abattoir, suspendu de ses fonctions, le lundi 10 mars dernier, par le ministre de la Production animale et des Ressources halieutiques, Dr Alphonse Douati, après avoir passé 20 ans à la tête de cette institution. Pis, il explique que les taxes au titre de l'abattoir lui sont versées directement sans aucun ticket, sans même que le Gouverneur du District encore moins la mairie de Port-Bouët ne réagissent. Une véritable mine d'or
Les utilisateurs et opérateurs économiques des parcs à bétail et de l'abattoir de Port-Bouët sont formels sur ce que rapportent ces différents sites. Ils expliquent que ici, tout rapporte de l'argent. Du convoyage des animaux depuis les différentes frontières, à l'abattage des bêtes à l'abattoir en passant par la vente de feuilles et d'herbes pour l'alimentation des animaux, à la vente de la viandetous se frottent les mains. Des syndicalistes expliquent que les seules taxes collectées par les responsables de l'abattoir se chiffreraient entre 200 à 350 millions de FCFA. Quant aux convoyages des b?ufs, chaque chargement coûte 500000 FCFA. Ils avancent que ces chiffres dans ce seul domaine sont évalués entre 6 et 7 milliards de FCFA l'an. Malheureusement, les responsables de la mairie de Port-Bouët, où est implanté l'abattoir, indiquent qu'ils ne touchent à peine que 2 millions de FCFA, chaque année. Cette situation a été aussi décriée par les services du District d'Abidjan. "Nous n'avons pas le contrôle de l'abattoir de Port-Bouët", a indiqué un membre du service financier de cette institution qui a voulu gardé l'anonymat. Pour lui, la gestion de l'abattoir est un véritable bordel. Des travaux annoncés
Malgré cette situation irréelle, le District d'Abidjan s'attelle à effectuer des travaux sur le site. La grande clôture du parc est en réhabilitation. Il en est de même pour la réfection des toits des deux bâtiments de l'abattoir et du parc à bétail, de l'éclairage et les travaux d'assainissement et de terrassement du parc à bétail. Sans toutefois oublier, le transport de la viande dans des camions appropriés. A ce niveau, les utilisateurs de l'abattoir de Port-Bouët révèlent que c'est l'un des meilleurs projets vitaux que les responsables ont eu à développer. Car, par le passé, le transport de la viande se faisait par les bouchers ou dans les "wotro", sans aucune condition hygiénique appropriée.
Joseph Atoumgbré
attjoseph@yahoo.fr