Les samedis de Biton: Thom Sank
Je n'arrive pas à y croire. Ce n'est pas possible que cela fasse vingt ans que le fils de Joseph et Marguerite ait quitté ce monde. Incroyable ! Les années passent si vite. J'ai tendance à compter les années quatre par quatre. A savoir les années de coupe du monde de football. J'ai donc l'impression que le mari de Mariam est mort il y a seulement cinq ans. En fait, je vis au jour le jour avec le père de Philippe depuis ce fameux jour où il arriva à vélo au conseil de ministre. J'étais prédestiné déjà à faire parti de ses fans étant un très grand lecteur des journaux de Simon Maley et de Baba Miské, des vrais brûlots souvent interdits et même bloqués à l'imprimerie pour ses contenus subversifs. Et c'est ainsi qu'on apprend qu'en ce mois de février 1981, le jeune capitaine arrive en conseil des ministres monté sur une bicyclette. Le président de la République est dans tous ses états devant cette rébellion. Le jeune capitaine lui fit remarquer que le pays est trop pauvre pour que les membres du gouvernement utilisent des grosses cylindrées dont les frais d'entretien peuvent équiper plusieurs dispensaires du pays de médicaments. Il refuse l'appartement de fonction préférant vivre dans le peuple au quartier populaire de Kamsoghin. Au retour d'une mission en France sa famille court vers lui pour prendre des cadeaux qu'il a dû envoyer. Il n'avait rien comme des sacs de Tati dans sa valise. Tous profitèrent pour l'engueuler. Tout le monde profite dans ce pays, toi tu joues à l'honnête?. Une star était née. Thomas Sankara. Il sera le cauchemar de tous ceux qui avaient des tendances bourgeoises?. Evidemment, il ne pouvait pas rester dans ce gouvernement. Chaque jour, Thom Sank devenait de plus en plus le modèle de l'homme politique africain qu'on appelait de nos v?ux. Mohamed Maïga, l'un des journalistes de Simon Maley, fera connaître au monde entier le nouvel héros de la jeunesse africaine. Tous les quinze jours, c'était la course vers les kiosques pour lire les exploits du jeune capitaine. Un autre coup d'Etat. Le nouveau président appelle à la primature celui qu'on vient de libérer de la prison. Très rapidement, sa popularité écrase celle du président. Thom Sank n'a pas les mêmes idées que lui sur la politique nationale et internationale. A l'occasion d'un voyage dans la deuxième du pays le président est obligé de prendre une décision. Toute la population applaudit, vénère le Premier ministre et ignore le patron du pays. C'est un crime de lèse majesté. Retour à Ouaga. Le premier ministre qui n'avait que 29 ans est démis et arrêté. Mohamed Maïga et Simon Maley vont beaucoup jouer pour lui éviter un sort funeste. Un autre coup d'Etat. Thomas Sankara devient le président de la République. C'était comme si toute la jeunesse africaine accédait au pouvoir. Tous ceux qui ont profité des caisses de l'état même les ministres qui ont pris des assiettes et des fourchettes se trouvent en prison. C'est le déluge sur tous ceux qui ont des comportements bourgeois?. L'Etat modeste est né. Le papa d'Auguste est impitoyable. Mais, sa popularité va monter de plusieurs étages à Paris. Toute l'Afrique apprend que Thomas Sankara refuse de descendre de l'avion. Il était invité comme tous les chefs d'Etat africain à la fameuse réunion France-Afrique. On lui envoie un obscur fonctionnaire de la coopération pour l'accueillir. On avait oublié, du côté de Paris, que c'est la nouvelle jeunesse africaine qui était au pouvoir. Je me souviens encore de mes pleurs d'émotion pour cette bravoure. L'honneur de l'Afrique était sauf. Un nouveau Sékou Touré était né. Il préférait la pauvreté dans la dignité que l'opulence dans le déshonneur. Son père vit sans garde de corps et monte sur une mobylette, son seul luxe. Tout le monde peut voir sa mère vendant au marché de Paspanga. La mère du président vendeuse au marché. La foule accourt tous les jours pour voir Marguerite qui trouve curieux que des personnes qu'ils ne connaissaient pas cherchent leur amitié. Elle se méfie des nouveaux amis. Thom Sank lui-même se promène seul, très souvent, et à vélo. Une nuit, sur sa bicyclette, il s'arrête devant une vendeuse d'arachides et il en paie pour cinquante francs. Il dit à la femme que ce n'est pas beaucoup. Ne sachant pas qui lui parle, la vendeuse réplique : Depuis que leur Sankara est au pouvoir tout coûte cher dans ce pays?. Le président passe immédiatement à la Radiodiffusion pour faire une déclaration afin de démontrer qu'il n'est pas responsable de la hausse des prix. Thom Sank avait dit un jour dans une interview qu'il ne lisait pas les romans, genre lecture de ravissement, mais préfère des livres révolutionnaires, surtout ceux de Lénine. Il ne connaissait pas l'homme. Le roman est un formidable instrument pour comprendre l'homme dans sa toute totalité. Il ne pouvait savoir et se préparer pour l'avenir en sachant qu'on a toujours des ennemis quelque soit son travail et ses bienfaits. La politique ne peut pas tout résoudre. La connaissance de l'homme est la plus importante et c'est aux romanciers de savoir la faire connaître. On ne peut pas oublier Thom Sank. Il a réussi à nous rendre modeste et humble. Du moins pour ceux qui comme nous continue de vénérer le mari de Mariam. Comme il l'a souvent dit si on me tue, des Sankara vont surgir?. Ses leçons continuent d'imprégner les consciences africaines. Attention ! Ainsi va l'Afrique.
A la semaine prochaine.
Par Isaïe Biton Koulibaly
biton@aviso.ci
A la semaine prochaine.
Par Isaïe Biton Koulibaly
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