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Notre Voie
· 3 min de lecture

Ça recommence

En allant au dialogue direct à Ouagadougou, nous croyions sincèrement que c'était pour désengorger le bateau ivoire qui, parce que plein à craquer, refusait d'avancer. Nous avions vu juste, puisque l'accord sorti d'un mois de discussions entre les deux belligérants a vidé la cargaison aux 2/3. Depuis, les choses vont comme sur des chapeaux de roue. Nous n'avons pas été sur la dent pour rien. Le trop plein de femmes et d'hommes qui intervenaient dans notre affaire ne nous laissait aucune marge de man?uvre. Cela fait près de cinq mois que tous les Ivoiriens chantent à l'unisson la paix. Parce que le bateau qui arrive avec ce précieux élément vital a été débarrassé de tous les objets qui l'empêchaient d'évoluer. Mais, avec les conclusions de la réunion d'hier, il y a de fortes chances que le bateau n'arrive plus à bon port. L'accord de Ouagadougou vient de recevoir un sérieux coup de boutoir avec l'introduction, dans ses sept mètres, d'un nouvel élément qui n'est pas moins démobilisateur que ceux qui ont été jetés à la mer. Il s'agit du poste du Haut représentant des Nations unies pour les élections, le poste de Gérard Stoudmann. La réunion de Yamoussoukro demande à l'ONU de garder ce poste en l'état. Ce que n'avait pas prévu l'accord de Ouagadougou.
Au-delà du viol qu'il vient de subir, c'est sa mort certaine que l'on vient de programmer à Yamoussoukro. Car Bédié et Ouattara, qui ont insisté particulièrement sur ce point, vont demander, d'ici là, que les termes du texte onusien qui a emmené Stoudmann dans ce pays soient respectés à la lettre. C'est-à-dire un homme et une structure onusienne au-dessus du Conseil constitutionnel de la Côte d'Ivoire. Une chose que les Ivoiriens défenseurs de l'ordre normal et juste ont toujours refusée et qui a amené d'ailleurs le chef de l'Etat à proposer à la rébellion le dialogue direct.
Notre souhait est qu'à terme, l'analyse que nous sommes en train de faire se révèle fausse. Car, nous avons en mémoire une première que nous avons faite au lendemain d'une réunion tenue à Yamoussoukro (encore !?) entre les leaders ivoiriens et le président Thabo Mbeki. Nous avons dit que les conclusions étaient mauvaises puisqu'elles remettaient entre les mains du G7 la Commission électorale indépendante (CEI). A l'époque, nous avions été menacés, parce que l'on soutenait qu'il n'y avait pas le feu en la demeure. Aujourd'hui, c'est le contraire que nous constatons. La CEI est un vrai problème qui pend au nez des tenants du pouvoir. Toutes les élections qui y ont lieu sont remportées haut la main par le G7. De sorte que tous les présidents régionaux de cette structure sont tous soit du RDR (en grande partie), soit de la rébellion. Quelle crédibilité peut-on accorder à une telle structure qui devrait être indépendante des partis politiques ? N'allons-nous pas, avec la CEI actuelle, vers des palabres en n'en point finir au soir de l'élection présidentielle à venir ?
Dans le cas du poste de Haut représentant pour les élections, même s'il gêne terriblement dans sa constitution parce que marchant royalement sur la souveraineté de la Côte d'Ivoire, ce qu'il y a à mettre en cause, c'est la blessure qu'il va laisser sur le visage de l'accord de Ouagadougou. Et il n'est pas sûr que ce soit la seule balafre que Bédié et Ouattara aient décidé de faire à l'accord du 4 août. On connaît leur tactique. Quand ils ont demandé une première fois et que l'on a cédé, ils reviennent forcément à la charge. Attendons-nous donc à voir, dans les jours et semaines à venir, d'autres revendications du même type juste pour ne pas voir avancer le processus de paix.
C'est donc regrettable que le chef de l'Etat ait, une fois encore, fait machine arrière alors que rien ne laissait entrevoir ( du moins à notre connaissance) une quelconque menace. Bien au contraire, les Ivoiriens se sont approprié l'accord de Ouaga et n'attendent que son exécution totale. Le bateau de la paix qui arrivait à grands pas vient de prendre, par le côté, un poids lourd, très lourd qui va sans doute retarder son accostage. Pour donner raison à cet homme de Dieu qui répète à qui veut l'écouter que le retour de la paix ne se passera pas comme on le voit. Dieu est grand !

Abdoulaye Villard Sanogo

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Article publié par Notre Voie et référencé par 225.ci.